Trombes et tornades

 

 

Tout le monde connaît les tornades aux USA, véritable fléau pour les habitants du middle West et mythe indétrônable pour les chasseurs d'orages. Mais que sait-on de nos tornades hexagonales et européennes ? Disons-le clairement : en dehors des milieux spécialisés, pas grand-chose. Il n'y a pas si longtemps encore, on les pensait même inexistantes ou extrêmement rares sur notre territoire. Or, il n'en est rien, même si heureusement leurs conséquences sont moindres chez nous qu'aux USA.
Penchons-nous sur tout ce qui tourbillonne dans l'Hexagone.

        →  Généralités
        →  Comment se forment et vivent les tornades ?
        →  Répartition sur notre territoire
        →  Les caractéristiques de "nos" tornades
        →  Quelques cas marquants
        →  Sécurité : que faire en cas de tornade ?

 




Généralités




 

Avant toute chose par pitié : BAN-NIS-SEZ une bonne fois pour toutes le terme "minitornade", inventé par un journaliste dans les années 80 et qui ne veut strictement rien dire.
"Mini" ou non, une tornade est une colonne d’air rotative, qui se forme sous les orages pour venir atteindre le sol. Elle est rendue visible par la condensation qui peut concerner tout ou partie du vortex. Le double effet de la vitesse des vents rotatifs et de la baisse brutale de la pression provoque sur leur passage des dégâts parfois impressionnants.  
Que de surprises avec les tornades ! On estime la vitesse des plus violentes d'entre elles à 400 km/h (l'adoption de la nouvelle échelle de Fujita a contribué à faire baisser les chiffres antérieurs), mais les plus faibles d'entre elles peuvent également passer inaperçues. Les dégâts peuvent être considérables, inimaginables parfois avec des maisons entièrement rasées, mais une tornade peut tout autant vous emprunter délicatement un vase de Chine et vous le reposer sans une égratignure. Les mots "contrastes" et "miracle" pourraient donc tout autant définir ces phénomènes que les mots "violence" ou "destruction".
 

La tornade de Campo (Colorado, 2010)- © Dean Gill


C'est la rencontre de l’air chaud et humide avec les fronts froids qui provoquent les violents orages tornadogènes. Aux USA, la "tornado Alley" où tous les ans se rencontrent l'air froid polaire et l'air chaud et humide en provenance du golfe du Mexique, est la région du globe la plus touchée par les violentes tornades, dont les bilans meurtriers ont nécessité la mise en place de dispositifs de prévention et d'alerte très perfectionnés. Le record mondial de densité en absolu serait en revanche détenu par le sud de l'Angleterre (d'après la TORRO, voir Liens).
D'autres régions du globe sont également très touchées par les violentes tornades, sans pour autant bénéficier de la logistique américaine. C'est notamment le cas du Bangla-Desh, de certains pays d'Amérique latine comme l’Uruguay et l’Argentine, de l’Océanie, l'Australie et l'Est asiatique. En fait, ce sont les zones tempérées dans leur ensemble qui courent un risque tornadique car elles sont le théâtre privilégié de l'affrontement des masses d'air polaires et des masses d'air plus chaudes et humides. Ceci dit, les zones les plus froides ne sont pas forcément épargnées, des cas ayant été recensés dans les pays scandinaves et même en Islande ! L'Europe fait donc partie des zones touchées elle aussi, avec cette probable distinction à faire entre le contexte de l'Europe de l'Est, proche de celui du Middwest, et celui de l'Europe de l'Ouest avec une moyenne d'intensité moindre, mais en revanche une densité équivalente voire supérieure comme en Angleterre et des causes probablement mutliples. Saviez-vous que Thomas P. Grazulis, dans son documentaire La tornade sorti en 1996, place l'Italie au 6ème rang dans la liste des pays au bilan humain tornadique le plus important... et la France au 8ème ?

Il existe plusieurs types de phénomènes tourbillonnaires : les tornades proprement dites ou trombes terrestres sont donc les trombes qui touchent le sol (le mot trombe à l'origine est un terme générique ancien désignant autant les phénomènes terrestres que marins). On distingue parmi elles différents types d'évènement, en fonction de leur nature ou leur origine : les tornades dites de type A selon la terminologie du scientifique Franck Leroux sont les cas issues d'une supercellule, les plus intenses et redoutables. Les tornades de type B, elles, se forment dans des contextes non-supercellulaires. Appelées landspouts, elles sont généralement moins violentes, ne dépassant guère le stade F2.
Deux autres types particuliers de tourbillons terrestres sous orage se forment à l'avant des fronts de rafales et ont donc cette particularité de précéder l'arrivée des vents du front. Ce sont d'une part, les gustnadoes lesquels bien que suivant la direction de l'orage ne sont pas rattachés au nuage, et d'autre part les tornades dites tornades de front de rafales qui elles, sont bel et bien reliées au nuage.
Les trombes marines (ou waterspouts) sont les vortex qui touchent une surface liquide, principalement la mer. Leur conditions d'apparition spécifiques liées aux constrastes de température entre l'eau et l'air les multiplient notablement et on en rencontre sur tous les littoraux de France, tout particulièrement en Méditerranée et en Corse.
Enfin les tourbillons de poussière ou dustdevils se forment par beau temps chaud principalement. Généralement inoffensifs, ils peuvent néanmoins parfois causer quelques dégâts.

 

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Comment se forment et vivent les tornades ?


 

 

L'essentiel de nos connaissances météorologiques sur les tornades et autres phénomènes tourbillonnaires nous provient essentiellement de la recherche américaine, y compris la terminologie et classifications. Il y a peu de temps encore, la quasi totalité de la littérature sur le sujet nous venait d'Outre-Atlantique. Certes les conditions synoptiques (générales) requises sont identiques quelle que soit la localisation sur notre globe. Cependant des particularités européennes semblent bien exister pour lesquels les connaissances directement issues des études américaines trouvent parfois leurs limites. Quelques chercheurs, dont Charles Doswell et Thomas P. Grazulis, se sont penchés sur la climatologie européenne, et l'ESSL (European Severe Storm Laboratory) a pris le relais depuis maintenant plusieurs années (voir Liens). Il nous paraît important de tenir compte de ces particularités, sans oublier pour autant les généralités.

