Retour sur notre saison de chasse 2014, par Jérôme Petit

 

 

Cela doit bien faire plusieurs années que je n'avais pas posté un petit bilan de l'ensemble de nos traques effectuées durant une saison... une saison d'ailleurs encore loin d'être terminée et que nous espérons, mon équipe habituelle et moi, si possible encore très fructueuse dans la continuité avant l'arrivée réelle de l'automne.

 

Chasses du 7 au 9 juin

Après divers petits flops entre Avril et Mai sur quelques situations, notre première réelle session digne de ce nom débuta du 7 au 9 juin avec, pour la première fois de l'année, la mise en place d'un puissant flux de secteur SSO chaud, instable et franchement dynamique sur une grande partie du pays.

Une première petite mise en bouche s'est présentée à nous le soir du 6 juin avec la remontée de quelques orages dans un flux de secteur Sud à partir des Pyrénées et du Pays-Basque, orages localement forts au départ qui se sont assez rapidement affaiblis en s'invitant dans une masse d'air encore bien trop sèche et moins dynamique en remontant vers le nord de l'Aquitaine. Cependant, les contrastes et les structures qui se sont présentées à nous à ce moment-là étaient particulièrement belles au soleil presque couchant avec tout de même le passage d'un orage faible à modéré et à base élevée qui nous gratifia de quelques coups de foudre et d'éclairs en nappe de fin d'orage, toutefois peu fréquents et souvent trop noyés (ou trop fins) pour en tirer des clichés sans pause longue ni déclencheur... et puis, il est parfois aussi bon de pouvoir contempler l'orage sans pour autant à tout prix vouloir rapporter un trophée, surtout que nous n'étions qu'à 20 km de chez nous !

Après une bonne nuit de sommeil et un lever plutôt tardif en début d'après-midi, nous étions déjà quasiment prêts de nouveau pour attaquer une nouvelle soirée/nuit potentielle du 7 au 8 Juin, certainement plus orageuse que la veille avec une synoptique quasi à l'identique et un potentiel supercellulaire modéré pour la région. Après un après-midi peu nuageux, très chaud et lourd, une première cellule émergea rapidement dans la soirée à partir du sud de la côte girondine en présentant déjà une signature radar dès le départ relativement intense et parlante, avec une belle structure bien visible vers l'Ouest au contre-jour du soleil, alors que nous nous dirigions moi et Orageuse en direction du sud de la Charente-Maritime, vers Montendre. Nous espérions l'intercepter dans sa diagonale tout en gardant une certaine distance avec elle pour pouvoir l'immortaliser dans toute sa splendeur !
Finalement, on décida sur un coup de tête de se poser dans un champ doté d'un point de vue plutôt potable, à une vingtaine de kilomètre au sud de Montendre... un bon choix puisqu'il nous permit de contempler l'évolution de cette supercellule durant un peu plus d'une heure, laquelle qui par delà une certaine déviation par rapport au flux général, prit la direction du 16.
Mais un peu avant et durant sa réelle genèse, nous fûmes plus qu'admiratifs devant une telle structure alors qu'elle venait de parcourir l'estuaire de la Gironde... Alors certes, ce n'était pas la cellule du siècle, mais entre les contrastes et l'aspect très laminaire et circulaire de la base avec de plus une certaine rotation cyclonique au niveau de griffes nuageuses placées non loin du courant ascendant, il n'en fallait pas plus pour rendre heureux deux chasseurs d'orages :

 

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Avec ceci, un petit montage vidéo musicale en accéléré (x 2).

Pas de clichés d'éclairs non plus cette fois-ci, en raison d'une activité électrique marquée mais essentiellement intra- et internuageuse avec de très rares coups de foudre noyés et plutôt fins au niveau du courant descendant.


