Deux nuits de folie - 25, 26 et 27 juillet 2013

 

 


La longue attente se comptait en mois voire en années... Allait-on revivre enfin une vraie grosse dégradation orageuse nocturne digne de ce nom dans notre bon vieux département de la Gironde ? Nos contrées avaient été la plupart du temps tellement dédaignées par les gros choux fleurs qui leur préféraient le sud ou l'est de l'Aquitaine comme ce fût fréquemment le cas durant la saison 2012...
Mais cette fois-ci Dame Nature avait clairement décidé de nous offrir un spectacle "son et lumière", et d'une intensité dont je ne me souviens pas avoir déjà vu et ressenti l'équivalent en 10 années de chasses ! Même depuis les souvenirs d'enfance les plus enfouis dans ma mémoire où grondent pourtant encore de très gros orages. Là je dois dire que je peux réellement difficilement trouver tous les mots pour décrire tout ce que j'ai pu ressentir avec mes coéquipiers durant ces deux nuits de folie
...

Nous nous sommes tout d'abord retrouvés avec Cyril puis Kev ensuite (grâce aux indications précises de Ben alias "Nicole elle va prendre cher" ) sur les hauteurs de Bouliac (33) au niveau de l'église où s'offre à nous un superbe panorama surplombant une bonne partie de l'agglomération bordelaise (avec une vue allant du SSE à l'ONO très dégagée)... De plus, un petit abri en dur se trouve fort opportunément sur les lieux pour accueillir dans une certaine mesure des chasseurs d'orages en perdition.
Vite rejoints durant ces deux soirées et ces deux nuits par d'autres photographes/chasseurs d'orages, lesquels connaissent visiblement bien ce spot (et que je salue chaleureusement au passage !), nous allions donc vivre ce que pour le moment nous considérons comme les deux orages de l'année : sous la forme de deux sacrés MCS* consécutifs voire quasiment un MCC* dans la nuit du 26 au 27/07. Systèmes en tout cas extrêmement électriques sur la durée, avec une densité de foudroiement et de décharges intra- et inter-nuageuses que je n'avais encore jamais vécu personnellement  durant un si long moment, très pluvieux et très fortement venteux. Seul petit gramme de mansuéatude dans tout ce déchaînement, nous avons reçu seulement  quelques grêlons dans notre secteur lors de la seconde bouffée orageuse.