La formation des tornades

Les tornades significatives, généralement supercellulaires, se forment dans un contexte de forte instabilité  avec cisaillements directionnels importants (changements de direction du vent en fonction de l’altitude). Un certain nombre d'indices comme la SRH (Storm Relative Helicity) sont également nécessaires pour créer les conditions favorables. On notera toutefois que des tubas voire de petites tornades au sol peuvent se former dans des contextes orageux plus modérés, voire sous de simples cumulus. Ils sont généralement inoffensifs et ne durent guère. 
En présence de cisaillements marqués, des rouleaux d'abord horizontaux vont se former à l'intérieur du cumulonimbus. Un fort courant ascendant peut alors soulever l'un de ces rouleaux qui va alors se scinder progressivement en deux tourbillons, d'axe vertical cette fois-ci. Si les conditions le permettent, l'un d'eux peut alors évoluer en tuba voire en tornade en s'étirant jusqu'au sol. Sur une page pédagogique de Météofrance figure une remarquable animation que nous vous recommandons.

L'étude de Jean Dessens a mis en évidence une situation estivale type : à 500 hPA, un flux de sud-ouest sur la France provoqué par des hautres pressions sur le Sahara et des basses pressions sur le Golfe de Gascogne ou sur l'Atlantique (la page en ligne de JD reste malheureusement indisponible).
En hiver, les tornades peuvent se former dans des orages de traîne, des lignes de grains. Les conditions-type hivernales à 500 hPA ont été détaillées dans le numéro 44 de La Météorologie (février 2004) : rapide flux d'ouest à sud-ouest (entre 75 et 130 km/h) circulant entre des bas géopotentiels centrés de l'Irlande à la Mer du Nord et des hauts géopotentiels s'étendant des Açores à la péninsule ibérique. Présence d'un fort courant-jet (les tornades se produisent à sa gauche du côté froid).
Bien sûr encore une fois, subsistent bien des zones d'ombre et les chasseurs d'orage débusquent régulièrement des phénomènes atypiques, se formant contre toute attente. Les prévisionnistes sont eux aussi régulièrement surpris par des occurrences non prévues par les modèles. Etat de fait révélateur de l'insuffisance de nos connaissances puisque "nourris" par les données que nous possédons, les modèles ne peuvent pas donner autre chose que ce qu'ils ont. On soupçonne notamment les cas hivernaux les plus puissants de provenir de supercellules LT (Low Topped), hélas souvent indétectables aux radars.  
Recherche et observations seront probablement amenés à faire évoluer nos connaissances à l'avenir.

 Fonctionnement SP et tornade - source : Belgorage

   

 Formation d'une tornade - source inconnue  

 

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Répartition sur notre territoire


 

 

Les pionniers du recensement français au XXème siècle sont les chercheurs Jean Dessens et J. T. Snow, co-responsables d'un premier recensement dans les années 80 et des premiers jalons climatologiques que ce collectage leur a permis de poser. L'universitaire François Paul, qui a pris le relais de ce recensement officiel en coopération avec Météofrance, dispose actuellement d'une base de données très volumineuse, malheureusement non disponible en ligne dans son intégralité. A partir de 2004-2005 des amateurs passionnés - dont de futurs membres de notre équipe- initient un tout premier recensement en ligne, avant que l'Observatoire des Tornades et des Orages violents en France ne prenne le relais sur son site Kéraunos.
Longtemps demeurée ensuite la seule source disponible en ligne,
la base nationale de Kéraunos est désormais complétée par les travaux de quelques recenseurs régionaux indépendants -dont Ouest-orages- qui travaillent en profondeur sur le tissu local, contribuant à une approche encore plus fine de la réalité climatologique. L'objectif à moyen terme est de constituer un réseau interrégional par la mise en place de liens de coopération et la production de nouvelles données nationales mises à la disposition de tous, et notamment des recenseurs à l'échelon national et européen.
Les choses avancent donc à grands pas mais malgré ces récents progrès, il ne faut pas perdre de vue que le recensement en France et en Europe reste assujetti à des réseaux d'observateurs encore inégalement répartis, contrairement à l'Allemagne où le recensement est beaucoup plus performant. Ces inégalités de couverture entre régions doivent inciter à relativiser nos connaissances actuelles de la répartition dans notre pays, d'où notre choix délibéré, ici, d'employer le conditionnel et moultes précautions de langage. Il faut savoir admettre qu'on ne sait pas.

Les données et hypothèses qui suivent proviennent bien sûr des travaux de nos illustres prédécesseurs Jean Dessens et François Paul mais aussi de notre propre recensement et nos recherches (voir Présentation) : 

La France subit annuellement 17 à 25 cas de tornades destructrices en moyenne. Si l'on inclut les tornades les plus faibles qui passent inaperçues, on peut en estimer le nombre à environ 100-150 par an, ce qui rejoint le pronostic exprimé par Jean Dessens qui déjà parlait d'une moyenne de 2 cas / an et par département.

Ci-dessous, la toute première carte de répartition des tornades établie par Jean Dessens à la charnière des années 80-90 met déjà en évidence les 2 grandes zones où semblent se concentrer les tornades : un couloir dans le grand quart Nord/Ouest du pays, filant des Charentes au Nord-Pas de Calais, et le littoral méditerranéen, notamment languedocien. Le collectage actuel n’a fait jusqu'à présent que confirmer cette répartition globale qui possèderait donc une réelle valeur climatologique (voir plus bas).


  1) © Jean. Dessens -  1987 ?  L'une des toutes premières cartes établies au XXème siècle


Mais désormais se pose également la question de l'existence de zones de concentration particulière, à l'échelle de la Région voire du département. Les deux régions les plus touchées semblent être pour l'instant 
le NPDC, possible prolongement français d'un couloir européen comprenant Belgique et Pays-Bas, et une zone centrée sur les Charentes, qui pourrait, elle, prolonger un deuxième couloir partant d'Europe Centrale et incluant le Sud de l'Allemagne, et constituer la zone la plus touchée de France. S'y ajoute le littoral méditerranéen et notamment le Var dont la densité en absolu est probablement la plus forte de tout le pays, mais où le relief de l'arrière-pays cantonne les cas sur les régions littorales. Enfin des régions comme la Bourgogne ou la Bretagne pourraient constituer d'autres zones de densité locale, mais le peu de recul chronologique nous interdit toute certitude à leur sujet.


