II Fabuleuse chasse du 27 juin en Haute-Normandie (part II)

 


PARTIE 2
  Plat et dessert



→  Première partie du récit dans  Fabuleuse chasse du 27 juin en Haute-Normandie, partie I

Alors que je roule à deux à l’heure pour que les deux dernières gouttes de gasoil ne partent pas trop vite (il est plus de 21h..), je jette régulièrement un œil au radar et l’écho stationnaire repéré précédemment commence sérieusement à m’intriguer : s’agit-il toujours de la même ligne ? Pourtant elle s’en est allée depuis un petit moment déjà en agonisant. S’agit-il d’un reste de la partie septentrionale de cette ligne qui serait restée sur place ? Difficilement concevable et de toute façon, elle devrait être visible depuis ma position, tout comme s’il s’agissait d’un nouvel orage que je n’aurais pas vu venir...
Après un bon petit coup de stress, je parviens enfin à trouver une station automatique. L’écho n’a toujours pas bougé, mais je me rends compte en fait qu’il serait davantage situé du côté de Rouen  et c'est alors que je remarque de ce côté-ci des enclumes qui n'avaient pas attiré mon attention jusqu'à présent, paraissant vraiment très éloignées et diffuses (probablement à cause du soleil couchant) : ni une ni deux, je décide de foncer droit dessus ! Mais à quoi peut bien ressembler ce monstre qui reste si longtemps stationnaire, surtout alors qu’un bon orage l’a précédé de peu ?! Ce n’est pas possible, c’est le radar qui a dû tomber en rade...
Une fois rentré à la maison, je découvrirai que c’était bien le cas : le radar était resté bloqué à 18h ! Voici les images que j’ai loupées durant ce temps et qui me révèleront, sur le tard, ce nouvel orage qui nous fonçait dessus !

(Toutes les images radar de ce récit et de sa partie I proviennent du site meteo60.fr)

     


J’arrive alors au bord de la Seine aux Andelys, réputées notamment pour son château Gaillard. Là un ciel d’encre s’offre à moi et ça flashe dur juste au-dessus des falaises de calcaire. Mince ! ça va être délicat de chasser sur un tel terrain... Heureusement pour moi, je connais plus ou moins le coin : j’emprunte alors une petite route (digne de celles des hauts reliefs un peu plus méridionaux) qui permet de rejoindre le plateau. L’ambiance là-haut est ténébreuse et je perçois un orage qui semble proprement dantesque mais dont je ne parviens pas à voir la base. Néanmoins je devine un gros arcus.




Passé le Thuit/la Roque (bien connus des grimpeurs de tout poil), je passe le bois qui me gênait la vue et arrive face à une espèce de cuvette presque entièrement recouverte par... « la Bête » tant espérée :

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(il est difficile de bien se rendre compte des dimensions dans leur ensemble et de la beauté de la chose sur cette photo, mieux rendues sur les clichés qui vont suivre et surtout la vidéo)

La chance me sourit encore et à peine quelques mètres après le bois, je tombe sur le point de vue presque  idéal, rêvé (ne manquaient plus qu’un petit abri, la piscine et le bar pour que ce fût parfait !).
Les mots me manquent devant un tel monstre. Qui aurait pu imaginer avoire affaire à un truc pareil aujourd’hui ?!
Un tel assemblage de structures m’interpelle aussi, car s’il y a bien un arcus multicouche (bien que ce soit mon premier observé, je n'ai guère de doutes sur sa nature...), j’ai l’impression d'avoir affaire à une autre espèce d’arcus plus abaissé encore, en-dessous du premier (on le verra mieux ensuite). Les griffes de ce dernier sont  proprement hallucinantes et rasent allégrement le sol, certaines ayant un comportement qui prêtent à confusion là encore (malheureusement bien trop loin de ma position). La cadence de tir est pas mal mais pas extraordinaire non plus (surtout des intras), néanmoins les bruits des coups de canon me font sursauter et mes oreilles dégustent à mesure qu’il se rapproche.

Essai d’un zoom au 200 mm sur les griffes :

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Plus sur ma droite :

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23  Et la vidéo (à main levée, désolé)


Au bout d’un moment, je prends conscience que je ne suis peut-être pas aussi bien placé que je le pensais car les enclumes de ce bébé sont déjà au-dessus de ma tête et les extra-nuageux se rapprochent...

