Les orages des 15 - 16 juillet 2003

 

 

◊  DATES : 15 et 16 juillet 2003
 

◊  ZONES ET DEPARTEMENTS LES PLUS TOUCHÉS  : Pyrénées atlantiques, Landes, Gironde, Charente Maritime et Maine-et-Loire le 15, Charente Maritime le 16

 


 

 

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       →  Brève description
       →  Prévisions, alertes et vigilances
       →  Contexte météorologique
       →  Déroulement chronologique des évènements
       →  Quelques chiffres
       →  Zoom sur les phénomènes locaux
       →  Sources et liens




BREVE DESCRIPTION


Le 15 juillet en fin d'après-midi des systèmes convectifs se forment sur la façade atlantique et de violents orages s'abattent dans la soirée sur le littoral aquitain, touchant durement plusieurs secteurs et faisant 3 morts parmi les campeurs et des dizaines de blessés, notamment à Biscarrosse (Landes). Puis dans la nuit, ces orages se décalent vers le Nord et la Bretagne. Le Maine-et-Loire sera lui aussi fortement touché avec de gros cumuls de précipitations, ainsi que quelques communes d'Indre-et-Loire.
Le lendemain 16 juillet, la Charente Maritime est à son tour violemment touchée par les vents violents, avec une tornade F0 (voire petite F1) sur Jonzac.  



 

PREVISIONS, ALERTES ET VIGILANCES


Le 15 dans la journée, Météofrance a lancé plusieurs cartes de vigilance orange sur les départements les plus menacés. En 2003, les autres ressources en provenance d'amateurs ou professionnels du privé étaient plus rares mais d'après le site Météolafleche, Infoclimat aurait également bien cerné la menace.

Voici ci-dessous la carte émise le 15 juillet à 16 h par Météofrance. La zone qui effectivement a été touchée le plus durement est bien en orange, cette zone débordant même sur la Bretagne, la Normandie et le Massif Central, principe de précaution tout à fait compréhensible même si en réalité les plus gros dégâts auront été moins étendus. Dans le bulletin CMIRO émis à 16 h 15 les rafales de vent sont sous-estimées (on envisage 80 à 100 km/h dans le bulletin) mais le caractère exceptionnel de l'évènement est souligné : "Pluies orageuses intenses et durables, provoquant un événement ne se rencontrant pas tous les ans.".





La deuxième salve du 16 juillet a elle aussi fait l'objet de plusieurs vigilances orange, ce qui laisse supposer que la méconnaissance de l'épisode soit plutôt liée aux seuls défauts de retours médiatiques.
Voici la carte de vigilance émise à 4 h 50 : on voit que la vigilance a été levée pour les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées et le Gers, et le zonage -bien que plus large là encore- a englobé les zones les plus touchées. 
En revanche la violence locale bien qu'envisagée semble avoir été sous-estimée : "Situation orageuse d'ete relativement classique mais qui necessite une vigilance particuliere dans la mesure ou il existe un risque de phenomene violent." (bulletin CMIRSO émis le 16 juillet à 4 h 32). Une telle définition s'appliquerait à bien des vagues orageuses musclées. Or, sur le 17 de très nombreuses zones locales ont subi de lourds dégâts, et plusieurs communes comme Jarne et Angoulins ont demandé un classement en Catastrophe Naturelle.





Enfin, précisons qu'au vu des énormes dégâts constatés ensuite, la question s'est posée ultérieurement sur certains sites amateurs* de la pertinence d'une éventuelle mise en rouge de certains départements sur la carte de vigilance Météofrance. Une question épineuse s'il en est.
Mais en France, les extrêmes liés au risque orageux relèvent le plus souvent d'intensifications ou de phénomènes très locaux. Or la notion de risque officiellement définie est étroitement liée au caractère étendu du-dit risque et Météofrance n'a jamais pour l'instant envisagé la vigilance rouge pour des orages (épisodes cévenols exceptés à cause des inondations massives qui en résultent). Les difficultés d'appréhension du risque local par les prévisions n'y sont certainement pas non plus étrangères et quand on sait l'ampleur des moyens mobilisés par une vigilance rouge, la chose paraît évidemment tout à fait compréhensible.





 

CONTEXTE METEOROLOGIQUE


Peu avant la première salve orageuse du 15 juillet, dans une situation synoptique comparable à celle du 25 juillet 1983, sur le nord de l'Espagne en fin d'après-midi un vigoureux conflit de masses d'air oppose l'air chaud des côtes girondines et landaises qui est à 20° à 850 hPa (1500 m d'altitude) à l'air plus frais qui stationne en goutte froide au large (5° à 850 hPa).
Ce conflit va engendrer la formation d'une dépression qui remonte alors vers le golfe de Gascogne et sur nos côtes. A 20 h locales, le centre dépressionnaire se trouve sur Arcachon et va se décaler ensuite dans les terres. Chargée d'humidité en provenance de la mer, elle va entraîner la formatin de cumulonimbus à puissants courants ascendants.