       
            
2) © Cartes de densité établies par Météo-Oise, la première sur l'ensemble du recensement depuis 1157, la seconde sur les années 2001-2013  
 

Les deux cartes ci-dessus ont été établies par le webmaster de Météo-Oise, qui en plus d'un défrichage à l'échelon régional, effectue également un recensement à l'échelon national via un énorme travail de recherche sur les documents anciens. Ces deux cartes sont précisément le fruit de ce travail, à partir des données disponibles cumulées de tous les recenseurs en ligne actuels.
Remarque 1 : malgré son recul moindre, la deuxième carte présente l'immense intérêt de recouvrir une période où l'essor du net et des nouvelles technologies, et de façon générale une meilleure médiatisation ont rendu les cas beaucoup plus visibles un peu partout. La couverture régionale est donc ici beaucoup plus lissée et probablement beaucoup plus réaliste que sur la première carte de la totalité des cas.
Remarque 2 : la concentration de la région parisienne résulte essentiellement de la grande visibilité médiatique de la région, ce qui ressort sur la deuxième carte où la région se fait nettement plus discrète, alors qu'en revanche la Bretagne et le Var semblent y confirmer leur
remarquable émergence sur la première carte.

Nous n'allons pas nous étendre ici sur les subtilités de la répartition régionale qui nous prendraient trop de place, mais simplement résumer cette question en 4 principaux constats (dont les deux premiers ont déjà été abordés plus haut) :

- D'une part, le peu de certitudes exploitables, tant que toutes les régions n'auront pas été étudiées de la même manière. Chose essentielle à ne surtout pas oublier dès qu'on parle de répartition des tornades en France. Certes N. Baluteau a pu au cours de son étude supposer que certaines zones de concentration puissent relever de réelles conditions climatiques, mais ces suppositions reposent sur des croisements de statistiques et des cumuls d'approches différentes (quand il n'y a pas de facteurs météorologiques récurrents directement évoqués). Et encore tout cela ne reste-t-il qu'à l'état d'hypothèse sérieuse. En dehors de ces quelques zones les hypothèses sont très fragiles faute de recul chronologique, et il nous faut toujours appréhender la densité des cas recensés à l'aune de la couverture médiatique et de la densité de population qui influent sur le nombre de témoignages (voir au-dessus à propos des différentes cartes de répartition).

- D'autre part, la confirmation des grandes zones identifiées par Jean Dessens ainsi que le caractère climatologique de plus en plus certain de la densité des tornades en NPDC, Charentes-Centre Ouest et littoral languedocien. Comme déjà dit au-dessus, il ne s'agit que que quelques pistes ébauchées dans cette jungle touffue de la répartition nationale.

- La remarquable dichotomie entre le classique couloir d'orages français et le couloir de tornades situé très exactement au-dessus, le premier courant du Sud Ouest à l'Alsace en passant par le Massif Central, et le second s'étirant sur une ligne Charentes-NPDC en passant par la région parisienne. La France se caractérise donc par le fait que les régions sujettes aux tornades sont également les régions les moins sujettes aux orages. Un tel décalage limite très probablement le nombre total de tornades dans notre pays, mais cette supposition est relativisée par un possible pourcentage d'orages violents et(ou) tornadogène supérieur dans le couloir de tornades, le tout restant également à considérer en fonction des densités respectives des tornades de type A et B (supercellulaires et non-supercellulaires).

- Enfin, balayons une idée reçue : non, l'augmentation massive du nombre de cas depuis les années 2000 n'a rien à voir avec le réchauffement climatique. Elle est essentiellement due à l'arrivée de l'internet et des appareils photos numériques lesquels en se démocratisant, ont facilité les prises de vue et leur partage sur la Toile, et favorisé l'essor du journalisme citoyen. Un rapide regard sur les annales du passé nous apprendra qu'en réalité les tornades ont toujours frappé en France, parfois durement comme en région parisienne à la fin du XIXème siècle, à Montville en 1845, ou lors de véritables outbreaks connus ou supposés dans le passé. Saviez-vous même que les années 2000 ont plutôt marqué une accalmie par rapport à une décennie 90 plus agitée ? 
La question du lien avec le réchauffement -et donc celle d’une possible future augmentation (ou diminution) du nombre de cas- reste certes posée. Mais pour l'instant rien ne confirme une possible corrélation ; les tornades sont un phénomène de bien trop petite échelle pour être appréhendé par les modèles climatiques.

                  

Quels sont les facteurs favorisants dans notre pays ?

D'ores et déjà pas n'oublions pas l'essentiel : si nous découvrons que les tornades surviennent tous les ans dans notre pays et que certaines régions y sont particulièrement sujettes, la climatologie européenne demeure le chef d'orchestre incontesté dans notre pays avec, globalement -et heureusement !-, des tornades moins puissantes et aux dimensions moindres qu'aux USA.
Dans notre pays, on sait que la présence ou non de relief conditionne nettement la jonction des vortex au sol : les zones montagneuses sont moins frappées que les zones plus plates. Plus localement, on peut aussi supposer l'influence de facteurs géologiques liés aux types de sols notamment calcaires..., tandis que les quelques zones locales les plus touchées, elles, cumuleraient ces facteurs avec des contextes météorologiques récurrents rappelant, en plus "light", ceux des USA. 
Précisons au passage que ces facteurs non-météorologiques, reliefs, fleuves et rivières... jouent également un rôle dans l'évolution et la structure des orages eux-mêmes. Ainsi la chaîne des Pyrénées bloque-t-elle une bonne partie de l'air chaud et humide en provenance d'Espagne. Sans elle, nous aurions des dégradations orageuses bien plus fréquentes et violentes.
La France est un véritable kaleïdoscope de paysages qui peuvent varier considérablement sur de très courtes distances, et il n'est pas impossible que ce cloisonnement puisse jouer un rôle  décisif dans la répartition des tornades. En effet, une fois éliminés les autres agents biaisants (densité de population, qualité de la couverture par les réseaux des recenseurs, visibilité médiatique..),  la grande proportion qui semblent caractériser chez nous les facteurs locaux géographiques et géologiques dans le faisceau total, du fait justement de ce cloisonnement et en dépit du principe de dégressivité, renforcent pour nous l'hypothèse de zones locales beaucoup plus touchées que les autres.

Voir Les tornades en France, pages 27 et 34. 

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Les caractéristiques de « nos » tornades


 

 

L’intensité

Faute de pouvoir mesurer directement les vents à l’intérieur d’une tornade, elle se mesure par l’examen des dégâts, à l’aide de plusieurs échelles dont la principale et la plus connue reste l’échelle de Fujita. L'examen systématique des dégâts et leur évaluation grâce à cette échelle a d'ailleurs fait évoluer la recherche américaine de façon considérable en quelques décennies (voir Echelles d'intensité des tornades).