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« Hmmm... ça racle sec au fond ! »

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J’ai voulu ajouter la photo suivante car sur celle-ci se distinguent assez nettement d'autres stries en bas sur la droite que je n’avais pas remarquées sur le moment. Qu’est-ce que cela peut bien être ? On a l’impression qu’il s’agit du prolongement du multicouches à l’arrière du système, mais il paraît étrange que l’on puisse voir ainsi l’arrière et surtout, impossible mécaniquement d’avoir un arcus à l’arrière d’un orage (sauf peut-être sur un orage rétrograde ?)... ?

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La seconde structure devient plus évidente : cela me fait penser à un gros arcus surbaissé en forme de chapeau de champignon. Ne serait-ce pas cela que l'on appelle un nuage tabulaire ?
Mais, autre question : qu’est-ce qu’il fiche là ? De mémoire, il me semble n’avoir jamais vu, en photo, une combinaison de ces deux structures remarquables sur un seul et même multicellulaire (à la rigueur sur un supercellulaire, l'ensemble nuage-mur + arcus).

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Je remarque aussi cette étrange masse nuageuse en forme de tube sur son flanc gauche, qui semble être attiré par une voisine, à la manière d’un (tuba) nœud-papillon. Bon, ce n’est peut-être pas grand-chose, je fais sûrement un peu trop de zèle...

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Le « chapeau » est devenu bien massif :

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Il est temps de déguerpir : il devient de plus en plus difficile de passer à travers les gouttes, le front semble accélérer et les coups de pétoire avec... !  
Cependant, ma tentative de devancer le système va, en partie, capoter car je me retrouve alors face à une alternative : soit continuer le plus loin possible tout droit, cela signifiant devoir reprendre très vite (du moins c’est que je pensais, à tort)  la route de montagne par laquelle je suis monté, autrement dit perdre un temps fou dans la forêt, soit tourner à gauche ou à droite dès que possible mais en prenant le risque de me faire engloutir par le monstre trop tôt...
C’est alors que je vis les griffes de l’arcus devenir complètement folles : je décidai de braquer à la première à droite en roulant à fond les ballons vers ces demoiselles...
Et c’est là que je l’ai vu, éclairé par la lumière du soleil couchant, comme sur les plus belles tofs' provenant des Etats-Unis (du moins, c'est l'impression que ça m'a donné) : ce que je pense être un très long tuba voire plus, magnifique, plus blanc que le reste, un tube étroit, bien lisse qui part et s’allonge, sur une bonne distance, presque à l’horizontale et directement à partir de l’arcus et qui se courbe, en son milieu apparent, à plus de 45° vers le sol ou peut-être vers la Seine... L’extrémité bougeait mais hélas, pas moyen de dire s’il s’agissait bien d’un mouvement rotatif. Ce tuba se distinguait aisément des griffes qui elles étaient reliées à une sorte de grosse base conique mais toutefois -comme on le verra dans la vidéo ci-dessous-, il y avait également de quoi se poser des questions à leur sujet !

J’ai tenté de filmer ce tuba/tornade alors que la route commençait à devenir bien humide (bien sûr encore une fois, surtout éviter de reproduire l’expérience chez vous). Mais comme je m’en doutais, cela ne donne pas grand-chose (pas de mise au point, manque de contraste et de grossissement).  


33   Vidéo (conseil : baisser le volume avant !)

Pour moi il s’agit bel et bien d'un de ces fins tubes blancs que l’on devine au centre et non de l'une des grosses griffes plus voyantes (même si, comme je le disais plus haut, ça n’exclut pas qu’il s’agisse également de tubas...). Ensuite, comme vous pouvez le voir à la fin de la vidéo, je me suis trouvé bloqué à un carrefour car arrivé à la route qui longe le haut des falaises...  
C'est alors qu'avec un niveau d'adrénaline qui atteint des sommets, je recherche désespérément une trouée dans la végétation pour continuer à observer le spectacle, mais trop tard... :

34.  Vidéo  

35.  Vidéo  

Les gouttes faisaient un sacré bruit sur les vitres, au point que j’en ai même cru à un moment que c’était de la grêle qui allait casser le pare-brise.
Enfin voilà, je ne vous cache pas que je suis rentré avec un grand sourire figé aux lèvres et avec des milliers de questions en tête...


→  Première partie du récit dans  Fabuleuse chasse du 27 juin en Haute-Normandie, partie I


 Récit et photos Benjamin (pseudo)

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