Deux journées de chasse mémorables en Auvergne



Eric Tarrit nous livre ici son récit de deux journées de chasse mémorable vécues dans l'Allier au mois d'août 2013 : supercellules, rafales descendantes musclées, grêlons géants... tout y était. Les dégâts aussi, hélas.  
pour accéder directement au récit du 6 août



5 AOUT 2013

Une journée qui s'annonce bien !



Un peu en retard sur le programme, alors que je pars en vitesse vers une station pour faire le plein, des congestus sont déjà présents et la convection prend rapidement sur le Puy de Dôme.
Après 20 minutes d'attente à la station je peux enfin partir chasser. Depuis mon arrivée à la station, les choses ont bien évolué et une cellule a déjà pris la direction de Roanne... autant dire que je peux oublier cet orage en flux de Sud-ouest car cette celllule est bien trop loin pour moi. Heureusement, une cellule intéressante est apparue sur les radars, cette fois-ci dans l'Allier.
Je fonce dans l'Allier en espérant que le système ne se déplace pas très vite et une fois arrivé dans les environs de Randan, je vois enfin au loin l'orage doté d'une partie basse assez suspecte. D'après les radars un split [séparation de l'orage en deux] a eu lieu pendant la route : j'ai devant moi le moteur droit [la cellule qui se trouve à droite après le split], mais il est encore trop loin pour voir réellement ce qu'il se passe là-dessous.
Je réfléchis alors : prendre direction Gannat pour aller droit dessus ? Au moment où je serai sur place l'orage sera déjà bien plus loin car il avance assez vite. Je décide donc de poursuivre ma route direction Vichy pour rester dans la tangente du système et pouvoir le rattraper sur son flanc Sud-est.
Arrivé sur Vichy, je monte directement sur les hauteurs et j'aperçois enfin le moteur droit arriver. Je suis bien placé, les rafales de vents s'intensifient et écrasent l'herbe -signe de rafales descendantes-, mon trépied tombe lors d'une prise de vues vidéo, je le tiens de main ferme par la suite, le temps d'un timelapse de l'arrière du moteur droit quand il passe devant moi. Le voici : 

 
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Un coup d'oeil sur les réseaux me révèle qu'il s'agissait bien de rafales descendantes avec -jusqu'à- 135 km/h relevés sur Vichy et je constate que le moteur gauche, qui a pris la direction de Moulins, a fait pas mal de dégâts lui aussi avec des rafales jusqu'à 149 km/h ! De la grêle destructrice tombe sous ces supercellules (7cm).
Je filme l'évacuation de l’orage sur Vichy et de gros impacts tombent à l'arrière du FFD dont l'un avec power flash, et un autre qui aurait pu déclencher un feu, si j'en crois une fumée blanche aperçue après l'impact.

[capture vidéo]



Je décide de bouger ensuite pour me trouver dans l'axe du flux entre Moulins et Vichy et pouvoir partir directement sur une zone qui deviendrait intéressante au Nord comme au Sud.
Je me retrouve sous des rideaux de pluie et là... Gros problème, mes essuie-glaces s'entremêlent ce qui va casser le moteur général des essuie-glaces.... Je me retrouve donc sous la pluie à rouler à 30 km/h avec un essuie-glace côté conducteur qui ne bouge plus en face de moi.  
Il est environ 19 h, les garages sont tous fermés… Par la suite je m'arrête sur un bas-côté car une odeur de plastique fondu sort de la ventilation, le moteur était en fait toujours en train de forcer alors que l'essuie-glace n'avait pas regagné sa place d'origine. Après avoir insisté pour le remettre à sa place et pris dans la foulée des photos des quelques dégâts dû aux rafales descendantes de 135 km/h, je reprends la route.

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Je rebrousse alors chemin pour rejoindre le spot sur les hauteurs  de Vichy où j’étais quelques minutes auparavant, en espérant voir au moins comment les choses évoluent le reste de la journée. Sur la route s'offrent des mammatus au crépuscule, pas de premier plan potable mais je capture quand même cet instant.