La nouvelle échelle de Fujita dite « améliorée » a été adoptée en 2006 par le National Weather Service américain. Progrès indéniable aux USA du fait de sa plus grande précision et adéquation au contexte naturel et architectural américain, elle est malheureusement inadaptée en Europe. C'est pourquoi Ouest-orages a fait le choix de rester à l’ancienne échelle et donc de maintenir les classements de Jean Dessens pour tous les cas que nous n’avons pas nous-mêmes renseignés. Ceci explique pourquoi nos classements peuvent différer de ceux en provenance d’autres sources.

Enfin existe aussi l’échelle de TORRO, du nom de l’organisme associatif TORnado [...] Reasearch Organization, qui l’a mise en place. Elle va du degré T0 au degré T10 et présente la particularité d’être reliée à l’échelle de Beaufort.

On connaît depuis longtemps le caractère pyramidal de la répartition des intensités, les tornades les plus nombreuses étant bien sûr les plus faibles, dont beaucoup passent même inaperçues. A l’opposé, les plus violentes sont aussi les plus rares. Bien connu aux USA, ce même rapport peut concerner les intensités européennes avec toutefois quelques réserves liées à nos conditions météorologiques plus avenantes. En France, pays très cloisonné, comme on l'a vu plus haut les critères locaux géographiques voire géologiques jouent probablement un plus grand rôle dans la survenue des tornades qu’aux USA. De ce fait on suppute par exemple que le relief puisse y freiner le développement des tornades les plus faibles dans les zones montagneuses, accentuant paradoxalement la proportion de cas violents sur le total des cas connus, alors que les zones les plus propices auraient tendance à reproduire la traditionnelle pyramide. C’est la constance ou non des tubas dans ces régions qui pourrait nous aider à déterminer si cette répartition provient d’une réelle différence d’ordre climatologique (si moins nombreux) ou d’un simple « filtre par le bas » du au relief (si aussi nombreux). Or les nombreux tubas observés par les chasseurs ces dernières années dans le Massif Central semblent justement corroborer cette dernière hypothèse...

En France pour l’instant, deux F5 ont été recensées : celle de Montville (76) en 1845, horrible catastrophe meurtrière que Flaubert évoque dans sa correspondance, et celle de Palluel (62) survenue lors de l’outbreak de juillet 1967 dans les régions du Nord, Belgique et Pays-bas, qui fait l’objet d’une stèle commémorative.
Parmi les 350 cas répertoriés par Jean Desssens et F. Paul en 1999 (voir carte), on dénombre 13 cas de classe F4 et 78 cas de classe F3. Là encore, le nombre de cas peut différer selon les sources (12 cas de classe F4 chez Kéraunos).

Les quatre dernières F4 survenues en France (classement Jean Dessens) :

◊  3 août 2008 : tornade F4 à Hautmont et Maubeuge (Nord)
◊  2 juin 1982 : F4 à Levier (Doubs)
◊  25 janvier 1971 : F4 à La Rochelle (Charente Maritime)
◊  24 juin 1967 : F4 à Pommereuil (Pas-de-Calais)     

On admet communément un taux de retour des F3 à 6-7 ans sur notre pays. Néanmoins certaines périodes du passé ont vu les F3 s’accumuler année après année, cycles d’intensité probablement liés à des périodes climatiques précises.

La répartition par intensité est une question on ne peut plus délicate à régler, du fait du manque de recul chronologique : la rareté des plus grosses tornades chez nous rend en effet nécessaire un recul de plusieurs siècles de recensement exhaustif, ce dont actuellement aucune région de France ne peut se targuer. La forte proportion de grosses tornades constatée dans le NPDC est notablement alimentée par l'exceptionnellissime outbreak de juillet 1967, catastrophe qui a saigné la région avec plus d'une dizaine de tornades en 3 jours, dont des F3, F4 et même une F5. Il est évident que les statistiques sont biaisées par cet épisode alors même que nous ignorons le taux de retour de telles catastrophes sur notre territoire, probablement à l'échelle des siècles.  
Notre "théorie" sur le sujet, évidemment hypothétique et basée sur ce que nous évoquions déjà plus haut, suppose à l'inverse une répartition des très grosses tornades quasi égale sur l'ensemble de notre territoire, la sélection s'opérant sur les cas les plus faibles qui ne "passent" pas certains obstacles. Mais cela reste néanmoins sujet à caution, car dans certaines régions très peu connues comme les Charentes, des cas très puissants relativement récents peuvent demeurer encore dans l'ombre, de même que la densité chargée du NPDC pourrait  dévoiler un caractère réellement climatologique si elle devait se prolonger à l'avenir. Plus touchées globalement, ces régions pourraient donc l'être aussi davantage par les grosses tornades mais, nous nous répétons, rien pour l'instant ne nous permet d'étayer cette hypothèse. Jean Dessens, lui, évoquait ce risque pour l'ensemble du couloir du Nord Ouest dans lequel il préconisait même d'adapter certaines normes de sécurité américaines parmi les moins coûteuses.
Enfin les statistiques établies par François Paul sur les tornades meurtrières peuvent également donner une idée de ce que nous pouvons connaître de la répartition de ces grosses tornades. 

 

Les dimensions, l’orientation du trajet et le sens de rotation

Nettement moindres en Europe de l’Ouest qu’aux USA, les dimensions de nos tornades dépendent bien sûr des conditions météorologiques mais sont probablement aussi limitées en France par le cloisonnement géographique de notre pays.

Largeur du couloir : en moyenne, les largeurs des couloirs de dégâts des tornades françaises vont de quelques mètres à 50 voire 100 m ou plus. Certains cas, rarissimes heureusement, ont pu tutoyer le km de largeur voire davantage. Le record en la matière est détenu par le cas de Javaugues (43) avec ses 3 kms de largeur. A noter le cas de Varaize (17) pour lequel nos récentes recherches nous font supposer une possible largeur de 1,200 km. Certains facteurs comme la présence de bois ou forêts peuvent favoriser l'élargissement des vortex.

