Les tornades en Centre Ouest

 
    →  Répartition géographique régionale   →  Caractéristiques des tornades de la région, éléments météorologiques   →  Quelques chiffres et records régionaux


 

Les Charentais maritimes ont encore en mémoire de récentes tornades qui ont frappé leur département celles des 13 et 16 septembre 2015 sur les secteurs de Saint-Bonnet-sur-Gironde et dans le NE du département trois jours plus tard. On se souvient aussi de celles de Doeuil-sur-le-Mignon et de La Brousse le 25 septembre 2012. D'autres se souviennent également de la F4 qui a saccagé le port de La Pallice et des rues de La Rochelle en 1971, d'autres encore de la puissante tornade F3 qui a arraché des toitures à Noirmoutiers-en-l'Isle en 1997 ou celle de Montalivet (Gironde) qui inaugura en juillet 1983 une série de journées d'orages extrêmement violents en Poitou Charentes... Et qui sait encore qu'en 1840, une tornade épouvantable classée F3 a saigné les Vals-de-Saintonge sur un trajet d'environ 50 km de long depuis Varaize (17) jusque dans le sud des Deux-Sèvres ?...



                                          
      
                                             Arbre vrillé retrouvé peu avant La Cabourne, sur le trajet de la tornade de La Brousse le 25 septembre 2012 - photo Patrick Lemauft



Comme dans toute autre région de France et d'Europe, le risque tornade existe bel et bien en Centre Ouest, qui inclut même l'une des zones apparemment les plus touchées du pays. Certes il convient de relativiser : ce risque relève avant tout de la climatologie française et européenne de l'Ouest (dont cette page vous donne les grandes lignes) et ne peut donc être comparé à celui des plaines des USA même si certains chiffres peuvent surprendre. De même le phénomène étant très localisé, le risque d'en voir se former une à un endroit précis et de voir ses biens sinistrés demeure très faible : nous courons bien davantage le risque de nous faire tuer en voiture que dans une tornade.
Mais dans notre région, les sinistres annuels voire blessures par ce type de phénomène rendent nécessaire une meilleure connaissance de ce dernier. Rappelons aussi qu'une tornade est indécelable aux radars à balayage horizontaux classiques utilisés en France. La connaissance que nous en avons dépend donc uniquement des observations et(ou) rapports de dégâts et de la médiatisation des évènements, et la majeure partie des plus faibles passent inaperçues.


                             
A gauche : une tornade classée F2 qui a traversé le village de St Germain de Marencennes en Aunis le 15 mai 2005 - Photo Gérard Coudreau
A droite : L'église romane de Haimps (17) et son pignon arraché par une tornade F2 le 14 novembre 1982 - Photo Noé Bourgoin




Répartition géographique
 

Comme dit plus haut, la région se caractérise d'abord par la présence de l'une des zones à plus forte densité de tornades recensées du pays. Sur cette zone centrée sur la Charente Maritime et la moitié Ouest de la Charente, on compte depuis 40 ans en moyenne annuelle 1 à 2 sinistres par tornade, allant du simple hangar décoiffé à des dégâts beaucoup plus lourds sur des trajets de plusieurs dizaines de kilomètres. Plusieurs causes climatologiques et situations récurrentes ont été évoquées pour expliquer cette accumulation, qui semble par ailleurs concerner essentiellement les cas de force modérée à moyenne (F1 surtout), les très grosses tornades demeurant elles beaucoup plus espacées dans le temps -heureusement- à l'instar de ce qui se passe dans d'autres régions.
Cette zone dite "charentaise" a été mise en évidence et scrutée en profondeur dans une étude publiée par Ouest-orages. Bien que notre but à terme soit de lisser le recensement dans tous les départements de notre région, ce qui au fil des ans fera certainement apparaître une répartition plus équilibrée, plusieurs raisons nous font également supposer qu'il subsistera toujours une zone de densité plus forte autour du 17. 


                     
                       Carte de localisation des tornades en Centre ouest (MAJ décembre 2013) /  Carte de densité département par département - Copyright Kevin Petit, Ouest-orages.org 



Des causes climatologiques et situations météorologiques récurrentes peuvent en effet expliquer cette concentration remarquable (voir l'étude citée plus haut) : situation géographique de méso-échelle favorisant les rencontres verticales de masses d'air, facteurs plus locaux comme la présence de fronts de brise, conditions topographiques (effet albedo des plaines calcaires de Saintonge...), topographie particulières des côtes favorisant les convergences et donc l'incursion des trombes marines dans les terres...