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20h30 : j’arrive enfin sur Vichy, et à peine suis-je arrivé sur le spot qu'un nuage mur se dessine sous une cellule en pleine explosion ! Pas vraiment le temps de faire des réglages et comme je suis un peu énervé à cause de la voiture, je foire la MAP. Dommage mais la capture est là : il est descendu très bas par moment. Pas de rotation visible mais la base assez arrondie laisse deviner une possible faible rotation du système.

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J'observe son évolution, tout en communiquant avec Yann V. un autre chasseur du coin qui lui aussi voit la cellule exploser de son côté. La nuit tombe et je vais pouvoir me régaler à observer cet orage isolé qui a duré environ 1h40 en pleine activité. Des extra nuageux [éclairs qui sortent du nuage] tapent souvent dans le ciel étoilé avec vue sur Vichy. Ça fait du bien au moral !  

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L'orage s'évacue au Nord-est de Vichy tandis qu'au Sud-ouest de l'Allier l'activité reprend. Je me demande à plusieurs reprises où cadrer, mais la structure devant moi va se révèler finalement bien plus intéressante car je finis par y apercevoir une colonne convective torsadée ainsi qu'un probable nuage mur plus développé sur le flanc Sud-est de l’orage. La rotation est assez nette en repassant les photos.
Quelques minutes d'accalmie. Alors que j'observe les derniers intras et inters nuageux des orages sur l'ouest, une nouvelle cellule commence à gonfler et lâche quelques coups de foudre pour le moins assez puissants même à 30 km de distance. Je commence donc à shooter l'évolution, toujours sous un ciel étoilé !  

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L'activé électrique augmente sans cesse, facilement à 4 flash/sec, et la suspicion de l'apparition d'une nouvelle SC s'installe en moi, sans pour autant que j'aie vu d’autres signes qui les distinguent, juste un doute. J'ai du mal à y croire vu que l'après-midi a déjà été assez fructueuse en la matière : y aurait-il encore de l’énergie ?!  Je commence à apercevoir une base suspecte sur le côté. En regardant mes photos sur le coup, je constate alors que la cellule tourne sur elle-même et prend la direction Nord-est de Vichy.
A noter que cette cellule emprunte, à quelque chose près, la même trajectoire que celle traquée dans l’après-midi sans split.
Une ligne d'alimentation et un mésocyclone [rotation généralisée] apparaissent en très peu de temps, décidément ! Par moments le méso descend très bas. Pour le coup j'aimerais être plus près mais impossible à cause des essuie-glaces HS. Alors je shoote, je shoote, je shoote...

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Quelle sublime structure face à moi !  Il me faudrait faire un panoramique pour avoir la longue alimentation mais je préfère rester cadré sur le méso, lequel devient de plus en plus compact et électrique. Peu d'impacts visibles car les précipitations sont très intenses (FFD), mais de superbes rampants sortent du méso dans une partie un peu plus sèche. A 15 km environ, un bruit sourd et constant se fait maintenant entendre qui me fait penser à la grêle, je me met en tête qu'il va falloir partir vite si ce bruit continue à se rapprocher, car vu la structure la présence d'un rideau de grêle n'aurait rien d'étonnant. Et comme je n'ai plus d'essuie-glaces il faut que je parte même avant les premières gouttes.

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Je continue de shooter en espérant voir un extra nuageux éclairer toute la structure et au vu de l’activité et des nombreux traceurs descendants qui commencent à jaillir, il ne devrait pas tarder. Je m’approche de l’appareil pour changer mes exifs et éviter la photo cramée, mais manque de chance, il se manifeste à ce moment-là !