Longueur du trajet : le record officiel est de 58, 5 kms allégrement parcourus par la F4 de St Claude (39). Généralement les tornades parcourent une distance allant de quelques mètres à une dizaine ou une quinzaine de kms. Le cas de Haumont malgré sa violence n'aura par exemple parcouru "que" 18 kms environ. Ces données comme celles liées à l'intensité là encore demeurent fragiles en l'absence d'enquête de terrain et même ces dernières peuvent laisser des détails dans l'ombre. Il n'est pas rare de voir ainsi des trajets (ou des intensités) réévalués suite à des compléments d'enquête ou des témoignages.

L’orientation du trajet : dans la majeure partie des cas, les tornades suivent le sens de déplacement de la vague orageuse, généralement du Sud Ouest au Nord Est, mais il arrive quelque fois que les tornades suivent un trajet différent de celui de l’orage. Ainsi le cas de Galiax dans le Gers (2009) s’est-il déplacé dans le sens opposé à l’orage (voir dossier).

Le sens de rotation : il est la plupart du temps inverse à celui des aiguilles d’une montre. Cette donnée reste très difficile à obtenir par le biais de nos sources habituelles, témoignages et journaux. Seul l’examen minutieux de la répartition des dégâts permet de la déterminer.


 

La durée

La durée totale : elle est corrélée bien sûr à la distance parcourue et idéalement, une connaissance exacte de l’un et de l’autre nous permettrait même de calculer la vitesse du vortex. Hélas le cas de figure reste encore rare. La plupart du temps, les tornades se maintiennent au sol quelques minutes. Mais leur longévité peut aller jusqu'à 30 voire 45 minutes, sans oublier les cas qui remontent puis rejoignent à nouveau le sol de façon intermittente tout au long de leur trajet. 

La durée de passage en revanche nous est bien connue par les témoins. Elle est très brève, n’excédant pas la plupart du temps quelques secondes, une soudaineté qui contribue certainement à accentuer la sidération des témoins-victimes de ces phénomènes. Le cas de Haimps en 1982 par exemple (17) est un hallucinant rapport intensité-durée : durant les quelques secondes qu'elle a touché le sol, cette tornade a atteint le stade F2, démoli le piton d'une église et même tué une personne ! On imagine mal la fulgurante brutalité d'un tel épisode. Le passage d'une tornade est vécu tellement intensément que les témoins ont d’ailleurs tendance à allonger la durée de passage.


 

La répartition chronologique


La répartition journalière : d’après les résultats de Jean Dessens, les tornades surviennent de préférence en journée, avec deux pics estivaux entre 16 et 17 h UTC et entre 18 et 19 h UTC. En saison froide le pic se décale vers midi, trahissant l’influence plus que probable de l’ensoleillement. Cependant, 20 % environ des tornades recensées par Jean Dessens sont des cas nocturnes.
La connaissance de ces facteurs ne semble pas avoir été notablement bousculée depuis.

La répartition saisonnière : c’est un domaine où la climatologie de l’Europe de l’Ouest se distingue notablement de celle des USA. Chez nous en effet, on distingue deux types de tornades en fonction de la période de l’année, qui diffèrent par les situations-type qui leur donnent naissance ainsi que leur nature et leur intensité.
- Les tornades de saison chaudes, bien connues, surviennent en gros d’Avril-Mai à Septembre. Généralement plus intenses, elles caractérisent surtout les régions continentales. Leur condition d’apparition sont celles des orages d’été, supercellulaires ou non.
- Les cas de saison froide, eux, surviennent dans des contextes de lignes de grain, à l’avant ou dans le sillage des tempêtes, où l'on soupçonne parfois la formation de supercellules de type LT (Low Topped) à l'avant des fronts froids, malheureusement souvent indétectables au radar. Le cas de Cardonville (Calvados) du 25 décembre 1999 a ainsi précédé les deux tempêtes majeures des 26 et 27. Les tornades hivernales sont en moyenne moins intenses que leurs consœurs estivales mais des cas de classe F3 voire F4 (La Rochelle en janvier 1971) peuvent survenir en saison froide. A ceci près que leurs dimensions sont généralement plus réduites (à peine 3 kms pour celui de La Rochelle).  Les cas hivernaux et automnaux sont très fréquents sur les zones littorales atlantiques et méditerranéennes, au point que sur les Charentes on constate même un véritable deuxième pic annuel en Novembre et surtout Janvier.

 

En haut : carte de répartition saisonnière sur l'ensemble du territoire (© François Paul, 2005). En bas, répartition saisonnière sur les deux Charentes et zones limitrophes (© Nicolas Baluteau, 2012). Les pics saisonniers hivernaux et notamment celui du mois de janvier constatés sur les Charentes y tranchent nettement avec la physionomie du premier graphique qui, lui, fait ressortir la classique saison estivale. On notera toutefois que dans les deux cas, le mois le plus dense reste le mois d'août.


Les tornades en série 

Les tornades peuvent survenir en série dans notre pays, c'est même probablement le cas la plupart du temps. Il arrive souvent que les recensements ramènent à la surface des petites soeurs de trombes déjà connues et il est de fait bien rare qu'une grosse trombe ne soit pas accompagnée d'au moins 2 ou 3 petites, à tel point qu'il faudrait avoir le réflexe d'y songer à chaque découverte d'un cas ancien important. Ainsi le jour où a frappé la F3 de Varaize (17) un autre cas a été signalé en bord de mer et vu l'intensité et la durabilité exceptionnelles de la trombe, il est fort probable qu'on ait eu affaire à un véritable épisode tornadique dans la région.
Le pays est d'ailleurs tout autant sujet à de véritables outbreaks (épisodes d'au moins 6 cas de tornades validés, selon une définition communément admise de Galway, 1977). L'un des derniers en date a concerné le Centre Ouest et la Bretagne le 1er janvier 2007 avec 7 cas de tornades et de nombreux tubas observés. 

Alors bien sûr il y a outbreak et outbreak. Celui du 1er janvier 2007, très modéré, n'a que bien peu de choses à voir avec l'innommable catastrophe qui a frappé les USA en 1974.  Malgré tout, des épisodes graves tel celui qui a frappé le NPDC en 1967 peuvent survenir. Des précédents anciens comme celui de 1669 mentionnés par la TORRO montrent bien que le risque n'est pas nul en en France et en Europe. Mais ils sont heureusement rarissimes.