Au-delà de cette zone, la densité est dégressive dans les Deux-Sèvres et la Vienne dont les portions Sud sont elles aussi assez touchées, initiant le couloir national déjà mis en évidence par Jean Dessens.
Sur la carte de densité par département, la Vienne arrive d'ailleurs en deuxième position (17 cas) après la Charente Maritime (42 cas). C'est probablement aussi le cas en Gironde (11 cas) où le Médoc semble fréquemment touché lui aussi, et la Vendée (12 cas). Si la Dordogne compte elle aussi 11 cas, la Haute-Vienne paraît en revanche plus épargnée avec 5 cas seulement, ce qui s'explique probablement par le net changement de topographie qui caractérise ce département. Enfin curieusement les Deux Sèvres ne comptent que 6 cas, la plupart concentrés au sud. Mais prudence pour ce dernier département, plusieurs cas collectés dans les archives des journaux locaux sont de possibles tornades et pourraient venir bousculer nos statistiques.
Notons aussi que Gironde et Dordogne sont situées hors du couloir de tornades identifié par Jean Dessens. 

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Caractéristiques des tornades dans la région


Bien des paramètres nationaux demeurent transposables dans notre région et dimensions, durées et trajets parcourus ne semblent guère différer de ceux généralement constatés sur l'ensemble du territoire français (voir notre page sur les tornades en France). 
Dans notre région, les trajets s'étendent sur des distances allant de quelques mètres à plusieurs dizaines de kilomètres. Deux cas ont pu parcourir jusqu'à 50 kms environ, celui de Varaize en 1840 et celui, non encore certifié, de Champagne-Mouton en 1983. Les largeurs vont de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres. Bien que les largeurs supérieures à 400-500 m soient très rares, le cas de Varaize pourait avoir atteint les 1200 m de largeur (!) bousculant ainsi le podium des records nationaux. 

De même retrouve-t-on chez nous le classique rapport pyramidal des intensités constaté partout ailleurs : deux F4 recensées à La Rochelle (1971) et à Céaux-en-Loudun (1863), 10 tornades de classe F3 (incluant celle de Masseret classée EF4 par Kéraunos mais F3 par l'ESSL), 21 tornades de classe F2, la catégorie F1 s'élargissant ainsi de façon pyramidale. S'agissant ici des seuls cas recensés, les F0 en revanche sont logiquement sous-représentées. Enfin, aucune F5 n'a été recensée dans la région (les deux seules F5 recensées en France l'ont été à Montville, Seine Maritime, en 1845 et à Palluel, Pas-de-Calais, en 1967). 
Comme nous le verrons plus loin, il est possible que la forte proportion des cas hivernaux, issus de systèmes orageux à la puissance plus réduite qu'en été, favorise dans notre région un rapport puissance-dimensions plutôt étroit voire inversé. Ainsi la F4 de La Rochelle de janvier 1971 constitue-t-elle même un véritable record européen de rapport dimensions-intensité avec ses 3 kms à peine de trajet parcourus et ses 50 m de largeur.

[Dans ces chiffres sont incluses les tornades classées F-, celles classées EF- par Kéraunos et celles dont le classement non certifié demeure très probable. En cas d'hésitation sur 2 paliers, c'est le palier inférieur qui a été retenu]
 

Répartition par intensité des tornades validées et probables en Centre Ouest (graphique)Répartition des tornades validées et probables par intensité en Centre Ouest - Graphique Nicolas Baluteau

 