Soirée et nuit du 25 au 26/07

Très confiant concernant la situation à venir, je partis donc sur les coups de 19 h 30 à la vue des premières cellules déjà en train de sévir dans le golfe de Gascogne : visuellement déjà actives au radar elles progressaient relativement rapidement dans le flux rapide de Sud-ouest et un premier foyer orageux était déjà placé à 100 ou 150 km au Sud-ouest du bassin d’Arcachon.
N'ayant pas envie de me retrouver encore sur la touche ou galérer à dénicher un point de vue aux alentours du Bordelais en courant le risque d'arriver un peu tard sur les lieux, je me suis rappelé un point de vue qu'avait découvert Ben sur Bouliac (et où était présent aussi Seziou vers fin Août 2011 lors d'un orage qui frôla Bordeaux).
Un coup de téléphone à ce dernier (que je remercie aussi chaleureusement) m'a alors permis de trouver assez facilement ce spot, qui surplombe bien la partie E/NE de Bordeaux, avec de plus des bancs pour attendre patiemment, un abri correct pour s'abriter tant que la pluie ne tombe pas à l'horizontale, une vue superbe bien en hauteur et des parkings suffisamment vastes pour accueillir même plusieurs bus de chasseurs d'orages (!).
A mon arrivée, je fus déjà interpellé par un photographe qui fait aussi de la photo d'orages (Seldon, présent sur le forum d'IC et qui avait vu mon insigne placé à l'arrière de ma Punto-Storm). Il était bien entendu présent pour l'occasion en cette soirée et nuit fort prometteuse !
Après l'arrivée de Cyril, il ne nous restait plus qu'à attendre que les cellules orageuses puissent s'organiser et toucher comme prévu au moins une large partie Ouest de la Gironde pour ensuite "pousser" jusqu'au Bordelais.
Avant le coucher du soleil, les enclumes de la ligne d'orages étaient déjà bien visibles et s'étiraient plus ou moins dans les terres. On distinguait un petit monocellulaire modérément actif en bout de ligne mais qui n'allait donner que quelques impacts de foudre très lointains et de rares intra-nuageux avant de s'affaisser et de crever.
Mais quelle ambiance générale appréciable, déjà bien moite et pré-orageuse, pile poil après le coucher du soleil sans intrusion du vent d'ouest et de nuages bas comme cela arrive si souvent  ... Le tout accompagné d'un bon Munster bien frais, d'un sandwich bien garni et de saucissons à picorer, il ne me manquait plus que le béret et le couteau Opinel ! Sans oublier les collègues fort sympathiques ainsi que des badauds qui avaient repéré notre agitation nocturne et se montraient fort intéressés par la découverte de la chasse aux orages, nous posant des tas de questions auxquels nous tentions de répondre entre deux coups d'oeil à nos appareils pour ne pas foirer les temps de pause.
Après deux heures d'attente, les premiers flashs commençèrent à devenir bien visibles avec quelques impacts lointains ici et là à l'avant du vaste MCS qui était en train de se constituer et se dirigeait en plein sur l’agglomération Bordelaise pour notre plus grand plaisir.
Puis ce fût vite le festival, avec une activité électrique de plus en plus marquée, incessante, avec un rapport assez équitable entre coups de foudre au sol et décharges intra- et inter-nuageuses sous toutes leurs formes possibles. Un spectacle nocturne démentiel se préparait.
Enfin suffisamment proches, les impacts permirent à la plupart d'entre nous de faire leurs premiers clichés nocturnes d'éclairs impactant Bordeaux, ce dont je rêvais depuis fort longtemps... :











Enfin, la nuit du 26 au 27/07

Pour cette seconde nuit qui se devait d'être tout aussi prometteuse si ce n'est plus... le scénario était finalement quasi à l'identique entre mon arrivée sur les lieux aux alentours des 20 heures, avec Cyril déjà présent et un radar qui laissait envisager un peu le même genre de situation avec création dans un premier temps de virulentes cellules orageuse dans le fond du golfe de Gascogne, déjà très actives et commençant à se souder avant le coucher du soleil pour vite déjà former un vaste MCS. Mais c'est alors que contrairement à la nuit précédente, ce dernier m'a semblé  prendre l'allure d'un MCC.
Vite rejoint par Kev et 7 ou 8 autres chasseurs d'orages dont deux ou trois que nous connaissions déjà de la veille, il planait comme un air de déjà vu avec l'arrivée du puissant système orageux par l'O/SO qui dans un premier temps semblait se positionner plus à l'ouest que prévu et faisait mine de seulement frôler Bordeaux.
Cependant, la formation de quelques monocellulaires vers la côte landaise et dans la région de Dax et le fait que le MCS semblait avancer finalement en crabe vers l'Est en matérialisant visuellement sur le radar une très forte régénération par partie orientale du système (avec du soulèvement à l'avant engendrant la création de petites cellules), tout cela me décida à rester sur place : le gros des troupes était à priori destiné à l'ouest de la Gironde, à Bordeaux et à ses environs au minimum.
Bon choix, car comme la veille flashes et coups de foudre lointains apparurent alors, approchant doucement vers notre position, avec déjà quelques superbes éclairs en nappe illuminant l'avant du système orné de mammatus au niveau des vastes enclumes... de toute beauté !
Nous eûmes droit à un superbe spectacle pendant plus d'une heure avec la progression de plus en plus rapide de l'activité orageuse par le Sud-ouest. Toutefois cette fois-ci le "big" MCS se montrait plus radin avec des coups de foudre moins nombreux que la veille et souvent noyés dans les zones précipitantes, ce qui même avec un téléobjectif ne rendait pas la tâche facile.
Finalement, sans que nous n'ayons pu réellement capturer quelque chose de vraiment sympa dans la boite à image, le front de rafales se matérialisa d'un coup au-dessus de Bordeaux. Les lumières de l'agglomération se mirent à éclairer quelque peu une base assez basse, vaste, très menaçante et fort bien constituée avec la présence visible d'un énorme rideau de pluie qui ne laissait quasiment aucun doute sur ce que nous allions subir de plein fouet dans les minutes à venir.
Juste le temps de ranger les affaires et de courir vers le parking rejoindre nos véhicules, la pluie commença à tomber avec les premières rafales de vent puissantes.
Une ou deux minutes après que nous nous soyons bien installés à l'abri, c'était le déluge !  Pendant près de 30 à 40 minutes, de très puissantes rafales de vent (largement estimées visuellement à plus de 100 km/h par moment) accompagnèrent ces pluies diluviennes "agrémentées" de quelques grêlons de taille raisonnable. Ces derniers impactèrent parfois nos carrosseries mais globalement les chutes de grêle nous ont probablement tout juste évités.
Feuilles et petites branches volaient de partout avec une pluie quasi à l'horizontale tandis que les puissantes rafales de vent secouaient notre abri sur roues.
Nous étions donc au cœur des éléments ! D'une intensité que je n'avais pas vécue depuis belle lurette... voire sans nul doute dépassant tout ce que j'ai pu vivre auparavant dans mes nombreuses chasses.
La courte vidéo qui suit permet largement d'apprécier le déchaînement des éléments que nous vivions en live :