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Quelques cas marquants


 

 

La tornade de St Maximin la Ste Baume (Var) survenue le 28 juillet 2006. Assurément l'une des plus belles photos de tornade en France. Crédit photo : Rukia Saber


 

- 1669 : outbreak signalé en septembre sur un secteur allant de La Rochelle à Paris

Le TORnado and severe Storms Research Organization (TORRO) évoque cet outbreak survenu au XVII° siècle, qui semble avoir énormément marqué les esprits.
Les trombes terrestres les plus sûres auraient eu lieu à La Rochelle et à Paris. Entre les deux, on parle d'une éventuelle « super-tornade » (mot employé sur le site), qui a pu débuter sous forme de trombe marine dans le golfe de Gascogne puis aurait parcouru les 400 km qui séparent les deux villes. Mais la chose reste très peu crédible, l'évènement étant très ancien et s'étant déroulé la nuit... Plus vraisemblablement il s'agirait donc d'un outbreak, peut-être de grave intensité, où les tornades se seraient passé le relais durant la nuit sur cette zone.
Source : http://www.torro.org.uk/site/whirlwind_info.php

 

- 1840 (7 novembre) : F3 à Varaize (17)

Bien que recensée, cette trombe classée F3 est totalement inconnue du milieu météo amateur. Elle compte pourtant parmi celles qui ont parcouru les trajets les plus longs en France (une quarantaine de kms voire plus depuis les Vals de Saintonge jusqu'au sud des Deux Sèvres). Il semble également que sa largeur ait pu atteindre des proportions exceptionnelles, jusqu’à 1200 m à la hauteur de Gatineau. Ses dégâts ont été considérables, ce hameau ayant même été presque entièrement détruit. Heureusement aucune victime humaine n'est à déplorer, les habitants de Gatineau voyant arriver la tornade ont pu fuir à temps. Avec la F4 de La Rochelle en 1971 et la F3 du Castellet en 2000, ce cas figure également parmi les rares cas de très fortes tornades survenues en saison hivernale.

 

- 1845 (19 août) : F5 à Montville (76)

L'une des deux F5 enregistrées en France, et la plus meurtrière connue.
Ce jour-là l'orage éclate en début d'après-midi après une matinée lourde et chaude. Vers 1 h, une trombe se forme sur le cimetière de Malaunay. Elle va faire 70 morts et 300 blessés en pulvérisant littéralement les bâtiments de trois filatures. "Elle avait la forme d’un immense cône renversé, dont la base était appuyée sur le ciel et le sommet à une petite distance du sol. Elle roulait avec fracas, tournant sur elle-même avec une vitesse effrayante ; sa couleur était d’un gris jaunâtre" (extrait du Journal de Rouen, éditions des 20 et 22 août 1845). Arbres "tordus, brisés et renversés en tous sens", multiples toitures endommagées... Gustave Flaubert évoque cette catastrophe dans la lettre qu'il adresse à Louise Colet, le 26 août 1846.  

 

- 1890 (19 août) : F4 à St Claude (39)

C'est la tornade recensée ayant parcouru le plus long trajet : 58,5 kms. Sa largeur était également impressionnante : 1000 m. Survenu en début de soirée (vers 20 h) à St Claude dans le Jura, ce véritable monstre a prolongé son trajet jusqu'en Suisse et provoqué la mort de 6 personnes.

 

- 1896 (10 septembre) : F2 à Paris (75)

Nous sommes le 10 septembre 1896 vers 15 h. Imaginez une forte F2 d’une centaine de mètres de diamètre se former près de la place St Sulpice (6ème arrondissement), traverser la capitale en passant par l’île de la cité et la place du Châtelet, la place de la République et l’hôpital St Louis... Tout juste si elle n'a pas remonté les Champs Elysées ! Les dégâts causés par cette trombe meurtrière (5 morts) en plein Paris sont très impressionnants, notamment dans la rue de Réaumur (renseignements Guillaume Séchet). D'après le recensement effectué par Jean Dessens, cette tornade s'est formée vers 14 h 40 TU. Sa trajectoire mesurait 6 km de long sur 300 m de large.
A noter que le recensement fait état d'une autre tornade F2 à Paris la même année le 26 juillet 1896. Par le fait, ces deux « citadines » tordent le cou à deux idées reçues tenaces : d’une part celle consistant à croire que les tornades s’arrêtent aux abords des villes, considérées comme des lieux sûrs (on voit bien qu’il n’en est rien) et d’autre part celle consistant à croire qu’une tornade ne s’abat jamais deux fois de suite en peu de temps au même endroit. A noter enfin que l’année suivante (1897), une troisième tornade s’abattait à nouveau en Ile de France, classée F3 cette fois-ci.

 

- 1902 (3 juin) : F3 à Javaugues (43)

Survenue le 3 juin, c'est la tornade la plus large jamais enregistrée en France et même en Europe : 3000 m ! Pour comparaison, le record mondial est de 2,5 miles (soit un peu moins de 4 km) pour la F4 de Hallam en 2004 (USA). Autant dire qu'on n'est pas loin derrière... En outre, le cas n'est pas isolé. Rien qu'en France, on a ainsi recensé un certain nombre de cas dont la largeur dépassait 1000 m (St Claude, Pommereuil, peut-être Varaize…).
Paradoxalement, la tornade n'aura fait qu'un seul mort. Mais on imagine aisément ce que pourrait causer actuellement un tel monstre sur une zone très urbanisée... On peut noter également qu'elle n'a parcouru « que » 7 km et surtout qu'elle s'est déclarée en Haute Loire, département a priori peu touché, et en zone vallonnée voire montagneuse.

 

- 1961 (4 mai) : F3 à Evreux (27)

Célèbre et présente sur nombre de publications spécialisées, cette trombe est à ma connaissance la seule en France dont on ait pu mettre en évidence les vortex multiples (notamment grâce à la célèbre photo ci-dessous).
Formée dans l'après-midi au cours d'un orage à grêle, elle a tué une personne et en a blessé 100 autres sur un parcours de 8 km et une largeur de 500 m. D'après un internaute dont le père a vu la trombe, elle serait passée en plein centre ville (alors qu'Evreux est située dans une cuvette).

 

Trombe survenue à Evreux (Eure) le 4 mai 1961, classée F3
Un cas déjà bien connu et une photo remarquable à plus d'un titre. On y remarque notamment la différence de clarté du ciel entre la gauche et la droite du cliché. On notera également le double vortex, une caractéristique qui à ma connaissance ne figure sur aucune autre photo de tornade française - cliché M. Pelassy.