Dans la répartition saisonnière réside l'une des particularités de notre région, dont la majeure partie du territoire se situe en zone littorale. Il faut savoir en effet que dans les régions proches de la mer (façade atlantique ou régions méditerranéennes) la répartition des orages comprend une proportion non négligeable d'orages d'intersaison voire hivernaux, à la différence des régions plus continentales où la saison estivale ressort nettement. La répartition des tornades en dépend elle aussi, et ces régions, où l'instabilité est la plus grande en hiver, sont reconnues pour être sujettes aux tornades de saison froide. Cette climatologie orageuse particulière ainsi que les tornades d'hiver ont déjà été étudiée par les spécialistes sur le territoire national. Les travaux de Jean Dessens ainsi qu'un dossier paru dans le n° 44 de La Météorologie font ressortir une situation synoptique récurrente : à 500 hPa, rapide flux d'Ouest à Sud-ouest (75-130 km/h), circulant entre des bas potentiels centrés de l'Irlande à la Mer du Nord et des hauts géopotentiels s'étendant des Açores à la péninsule ibérique. Les tornades se produisent à gauche du courant-jet ou juste sous celui-ci, c'est-à-dire dans la zone de tourbillon cyclonique, du côté froid du courant-jet. En surface enfin, les tornades se produisent de préférence dans des situations de traîne actives d'Ouest/Sud-ouest, loin à l'arrière du front froid principal.
On les retrouve dans nos statistiques établies pour la zone autour des Charentes, où il n'existe pour ainsi dire pas de saison des tornades et où ressortent clairement 2 voire 3 pics annuels au lieu d'un seul en saison estivale pour la moyenne nationale (voir étude). Concernant l'ensemble de la région Centre Ouest, non seulement nous retrouvons ces mêmes 3 pics Janvier-Juillet/Août-Novembre mais le mois le plus chargé est ici le mois de Janvier alors que sur les Charentes le mois d'Août conserve une petite longueur d'avance. La typologie semble donc très similaire sur l'ensemble de la région et des huit départements couverts, même si bien sûr la répartition saisonnière département par département peut nous réserver encore quelques surprises. 
 

Répartition saisonnière des tornades en région Centre ouest, tous dpts confondus - Graphique N. Baluteau


On notera enfin, dernier "détail" remarquable, que la répartition saisonnière des grosses tornades est elle aussi beaucoup plus équilibrée sur l'année que dans les statistiques nationales ou américaines : ainsi les F2/EF2 sont-elles réparties sur la quasi totalité de l'année à l'exception notable des mois de Juin, Août (!) et Décembre. Pour les F3/EF3, on compte 1 cas en Février et en Mars, 1 à 2 cas en Juillet et surtout 3 à 4 cas en Novembre. Enfin, l'une des deux F4 recensées a eu lieu en Janvier (celle de La Rochelle en 1971), l'autre en Juin (Céaux-en-Loudun en 1863).


                                                                               Répartition saisonnière des grosses tornades F2/EF2 et + en Centre Ouest



Le graphique ci-dessus de la répartition saisonnière des tornades d'intensité équivalente ou supérieure à F2 est particulièrement éloquent. Mois par mois, peu de valeur climatologique réelle vu le nombre trop réduit de cas (surtout pour les très grosses intensités), mais globalement et mis en regard avec les premiers résultats généraux, les mois d'hiver sont clairement à prendre en considération.
Il y a donc lieu de penser qu'il existe une véritable climatologie particulière des tornades dans les régions littorales de France, qu'il conviendrait de considérer et d'étudier indépendamment des chiffres nationaux.

Avec un suivi de quelques années seulement, on se rend vite compte du rôle primordial joué par les lignes de grains en situation de traîne active dans la génèse de tornades, ces dernières en outre la plupart du temps indétectées car issues de systèmes a priori "inoffensifs" ou alors de supercellules de type LT noyées dans des structures plus vastes et indétectables au radar. Les prévisionnistes se font régulièrement surprendre par ces occurrences, qu'on ne peut évidememnt prévoir une par une, mais dont on peut maintenant évaluer raisonnablement le risque.

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Quelques chiffres et records régionaux


Terminons enfin avec quelques chiffres remarquables, en gardant bien à l'esprit que cette région -peut-être plus encore que d'autres-, connaît des lacunes subsistantes du recensement, et donc que les résultats (au 31 décembre 2013) peuvent évoluer ultérieurement. Certains de ces records sont dans les fourchettes des records nationaux (les records de longueur en particulier) voire pourraient bousculer ces derniers :


◊  Département le plus touché : la Charente-Maritime avec 43 cas de tornades validées ou quasi sûres (31 décembre 2013).

◊  Département le moins touché : la Haute-Vienne avec 6 cas seulement.

◊  La ville et la commune où se concentrent le plus de cas : La Rochelle avec 5 cas sur le territoire de sa commune (dont l'un sur les pistes de l'aéroport en 1989), 8 cas dans un rayon de moins de 5 kms autour de l'agglomération (Aytré, Angoulins, trajectoire St Xandre-Dampierre/Mer). Un 9ème cas possible intra-muros le 31 juillet 1995.