48h plus tard, soir le lundi 9 juin, une nouvelle et dernière chasse était à prévoir avec un potentiel prévu encore plus marqué, laissant croire en de puissants orages assez généralisés et dignes de ce nom vers la soirée et première partie de nuit. Alors que l'initiation de la convection et la mise en place de cette dégradation semblait plutôt bien démarrer en début de soirée avec la formation locale de vigoureuses cellules orageuses principalement alignées le long de la côte aquitaine et vers le sud de cette région, tout ne se passa pas comme prévu : le déphasage entre l'arrivée d'un puissant forçage d'altitude de l'Atlantique passant finalement plus au nord et l'instabilité malgré tout très abondante dans la masse d'air engendra ce que l'on peut appeler une "catastrophe" quasi totale  pour tout chasseur d'orages, avec un semi-flop par rapport au potentiel de base, déjouant ainsi pas mal de prévisions.
Après avoir tout de même essuyé sur les hauteurs de Saint-Emilion (33) un orage faiblissant et très pluvieux bien qu'à la base très actif entre Mont-de-Marsan (40) et Captieux (33), je pris la décision avec mon équipe (Kev et l'une de ses collègues en plus) de prendre la route pour aller se poster au sud de Bergerac (24) sur l'un de nos points de vue favoris en face du restaurant de la Tour des Vents, pile à la limite entre l'air plus frais océanique présent sur l'ouest de l'Aquitaine et l'air encore chaud, instable mais un brin trop sec positionné vers Midi-Pyrénées.
Que ne fût pas la surprise d'y retrouver plusieurs chasseurs très sympathiques mais aussi un peu dépités en voyant ce potentiel gâché et en nette régression... Cependant, nous décidâmes d'y rester à la vue des quelques échos plutôt faiblards et très peu électriques remontant du NE des Landes et de l'ouest du Lot-et-Garonne en continuant d'espérer : après une légère réactivation de quelques brefs monocellulaires au nord de Bergerac lâchant de rares coups de foudre, mon instinct me dicta à ce moment-là de surveiller la petite ligne jaunâtre (sur le radar) en provenance du Sud-ouest laquelle malgré son aspect pas très engageant, laisser tout de même croire qu'il pourrait éventuellement se passer quelque chose dans la demi-heure à venir.

Malgré l'obscurité et en regardant vers le Sud-ouest alors que mes collègues discutaient entre eux, je les interpellais soudainement à la vue d'une sorte de masse nuageuse très compacte et étirée en forme d'arc avec un petit arcus situé vers l'étage moyen qui s'approchait peu à peu de notre spot... Tout juste le temps de dire "Je suis presque sûr qu'on va au moins avoir un impact avec ça" qu'un impact tomba à l'ouest de notre position, suivi par un second moins d'une minute plus tard.
C'est alors que cette petite ligne d'orages de faible intensité, à peine perceptible car noyée dans une vaste zone de pluies stratiformes très mal organisée, devait en 45 minutes environ engendrer tout de même facilement une bonne vingtaine de beaux impacts parfois ramifiés. Et j'ai pu avoir l'immense coup de bol d'en capturer deux dignes de ce nom, histoire de me récompenser peut être de toute cette patience  :

 

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Par la suite et malgré quelques bonnes chasses surtout pour les sensations jusqu'à la fin du mois de Juin, car souvent trop flotteuses et très pauvres en coups de foudre (comme souvent dans la région), un nouveau potentiel modéré que je zieutais depuis plusieurs jours se mit en place durant la soirée et la nuit du 5 au 6 Juillet avec une possibilité de quelques orages forts nocturnes ici et là en Aquitaine dans un flux d'Ouest/Sud-ouest assez dynamique et modérément instable.


Soirée et nuit du 5 au 6 juillet

Après une soirée et une première partie de nuit plutôt "molle" où évoluaient fébrilement dans le flux et par place une multitude de petites cellules orageuses généralement sous la forme de mono- et de petites multicellulaires en ligne peu généreux en électricité... un regain soudain de l'activité apparut rapidement en seconde partie de nuit par le nord de l'Espagne et le pays basque, prenant une direction Nord-est soit pile-poil dans notre direction. Orageuse, Cyril et moi n'avions qu'à l'attendre à l'abri sur un point de vue de premier choix découvert dans l'action quelque part à la frontière entre la Gironde et le Lot-et-Garonne.
D'abord diffuse, éloignée et anarchique, l’activité électrique s'activa progressivement principalement sur l'ensemble du 47 avec la mise en place, une bonne heure avant l'aube, d'un vaste orage cette fois-ci multicellulaire, bien foudroyant et actif sur le radar. Jusqu'au lever du soleil et même après, nous avons pu admirer l'évolution et le déplacement dans son ensemble de ce petit monstre bien organisé et franchement très généreux en coups de foudre...
Pour ma part hélas, la fatigue fut un réel ennemi cette fois-ci avec un grand nombre d'erreurs faites entre la mise au point et des réglages me faisant rater un certain nombre de clichés (pour une fois qu'il y avait de la foudre en masse !), même si j'ai pu réussir à capturer ce maigre butin :

 

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Mais ma douce, qui contrairement à moi pouvait encore se servir de ses neurones (!),  a pu chopper celui-ci in extremis au champ du coq :

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18 et 19 juillet

Après seulement quelques longues journées de patience, un nouveau potentiel orageux est promis pour au moins 48 heures, à partir du soir du 18 Juillet et la nuit suivante, sur une grande partie de l'Aquitaine en amont d'un talweg d'altitude bien dynamique et toujours dans un courant de secteur SSO bien chaud et très instable.