 

- 1967 (23, 24 et 25 juin) : outbreak en Nord Pas de Calais, dont une F5 à Palluel

Cet épisode tornadique exceptionnel, le plus violent survenu en Europe au XX° siècle, a frappé la région du NPDC, la Belgique et les Pays-Bas les 23, 24 et 25 Juin 1967. En voici un bref résumé :
Le 23 en guise d’apéritif, gros orages de grêle sur le sud du département du Nord.
Le 24 Juin, très violents orages en soirée, avec rafales de vent et grêlons jusqu’à  8 cm. Et surtout deux violentes tornades F4 (à Pommereuil) et F5 (à Palluel) ravagent le sud du Pas-de-Calais et le département du Nord : « une multitude de maisons, même en briques, sont purement et simplement rasées, des trains sont déplacés, les voitures sont emportées dans les airs, ainsi que des troupeaux de vaches entiers. La tornade F5 [...] a même emporté dans les airs une maison entière avec ses deux occupants, retrouvés morts au milieu des décombres de leur habitation qui avait atterri un peu plus loin dans un marais. Bilan : 7 morts, une centaine de blessés, plus d'un millier de sans-abri et des dégâts matériels considérables. »
Le 25 Juin, de violents orages frappent à nouveau les deux départements 59 et 62. Plusieurs tornades, dont deux F3 : « des centaines de maisons sont détruites, des milliers d'arbres sont arrachés, de nombreuses récoltes détruites. Des arbres centenaires sont emportés dans les airs comme des "fétus de paille" (expression d'un témoin) ! »
(Citations extraites du dossier de l'Association Météorologique du Nord Pas de Calais).

 

- 1971 (25 et 26 janvier) : plusieurs tornades en Charente Maritime et sud Deux Sèvres, dont une F4 à La Rochelle

Parmi les très grosses tornades, cette F4 de La Rochelle reste l'une des moins connues et des moins documentées (à ma connaissance, Jean Dessens n'aurait à sa disposition qu'un article de la Dépêche du Midi complété d’un formulaire envoyé au maire, et seuls Guillaume Séchet et moi-même sommes en possession d'un article détaillé de Sud Ouest paru le 26 janvier 1971). Autre particularité, cet évènement compte également, avec la F3 de Varaize, parmi les rares F3 et + à être survenues en automne voire en plein hiver. Ce qui explique probablement son étrange rapport force intense/dimensions réduites, qui en fait même le record européen du genre.
Ce jour-là dans la matinée, une trombe marine s'invite dans les terres et commence par inonder le port de La Pallice, avant de causer de nombreux dégâts sur un trajet de 2,9 kms de long et 50 m de large : un bâtiment entier soulevé sur 1 mètre, des centaines de voitures soulevées voire complètement détruites, de nombreuses toitures arrachées intégralement... La tornade a fait un mort, 10 blessés et 46 sans-abri.
Le même jour et le lendemain de cet évènement, deux autres trombes de force F1 ou F2 se sont déclarées dans la région : l'une à St Fort/Gironde (17) et l'autre à Aigonnay (extrême sud du 79).

- 1986 (17 août) : F3 à La Charité sur Loire (58)

Un cas très connu et très souvent cité par les spécialistes, qui fit un mort et 33 blessés. Elle parcourut 22 km sur un terrain plutôt vallonné et provoqua d'énormes dégâts sur une largeur de 500 m environ. Elle s'accompagna d'impressionnantes chutes de grêle avec d'énormes grêlons gros comme des oranges.

 

- 2008 (3 août) : F4 à Haumont (59) et plusieurs autres communes

Première F4 depuis 25 ans en France, cette tornade a dévasté Hautmont, Maubeuge et plusieurs autres communes du Nord, suscitant par l’extrême gravité de ses conséquences une médiatisation et un élan de solidarité exceptionnels à l’échelon national.
Malgré le caractère évidemment violent et marquant de l'évènement, précisons toutefois que la tornade n'a atteint le stade F4 que sur une courte portion de son trajet, et que ce dernier lui-même était relativement court (environ 18 km pour un cas estival de classe F4). On voit bien encore une fois ici que le rapport entre dimensions et intensité n'est pas forcément proportionnel.

Plusieurs décès dont certains par suicide après la catastrophe. 1000 habitations endommagées, dont 250 rendues inhabitables. 2 maisons construites en dur entièrement rasées… Un an après, la région portait encore les stigmates du passage du monstre, et certaines familles étaient toujours logées dans des conditions précaires.

Un dossier très complet, fruit d'une enquête minutieuse, figure sur le site de Kéraunos. Météofrance a également produit un dossier spécial établi au lendemain de la catastrophe après un survol de la zone, et de nombreuses émissions ou reportages TV ou radio ont été consacrés à l'évènement (C dans l’Air…).

 

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Sécurité : que faire en cas de tornade ?


 

 

Comme les tornades sont des phénomènes imprévisibles, en matière de sécurité tout repose d'abord sur la connaissance de la réalité du phénomène en France et la prévention publique. Dans notre pays malheureusement la culture météo encore embryonnaire peut gêner une compréhension réaliste des prévisions, ces dernières souvent génératrices de paniques injustifiées même lorsqu'elles sont mesurées. La toute première et la meilleure prévention qui soit reste donc la culture du public, qui est justement l'un des objectifs clairement affichés de Ouest-orages. 

Même aux USA les prévisionnistes les plus chevronnés ne peuvent prévoir la survenue d'une tornade, tout au plus peuvent-ils (et c'est déjà énorme !) en détecter le risque de formation une vingtaine de minutes à l'avance. En France sans radar dopplers nous ne pouvons qu'en prévoir et tenter d'en évaluer le risque. C'est ce que font désormais depuis quelques années des officines privées comme Kéraunos et une poignée de prévisionnistes amateurs. Météofrance pour l'instant préfère rester prudente et ne pas se lancer dans des prévisions tornadiques dans le cadre de son activité de service public. Enfin, Ouest-orages propose des prévisions convectives où le risque tornadique peut être mentionné dans le texte mais par prudence, étant donné le caractère très aléatoire de ce type de prévisions, notre prévisionniste a fait le choix de ne pas mentionner ce risque directement sur la carte.