◊  Tornades les plus puissantes : la tornade de Céaux-en-Loudun (86) en 1863 et la tornade de La Rochelle en 1971, toutes deux classées F4 par Jean Dessens. Notons qu'il n'y a pas de F5 recensée dans la région. Pourvu que ça dure... Les énormes lacunes de recensement du passé et la concentration particulière des tornades en zones charentaise laissent ouverte l'hypothèse de cas de classe F5 encore ignorés (surtout dans les cas nocturnes dont les dégâts peuvent avoir été mélangés à ceux d'une très grosse tempête) mais l'autre hypothèse d'une climatologie des grosses tornades plus lissée sur l'ensemble de la France -et, bien sûr, la grande rareté des F5- laisse également supposer l'inverse. Les paris sont ouverts...

◊  Tornade la plus large : l'examen approfondi des témoignages et descriptions concernant le cas de Varaize (17) en 1840 a fait émerger la possibilité que cette tornade ait fait jusqu'à 1200 m de largeur (!) à la hauteur du village de Gatineau, rayé de la carte par le monstre. Le cas de Masseret (87-19) survenu en 1865 avait quant à lui une largeur moyenne de 600 m, mais des traces ont été repérées jusqu'à une distance de 2 kms autour du vortex (!). Sinon, la largeur la plus importante enregistrée récemment est celle du cas de La Villedieu-du-Clain (86) du 8 août 2004, qui aurait fait jusqu'à 500 m (source Kéraunos).

◊  Trajet le plus long parcouru par une tornade :  le record régional est désormais détenu par le cas dit "de Sonnac" (16 septembre 2015) qui a parcouru un peu plus de 70 kms des environs de Saintes au secteur de Ruffec, également deuxième rang national après la tornade de Saint-Claude et ses 81 kms (portions française et suisse du trajet). La tornade de Varaize (1840) peut quant à elle avoir parcouru plus de 50 kms, voire plus de 100 kms si la trombe signalée à la hauteur du Royannais s'avérait être la même que celle qui a ravagé la Saintonge et le sud du 79. Sinon, la très probable tornade qui aurait ravagé le secteur Champagne-Mouton (16) - Sud de la Vienne dans la nuit du 26 juillet 1983 a pu elle aussi parcourir une cinquantaine de kms.
Enfin, la TORRO (organisme de recensement britannique, voir nos liens) signale un cas né dans le Rochelais qui aurait fait un direct jusqu'en région parisienne en 1669 avec un parcours d'environ 400 kms (!). Mais l'hypothèse ici est encore plus fragile, il s'agirait plus vraisemblablement d'un outbreak nocturne où plusieurs tornades se seraient passées le relais.

◊  Le temps le plus court entre deux tornades sur une même ville : deux tornades se sont succédées à Rouillé (Vienne) à moins de 2 mois d'intervalle. Une puissante tornade a en effet frappé la ville le 9 novembre 1997 (classée F3 ou F2 selon les sources) et peu de temps après, une petite soeur nettement plus faible (F0) prenait la relève le 2 janvier. Les deux épisodes orageux responsables de ces tornades sont d'ailleurs connus pour avoir généré plusieurs cas en France ou dans la région. 

◊  Le rapport temps/intensité le plus étroit : la tornade F2 de Haimps survenue le 14 novembre 1982 a été un concentré d'apocalypse sur quelques secondes et quelques centaines de mètres seulement. Véritable attaque commando météorologique, elle a tué une personne et causé d'importants dommages sur l'église ainsi que des maisons.

◊  Le rapport dimensions/intensité le plus étroit : La F4 de Rochelle en janvier 1971 a été citée par l'ESSL comme le record européen du rapport dimensions réduites-grande intensité, avec ses 50 m de largeur et surtout ses 2,9 kms parcourus. Son caractère hivernal n'est certainement pas étranger à cet état de fait (voir chapitre précédent).

 


 

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Formation des tornades en contexte monocellulaire, multicellulaire et supercellulaire
Trombes marines et tornades en France 
Consignes de sécurité en cas de tornade → voir Trombes marines et tornades en France, dernier paragraphe (lien direct inactif)

 

 

 

 

 

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