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Ce fut l'un des derniers coups de foudre avant sa désintégration et ma dernière photo. Puis -toujours avec ce bourdonnement au loin- je décide de partir car déjà quelques grosses gouttes commencent à tomber.
J'ai réussi à me maintenir à la limite de la cellule tout en m'éloignant au fur et à mesure que cette dernière avançait. J'ai alors constaté de grosses gouttes, une pluie intense d'après Yann V. qui était surement plus exposé.
Ce fut la dernière SC de la journée, qui a bien rattrapé mon début de chasse !  

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6 AOUT 2013 
Bon potentiel, flux de Sud-Ouest... on prend les mêmes et on recommence !
 
 




Le lendemain, une fois de plus la chasse commence assez fort par une cellule qui a pris forme au nord du Puy de Dôme et s’évacue en Allier. Je passe sur sa trajectoire où les routes sont recouvertes par une couche conséquente de feuilles et de branches. Parfois le goudron n’est plus visible du tout. Aucun doute sur la grêle, je m’arrête pour quelques photos.

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Ci-dessous, grêlons de 3 à 4 cm de diamètre relevés.

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D'après les radars, ce sont les dégâts du moteur gauche d'un split qui a eu lieu à la hauteur d'Issoire (63). Tentative de suivi de cette cellule abandonnée, trop rapide. Je vais alors me concentrer sur un autre orage qui arrive à l'ouest de Clermont-Ferrand et qui prend la direction de ma position. Je vois déjà la forte intensité des flashs au loin et m'arrête sur un bord de route, la ville de Riom en face.
L'orage arrive à ma portée et je commence à shooter, les flashs sont incessants. Des impacts tombent sur la ville de Riom (63).

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Le foudroiement se limite bien à l'avant de l'orage, il  n'est pas anarchique comme parfois, ce qui me permet de bien évaluer le moment où il faudra se mettre à l'abri. Les impacts sont de plus en plus proches, beaucoup de simultanés au 18 mm, j'en loupe beaucoup. 4 impacts simultanés à environ 1 km tombent alors face à moi et la pluie commence à se faire sentir. Le temps de tenter quelques derniers clichés sans résultat, désormais la foudre tombe à 300 m. Il est temps de partir.  
Je rejoins Vichy sur le même spot que la veille, et sous cet orage c'est un véritable déluge, des lames d'eau importantes à plusieurs reprises.
Une fois sur le spot, j'attends alors l'évacuation de la pluie et je rencontre 3 autres chasseurs déjà en place : Will Hien, Yann Vavasseur et Gilles Duperron.  
23 h : les salves orageuses s'enchaînent, les structures sont souvent vite masquées par les gros rideaux de précipitations, mais heureusement la foudre tombe souvent devant. L'activité une fois de plus est très forte.

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Je cadre au plus vite sur une structure que l’on distingue au loin avant que la pluie ne fasse des siennes. Le plafond nuageux plutôt bas rend la vision des structures assez pesantes, ambiance garantie ! Probablement un arcus mutlicouches qui se forme. On peut voir sur la photo l’intense rideau de précipitations qui s'apprête à nous engloutir.

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Un œil sur les radars nous permet de constater que l'on va rester sous la pluie jusqu'à la fin de la dégradation : il n'y a plus qu'une grosse masse pluvieuse avec des impacts anarchiques. Trempés, nous continuons de shooter quelques éclairs dans cette masse pluvieuse au-dessus de Vichy.

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Sur la route du retour, quelques photos de dégâts :

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Plusieurs bouches d’égoût étaient ainsi soulevées, ce qui confirme les fortes lames d’eau :

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Enfin pour terminer un petit plus : la vidéo de la compilation des mes meilleurs moments de chasses du mois de juillet et août.

 

Document sur Facebook: https://www.facebook.com/notes/eric-tarrit/r%C3%A9cit-chasse-05-et-06-ao%C3%BBt-2013-allier/10202436686149617


Eric TARRIT




Tous les clichés reproduits ci-dessus sont la propriété de leur auteur Eric Tarrit.

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