Géopotentiel le 16 juillet à 0 h UTC (2 h locales) - source Wetterzentrale
On y remarque la présence de la goutte froide remontée sur le nord Atlantique.





Carte isobarique pour le 16 juillet à 0 h UTC - source Met Office, Wetterzentrale
6 heures après le passage de l'orage, on remarque le centre dépressionnaire (lettre "L") qui s'est décalé sur le centre ouest français





 

LES EVENEMENTS


Le 15 juillet

A
partir de 19 h - 19 h 15, les vents violents et la grêle se déchaînent sur le littoral aquitain. Un dossier établi par Météofrance nous donne de nombreux détails sur les dégâts causés par ces intempéries.

Dans les Pyrénées Atlantiques durant 20 minutes entre 20 h 30 et 21 h locales, la grêle s'abat sur les secteurs d'Oloron-Féas et le pays basque entre Lholdy, Irrissarry et Irouléguy. Les pompiers témoignent pour Météofrance :  Au cours de ces 20 minutes, pendant environ 5 à 10 minutes des grêlons de taille plus que respectable, en moyenne la taille d'une balle de tennis, avec des diamètres de 10 cm pour certains exemplaires, vont mitrailler la région et causer de gros dégâts. Comme souvent en pareil cas, il s'agissait en fait d'agglomérats de grêlons plus petits, qui donnent une idée de la hauteur que devaient atteindre les puissants cumulonimbus au-dessus de ces régions. Les journaux rapportent qu'on aurait même retrouvé un grêlon pesant plus d'un kilo (1300 g exactement) !
Des cultures sont hachées menu. Presque toutes les toitures sont percées par les grêlons à Féas, d'autres encore à Estos, Agnos et Oloron. Des voitures sont endommagées, complètement détruites pour certaines.
Mais c'est sur les Landes et la Gironde que les dégâts et surtout le bilan humain vont se révéler dramatiques. Des rafales à plus de 150 km/h vont en effet ravager ces deux départements et notamment des campings

En Gironde, on ne compte plus les arbres et poteaux électriques abattus. Le réseau SNCF est endommagé et la circulation ferroviaire bloquée, des milliers d'abonnés privés d'électricité et de téléphone ... 
Comme le signale Météofrance dans son dossier, le vent et les grosses précipitations ont heureusement limité le nombre d'incendies inévitables dans ce contexte de destruction quand ils ne sont pas directement allumés par la foudre.
La foudre d'ailleurs n'a pas été en reste sur ces secteurs, avec plus de 3000 impacts enregistrés rien que sur la Gironde sur cette journée. C'est elle qui en tombant sur des caténaires s'est rendue responsable du blocage de deux TGV à Bordeaux et à Morcenx. C'est d'ailleurs à Bordeaux que des bâtiments ont eux aussi été touchés avec le toit d'une piscine arraché, ainsi que celui d'un hangar sur l'aéroport de Bordeaux-Mérignac. Près du bassin d'Arcachon, d'autres toits sont arrachés dont celui d'une école.

Dans les Landes, le bilan s'alourdit encore dramatiquement. Les secteurs de Mimizan et de Parentis sont les plus touchés. 2 campeurs sont tués à Biscarrosse où les vents ont atteint 158 km/h et entraîné l'évacuation de 3500 touristes. Les dégâts ont été considérables dans la forêt landaise où de nombreux arbres ont été abattus.
On notera toutefois que même dans les zones les plus touchées les voies de circulation routières landaises ont toutes pu rester ouvertes.

En Charente, un observateur rapporte une énorme cellule orageuse formée sur le centre du département, et visible depuis la Gironde entre 18 h et 19 h 30 locales. Le bouillonnement cumuliforme intense avec sommet pénétrant et enclume peu étirée laisse envisager une probable supercellule précédant l'arrivée du système. Donnée probablement liée, Météofrance rapporte 92,5 mm tombés à Bréville, commune charentaise à la limite du 17.

En Charente Maritime, des rafales convectives à 126 km/h sont enregistrées à 21 h 15 locales à Saint Germain de Lusignan.
.  





Cumul des impacts de foudre de 0 h à 15 h UTC le 16 juillet (capture d'image à 15 h)  - Source Wetterzentrale
On voit sur la totalité des cumuls que le foudroiement a été intense sur une grande partie du pays.






