Ligne de grains du 5 mai 2012

Récit Mathieu Brochier                                                                             → Retour à l'index



Si certaines traques orageuses nous restent en mémoire par les clichés que l’on peut en tirer, d’autres nous marquent exclusivement par la manière dont on les vit. Le 5 mai 2012, une configuration plutôt intéressante se mettait en place en fin de journée entre le Gard et l’Ardèche. Une longue ligne de grains s’étirait sur des centaines de kilomètres du Nord au Sud. Elle se déplacait lentement vers l’Est, nous laissant le temps d’aller tranquillement la chercher dans le sud de l'Ardèche. Récit par Mathieu Brochier : 

 

Sur la route, nous constatons grâce au radar que cette ligne faiblit petit à petit. Nous craignons qu’il ne soit trop tard et que le spectacle ne soit déjà terminé au moment où nous arrivons sur place. La surprise est en effet considérable alors que nous arrivons à Vallon Pont d’Arc. La ligne s'est affinée et sa largeur dérisoire laisse traverser le soleil couchant avant même son passage sur nos têtes. L’activité électrique elle-même, hasardeuse et essentiellement intranuageuse, me fait immanquablement constater que j’ai eu énormément de chance ce jour-là lorsque j’ai déclenché mon appareil.

 

Le sillage turbulent au soleil couchant est une merveille à contempler sous ce grondement incessant. Il prend rapidement des couleurs orangées puis rouges en passant par-dessus notre route. La pluie nous épargne encore, me laissant l’occasion de prendre de nombreux clichés de cette surprenante bête.

 

Enfin en cette saison, la chance nous sourit me dis-je. Peut-être ai-je parlé trop vite ce soir là.

Nous prenons alors la décision de repartir à l’Est, en direction de Bourg-Saint-Andéol, pour dépasser et intercepter à nouveau la ligne. A 15 kilomètres du spot visé, voilà que le câble d’embrayage de notre voiture nous lâche. Nous sommes à ce moment dans un petit village dépassé par la ligne, qui reprend de l’ampleur alors que la nuit tombe. Une nuit entrecoupée de nombreux coups de foudre qui tombent dans la plaine et qu'hélas nous ratons. Encore aujourd’hui il m'arrive de me dire que nous avons probablement manqué la configuration orageuse dont nous avions toujours rêvé.
Au bout de longues heures et une fois la voiture repartie sur une dépanneuse, une personne vient alors nous chercher et nous rentrons, dégoûtés. Evidemment, le spectacle céleste est terminé.
Mais... On dirait pourtant que je ne rêve pas... Oui, je vois des flashs de ma fenêtre. Une cellule vient de naître à 20 kilomètres au sud, derrière la centrale nucléaire du Tricastin dont je suis tout proche. Je me décide à tenter quelques malheureuses photos dont je parviens à tirer un internuageux et… ce que les gens appellent la Lune. Une lune aux couleurs chaudes, peu à peu révélée par les nuages qui s'affinent progressivement. Une lune s’élevant à l’horizon sud et que je n’ai jamais vu de mes propres yeux ce soir-là.

 

 

Certes j'aurai peut-être eu de la chance dans mon malheur mais cela n'a pas empêché ce problème mécanique de me scier le moral pendant près d’une semaine. J’ignore désormais quand une telle occasion se représentera.

 


 

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