Pendant et surtout après ce virulent passage orageux, nous avons pu faire le tour d'un parking et observer les premiers dégâts : ici et là le long de la route des flots très abondants s'écoulaient en torrents, dépassant même la hauteur des rehaussements de parkings dont les bouches d'égouts peinaient à accueillir le débit d'eau.
En redescendant vers le bas de Bouliac en compagnie de Kev, nous constatâmes de nombreux dégâts dont un fil électrique quasi à terre, des ruissellements marqués de terre, de nombreuses branches de toute tailles et d'arbres cassés pour certains en deux, de nombreuses cascades aux abords des routes dévalant des hauteurs de notre petite colline... De gros cailloux obstruant partiellement la route donnaient un air "tout terrain" à notre épopée. 

Après le passage du MCS, nous nous retrouvâmes quasiment tous de nouveau sur le site du panorama de Bouliac. La vue des quelques cellules encore présentes localement vers la côte et très isolément ailleurs avec leurs impacts de foudre aléatoires mais éloignés, nous laissaient espérer alors une possible réactivation à l'approche de l'une d'entres elles.
Aussitôt espéré, aussitôt fait avec l'arrivée par le S/SO d'une cellule orageuse de plus en plus active par le nord des Landes, qui semblait déjà lâcher de superbes impacts de foudre pile poil dans notre champ de vision... Et voici qu'elle a la bonne idée de nous générer de très gros impacts comme la veille sur Bordeaux avant sa rapide évacuation vers le nord :







Coups de foudre sur Bordeaux, capturés respectivement par Jérôme Petit et Cyril Guitton



Petite enquête de terrain vite pliée pour constater la présence des dégâts : en effet, point n'était besoin de beaucoup se déplacer ni beaucoup chercher entre la grosse inondation dans les bas Latresne, les arbres à terre et les quelques panneaux de signalisation pliés. Les dégâts étaient bien visibles, inévitable et impitoyable tarif imposé par les éléments.

Sur la route du retour chez moi, je constatai d'autres dégâts du coté de Genissac surtout dûs à la grêle, avec une végétation bien impactée dans son ensemble.
Kevin a pris un certain nombre de clichés des dégâts de la seconde nuit sur le département de la Gironde, en revenant de Pauillac  :






Dégâts en Gironde durant la nuit du 26 au 27 - clichés pris par Kevin Petit en revenant de Pauillac


En conclusion, deux nuits de folies bien méritées et dont je ressens encore toutes les émotions à l'heure où j'écris ce long récit : eh oui ici en Gironde c'est pas tout les jours que nous avons ça !


Jérôme Petit


Tous les clichés reproduits ci-dessus sont la propriété de leurs auteurs Jérôme Petit, Kevin Petit et Cyril Guitton 


 

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