Impressionnant coup de foudre sur Condom (Gers) en soirée du 15 juillet - cliché Pierre Paul Feyte


L'épisode a perdu un peu de sa vigueur en remontant vers le Nord et la Bretagne, mais le Maine-et-Loire, l'Indre-et-Loire, la Bretagne et la Basse-Normandie ont connu d'importants cumuls de précipitations en 24 h (jusqu'à 72 mm à Angers) et de grosses rafales de vent. 
Si l'on en croit la carte établie ci-dessous par un membre d'Infoclimat, il semblerait même que les cumuls de précipitations aient surtout concerné les Pays-de-Loire et de façon générale les régions situés dans la portion Nord-ouest des zones touchées, alors qu'au sud -excepté les chutes de grêle dans les Pyrénées et quelques inondations- ce sont surtout la foudre et les vents violents qui ont occasionné les dégâts les plus lourds.  




Carte des cumuls de précipitations en 24 h établie pour le 16 juillet (en mm)
- carte générée par Infoclimat pour l'adhérent Thomas Burgot (pseudo Thomas_35)
Cette carte de cumuls remonte donc les dernières 24 h englobant les évènements du 15. On y remarque la zone de concentration des cumuls dans le Maine-et-Loire et s'étendant du nord des Deux-Sèvres jusqu'à l'Orne et l'Eure en passant par la Sarthe et la Mayenne, avec une moyenne de 50 à 60 mm.



Le 16 juillet


Le lendemain 16 juillet Dame Nature avait prévu un second service :  une nouvelle et très intense vague orageuse traverse en effet la Charente Maritime et la Charente, avec des intensifications extrêmement violentes qui provoquent là encore de gros dégâts sur les constructions et les cultures. Les dégâts sont imputés essentiellement aux vents violents, à la grêle et à des précipitations importantes. Une tornade s'est également taillé une place à Jonzac (17).  

C'est en Charente Maritime que les dégâts sont les plus lourds avec arbres tombés sur les routes et nombreuses coupures de téléphone et d'électricité (15 000 foyers privés d'électricité). A Vaux-sur-Mer, 5 personnes sont blessées par la foudre, cultures et bâtiments endommagés à Boisredon...
A Jonzac en particulier, le parc Accrobranches dévasté par les vents violents d'un probable front de rafales est contraint de fermer. A l'arrière de ce même orage  une tornade d'intensité F0 à F1 s'est formée dans un jardin et a soulevé la toiture d'une maison d'habitation.

En Charente enfin, l'orage a également frappé mais avec des dégâts plus légers : inondations, tuiles envolées, caves inondées, branches tombées, coupures de courant notamment à Barbezieux, Angeac, Jarnac... ont nécessité 144 interventions des pompiers. A Mérignac toutefois, la toiture d'un immeuble déjà fragilisée par la tempête de 99 a cédé d'un coup sous les rafales.





QUELQUES CHIFFRES



Pour le 15 juillet :


- 3 morts dont 2 au camping de Biscarosse et 1 à Saumur (4 morts selon Météofrance)
- 60 blessés, dont 9 grièvement
- 1100 interventions des pompiers en Gironde, 3500 interventions dans les Landes
- 160 000 foyers privés d'électricité


- 92,5 mm tombés à Bréville (Charente)
- 76 mm à Vitré (Ile-et-Vilaine)

- 72 mm tombés en 24 h à Angers (Maine-et-Loire)
- 70,2 mm tombés en 24 h à Cazaux (Ariège)
- 60 mm tombés en 24 h à Laval (Maine-et-Loire)
- 54,2 à Beaucouzé (Indre-et-Loire)
- 51,2 mm à Biscaroose (Landes) dont 37,2 entre 17 h et 18 h
- 50,8 mm tombés en 24 h à Alençon (Basse-Normandie)
- 47,2 mm en moins de 3 heures à Cognac (Charente)

- 158 km/h relevés à Biscarosse (Landes)
- 130 kms relevés à Tours (Indre-et-Loire)
- 126 km/h relevés à St Christophe (nord de l'Indre-et-Loire)
- 126 km/h relevés à St Germain de Lusignan (Charente Maritime)
- 110 km/h relevés à Candé (Maine-et-Loire)
- 104 km/h relevés à Cognac (Charente)



Pour le 16 juillet :

- 5 personnes blessées par la foudre à Vaux-sur-Mer (Charente Maritime)
- 15 000 foyers privés d'électricité

- 63,1 mm tombés à St Germain de Lusignan (dont 16 mm en 6 minutes)
- 69 mm tombés en moins de 2 h à Matha (Charente Maritime)
- 56 mm tombés à Villiers Couture


(source : Météofrance)





 

PHENOMENES LOCAUX


Plusieurs phénomènes locaux feront ici l'objet de développements à venir :
- Le front de rafales meurtrier de Biscarosse
- Le front de rafales de Jonzac et la tornade observée peu après
- Les évènements locaux de Bordeaux et Bordeaux-Mérignac...