La Charente-Maritime est de ce fait bien ciblée par la plupart d'entre nous pour ce premier soir et notre petite équipe décide de se rendre dans le sud du 17 en prenant tout d'abord la direction de Mirambeau... Sur la route, l'émergence d'intenses cellules fortement pluvieuses, parfois grêligènes et assez électriques avec de nombreux coups de foudre (tombant plutôt dans l'air sec sur la limite orientale de la zone de convergence déjà bien en place en soirée), nous pousse à nous diriger plus à l'Est à la recherche d'un bon spot, direction Jonzac.
Bonne décision de notre part, avec l'apparition d'un paysage de plus en plus vallonné et dégagé où se présentent divers châteaux d'eau et antennes relais, promesse de potentiels points de vue aux alentours, alors que nous nous aidons de la carte très précise de notre collègue Kev où certains spots sont indiqués avec une précision chirurgicale... Enfin, un super spot en bord de route se dévoile, pile poil en amont de la zone orageuse déjà vaste et assez active, où nous retrouvons avec grand plaisir et pour la première fois, Flieg et Arkus déjà en poste et au taquet (ainsi qu'une autre voiture de chasseur d'orages mais qui eux ne semblaient pas vraiment vouloir venir nous serrer la pince).
A peine le temps de se saluer, que les trépieds sont déjà posés et les appareils prêts à servir... A ce moment-là, les coups de foudre tombent plus ou moins à proximité et une petite pluie très temporaire s'en mêle mais pour le moment nous décidons d'attendre vu le danger imminent, dans nos véhicules respectifs.
Une fois la première salve passée, c'est le moment de déguster nos sandwichs, de faire plus ample connaissance tout en surveillant le radar qui s'affole de plus en plus avec l'arrivée certaine d'une seconde bouffée orageuse plus active encore et nettement plus proche dans l'heure à venir par le Sud-ouest... La nuit tombe peu à peu et les quelques rires se et blagues se mêlent aux décharges électriques et aux grondements de plus en plus fréquents... Ainsi, la foudre tombe fréquemment (Zeus soit loué !) et permet de faire quelques pauses tout à fait correctes pendant plus d'une heure.

D'abord au coucher du soleil :

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Puis, de nuit :

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Après ces clichés, la pluie de plus en plus marquée et les impacts proches nous ont contraints à nous replier dans nos cages de Faraday, relativement contents du spectacle et des quelques clichés... C'est alors qu'un dilemme s’impose à l'ensemble des chasseurs : partir vers le NO de la côte charentaise où les cellules s'activent comme prévu, fortement en mer... ou bien, rebrousser chemin vers l'est de la Gironde où là aussi quelques belles cellules vigoureuses s'épanouissent dans l'air encore chaud et bien instable ?
A vrai dire, l'heure plutôt tardive et les kilomètres qu'il nous reste à faire nous décident à opter pour la seconde décision, qui s'est avérée hélas cette fois-ci la mauvaise (même si nous le savions un peu au fond de nous) avec l'affaiblissement rapide des cellules... Seuls quelques brefs monocellulaires continueront quelques peu de nous éclairer sur la route du retour entre le Bordelais et le Libournais, sans trop de vigueur.

Pour la traque du lendemain, un décalage plus au Nord-ouest de la zone orageuse principale a finalement eu raison de nous avec une chasse plutôt calamiteuse, même si en très bonne compagnie et dans une bonne ambiance (nous avons pu en effet rencontrer Lefan et sa compagne sur le point de vue de Monhabus dans le 47). Cependant, ce n'est pas tout à fait un flop car en toute fin de soirée, une ligne orageuse active, qui avait pu prendre naissance dans les Landes, nous a gratifiés d'une assez forte activité électrique pendant plus d'une heure, accompagnée de quelques rafales de vent et d'une brève pluie modérée. Mais niveau clichés, c'était plutôt la dèche avec seulement quelques petits impacts lointains qui ne valent rien photographiquement... Cela s'est révélé juste sympathique pour les yeux jusqu'en milieu de nuit, puisqu'en s'évacuant vers le Tarn-et-Garonne la ligne ne cessait de nous narguer en lâchant une multitude de flashs, d'impacts et quelques éclairs en nappe plutôt esthétiques mais bien lointains !

Nous avons fini cette session sur une touche d'humour avec Kev et mon Orageuse en plein "light painting", essayant en vain d'écrire " Broucouille" comme disaient les inconnus dans le Bouchonnois, vu que nous n'avions pas réussi à capturer quelque chose de potable  :

 

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Jérôme PETIT

 

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