En l'absence d'accès aux sources spécialisées du net, que faire alors ? Nous disposons en premier lieu des vigilances et alertes de Météofrance, avec sa désormais célèbre carte de vigilance et ses recommandations en cas de risque d'orages violents, qui indirectement peuvent déjà préserver d'un risque tornadique éventuel. Une bonne connaissance du phénomène nous conduira également à nous alerter s'il y a un risque de tempête en saison froide. Souvent des tornades précèdent ou suivent le coup de vent, et l'on doit garder à l'esprit le caractère parfois tornadogène des ciels de traîne actifs, surtout dans nos régions plus littorales. Tout ceci paraît bien peu comparé aux moyens dont disposent les Américains, mais la climatologie et le risque ne sont pas les mêmes non plus. Dans notre contexte européen, ces outils et connaissances peuvent déjà se révéler bien utiles.   
 
Enfin il faut savoir que la sirène remplit un rôle d'alerte en cas de survenue d'un phénomène dangereux (nuage toxique, risque radioactif, tornade...). Elle va hurler à ce moment-là d'une manière différente de celle qu'on a coutume d'entendre : le signal d'alerte se compose en effet de 3 séquences d'une minute 41 secondes, séparées par un silence de 5 secondes. Il faut alors se confiner et écouter la radio qui donne informations et instructions. Pour en savoir plus, voir cette page de la Préfecture du Tarn et cet article de Sud-Ouest.fr qui fait le point sur la question.
Ceci étant, dans le cas d'une tornade, pour une pleine efficacité du système il faudrait que cette dernière ait été détectée et suivie en temps réel en communication étroite avec tous les échelons de la hiérarchie administrative depuis la Préfecture jusqu'à la mairie de la commune concernée. Autant dire qu'il vaut mieux ne pas trop compter sur ce mode d'alerte en France.

 

Pendant l'orage

- Repérer les signes avant-coureurs d'une possible tornade : plafond nuageux surabaissé et très sombre, couleurs verdâtres du ciel, présence de très gros grêlons... et bien sûr mise en route d'une rotation localisée qui doit constituer une alerte absolue. C'est le signe qu'une tornade peut se former. Pas de panique pour autant, en France la plupart de ces formations de tornades en resteront au stade du tuba, CAD ne toucheront pas le sol ou très brièvement, sans dégâts ou presque. Là encore, nous ne sommes pas aux USA.

- Ne jamais sortir immédiatement après une chute de grêle. Le tourbillon peut suivre derrière et vous surprendre, et ce d'autant plus que son bruit aura été masqué par celui de la grêle. Ce véritable guet-apens météorologique est responsable d'un certain nombre de décès ou blessures par tornade en France.


Pendant la tornade

- Si vous entendez un grondement continu similaire au bruit d'un train ou d'un avion, et qui plus est que vous l'entendez se rapprocher, abritez-vous de toute urgence : une tornade s'approche (ou alors une très grosse chute de grêle dont le bruit peut aussi s'en approcher).

- Si vous êtes à la maison et disposez d'une cave, c'est le meilleur endroit pour s'abriter. Dans nos pays européens, les caves (ou les sous-sol d'immeuble) sont ce qui se rapproche le plus des abris anti-tornade américains. En ville, on peut aussi descendre dans les stations de métro. Sinon dans une maison individuelle, il vous faut aller au centre de l'habitation dans un endroit sans vitres, le principe étant de mettre un maximum de cloisons entre soi et l'extérieur (les débris peuvent les traverser). Attention, aux USA on recommande la salle de bains car cette dernière est souvent située au centre de la maison, mais en Europe ce n'est pas forcément le cas.

- Si vous en avez le temps, munissez-vous d'un matelas et(ou) de couvertures pour vous abriter.

- A l'arrivée d'une tornade, ne cherchez pas à ouvrir les fenêtres comme le préconise souvent une idée reçue selon laquelle on supprimerait ainsi les différences de pression et éviterait l'explosion des vitres. Non seulement ouvrir les fenêtres est parfaitement inutile -la tornade s'en chargera elle-même et de toute façon une maison n'est jamais étanche- mais surtout ça vous ferait perdre de précieuses secondes. Si vous n'avez pas le temps, il faut au contraire vous éloigner immédiatement des fenêtres et aller vous abriter !

- Si vous êtes dans une construction mobile ou particulièrement fragile (caravane, mobil-home, préfabriqué...), cherchez-vous un édifice en dur à proximité. Tout abri mobile peut être renversé voire emporté.

- Si vous êtes à l'extérieur, jetez-vous dans un fossé ou accroupissez-vous près d'un bâtiment solide. Contrairement à ce qu'on pense souvent, les ponts d'autoroute ne sont pas forcément des abris sûrs.

- En voiture, si la tornade est proche ne cherchez jamais à la fuir ou la contourner, surtout dans nos pays où les routes comportent beaucoup de virages et de croisements et où l'on risque de se retrouver bloqué par la circulation. Il faut sortir de la voiture et aller s'abriter dans un bâtiment proche ou dans un fossé.
Si vraiment la tornade est très proche et que vous n'avez même plus le temps de sortir, mettez vous à l'arrière de votre voiture et protégez-vous avec les sièges en vous baissant le plus possible. Les bris de glace peuvent vous lacérer.
Si vous avez le temps de sortir de votre véhicule, allongez-vous dans un fossé. L'idée peut paraître saugrenue mais vous serez bien plus en sécurité dans un fossé que dans votre voiture : celle-ci va en effet subir l'assaut de tout un tas de projectiles tournant dans le buisson de la tornade (voir Glossaire) qui vont alors la transpercer comme une vulgaire feuille de papier. Si cette tornade est puissante, elle peut même projeter votre voiture à des dizaines voire centaines de mètres. Ce risque extrême est heureusement rare en France, mais il vaut mieux toujours garder cette éventualité en tête. Et souvenez-vous qu'une tornade même de très faible intensité peut déjà vous jouer de sales tours.


Après la tornade (conseils valables pour tout évènement venteux)

- Suivez les éventuelles directives locales données par la commune ou la préfecture.

- Demeurez à l'écart des lignes électriques à terre et autres débris dangereux

- Utilisez une lampe de poche plutôt que des chandelles pour examiner les dégâts (possibles fuites de gaz...). Si vous sentez des odeurs suspectes ou si vous voyez des étincelles, fermez l'électricité.

- Evitez de passer sous les arbres. Des branches peuvent tomber. Faire attention de façon générale aux débris qui peuvent encore tomber.

- Bien entendu, ayez le réflexe de prendre en photos les dégâts causés sur vos biens, afin de les transmettre aux assurances.

 

Voir aussi les consignes générales de sécurité en cas d'orage.

 

 


 

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