La tornade de Jonzac


Elle nous a été rapportée par Benoît Tibaud qui en a été le témoin direct. Elle se forme le 16 juillet vers 23 h-23 h 30 locales (21 h-21 h 30 UTC), après le passage vers 20 h d'un arcus qui d'après les estimations de notre témoin devait faire environ 100 kms de long, L'arcus s'accompagne de rafales et d'une intense activité électrique.
Benoît nous raconte la suite :
"
Sur les coups de 23h-23h30, il y a eu une petite accalmie de 5min environ, les éclairs flashaient dans le ciel toutes les secondes, on y voyait comme en plein jour. Puis un petit silence, pas de tonnerre, ca aura duré 30 s environ... Puis le vent à commencé à re-souffler de plus en plus fort, des branches passaient devant les spots et ils s'allumaient, on avait des arbres fruitiers qui bougeaient dans tous les sens, ils étaient bousculés de part et d'autres. J’ai vu une tuile qui est passé à 2 m du sol pour venir se planter dans le jardin.
Très rapidement à ce moment là, j'ai eu une drôle d'impression, comme si la pression baissait, mes oreilles se sont bouchées et je sentais les poutres du salon qui se contorsionnaient. Je ne me suis pas trop focalisé dessus, c'est passé très vite. Puis j'ai entendu un gros boom à droite de moi, en direction du mur qui séparait celle de la maison voisine.
J’ai retourné ma tête en direction du jardin et j'ai vu des dizaines de tuiles et des branches (énormément) qui tournoyaient à une vitesse folle, nos fenêtres étaient du triple vitrage, heureusement, des cailloux qu'on avait sur la terrasse claquaient très fort sur les vitres.
Je me suis focalisé sur ce que je voyais devant moi, je n'ai pas regardé en hauteur, donc je ne pourrais pas dire avec précision la grandeur de la tornade. Elle est donc passée dans mon jardin, bousculant tout ce qui se trouvait sur son passage. A l'époque il y avait un petit bois à gauche de notre jardin, au passage de la tornade, les arbres se sont fait déchiqueter et pour certains arracher. Ils sont retombés dans mon jardin et à 360° autour. Je ne me souviens plus vraiment vers quelle heure le tonnerre et les orages se sont arrêtés, mais le temps que çà aura duré, c'était très violent. Je me souviens que le lendemain, on a retrouvé certains arbustes cassés et vrillés à mi-hauteur, comme quand tu tournes une tige d'arbre, la même. J'avais été voir ma voisine le lendemain, nous étions assez proches, elle m'a bien confirmé que pendant à peine 1 seconde, la toiture de sa maison s'est soulevée de moitié, elle était dans sa chambre sous les combles. Certaines pierres du muret qui séparait notre jardin ont volé à une trentaine de mètres dans notre jardin. "

Très brève (quelques secondes apparemment), cette tornade n'aurait donc parcouru qu'un trajet très court. Mais elle a eu le temps de causer quelques dégâts, en particulier sur la toiture de la maison d'un voisin qu'elle a soulevée à 1 mètre de hauteur. Au vu de ces dégâts et observations, on estime son intensité à celle d'une F0 qui a pu s'intensifier brièvement et atteindre le stade F0/T1 voire celui d'une petite F1. La puissance et le potentiel de l'orage rendent plausible le fait qu'une tornade ait pu atteindre une telle intensité en si peu de temps.




Carte du trajet reconstitué de la tornade - Benoît Tibaud


→ voir la fiche dédiée à ce cas (avec témoignage complet)


 

 

SOURCES ET LIENS


Voici les quelques sources et références qui m'ont servi pour la documentation de cette synthèse et(ou) vous permettront d'aller plus loin  :

- Dossier établi par Météofrance sur les orages du 15 juillet
- Page consacrée aux évènements du 15 juillet sur le site Météolafleche
- Chronique des évènements météo en Charente et Charente Maritime, N. Baluteau (sur Chasseurs-orages.com)
- Conversation sur le forum d'Infoclimat , sujet consacré aux orages de l'ouest français 
- Récit de chasse durant la journée du 15 juillet dans le Gers sur le blog de Pierre-Paul Feyte

 


 

* par exemple sur le site  Météolaflèche  où la question est clairement posée. Le débat a eu lieu également à plusieurs reprises sur les forums d'Infoclimat, notamment ici.

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