Tornade à Barbezieux-Saint-Hilaire (16) - 12/02/2016

 

 

Le 12 février 2016 à 10h locales, sous une petite ligne de grain peu instable mais dynamique, un phénomène a provoqué de légers dégâts sur une faible distance au sud de la ville de Barbezieux-Saint-Hilaire. L'enquête de Lionel Degremont et la description précise faite par un témoin ont permis la validation de cette tornade.

 

 


Date, horaire  12/02/2016 à 10h00 locales
Phénomène  Tornade 
Statut Validée

Intensité  F0/T1
Intensité moyenne  
F0/T1
Durée  Quelques secondes



LOCALISATION

Localisation  Barbezieux-Saint-Hilaire (16)
Lieu de formation  Lieu-dit chez Bataille, dans un champ à côté des habitations
Lieu de dissipation  Quartier se situant à l'est du chemin des Pilards
Altitude moyenne  100 m
Type de terrain  
Zone urbanisée



TRAJET ET DIMENSIONS

Longueur trajet   0,45 km (longueur minimale reconnue)
Orientation   OSO/ENE       
Largeur maxi  120 m
Largeur moyenne   90 m



DESCRIPTION

Dégâts   Les principaux dégâts causés par cette tornade se limitent aux toitures et au mobilier extérieur. Les toitures ont été endommagées au maximum à 5%. Les tuiles ont été soulevées et déplacées, d'autres ont été soufflées. Les tuiles arrachées ont pour certaines atterri sur des véhicules qu'elles ont endommagés. La piscine d'un sinistré a été pliée en deux et son coffre transporté à une centaine de mètres. Dans une propriété de l'impasse Saint-Eloi, un prunier a été abattu, des vitres soufflées et le pare-brise d'un fourgon brisé. Chez une troisième personne sinistrée, une haie a été couchée, une murette endommagée et une tôle est restée accrochée dans un arbre.

Bilan humain  Aucun blessé.

Contexte  Le contexte météorologique était dépressionnaire. La tornade s'est formée sous un front froid peu actif mais particulièrement bien cisaillé. Pour plus détails, voir la partie Contexte météorologique ci-dessous.

Commentaire   La tornade est restée de très faible intensité tout au long de son trajet. Étant donné la répartition des dégâts, on la suppose très instable et donc encline à disparaître rapidement. Il est possible qu'elle ait parcouru une distance plus longue mais aucun élément recueilli durant l'enquête ne permet de l'affirmer. On notera que la commune de Barbezieux-Saint-Hilaire a déjà été touchée par une tornade le 4 avril 1989.




Recenseur  Multirecenseurs (enquête Lionel Degremont)
 

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Carte de localisation 13

Localisation du phénomène

 


8m3b4047

 Traces et dégâts

 

Barbezieux1

Carte du trajet





 

Cartes du trajet


   Barbezieux1   Barbezieux2  Barbezieux3
  Carte du trajet - Ouest-orages  /  Zoom sur le trajet de la tornade (en pointillé, limites de la largeur de la tornade) - Ouest-orages  /  Dégâts recensés dans la commune de Barbezieux-Saint-Hilaire - Ouest-orages

 
         


 Photographies des dégâts


Voici quelques clichés des dégâts pris dans la commune de Barbezieux-Saint-Hilaire. On constate que la tornade était de faible intensité (F0/T1). Des traces de convergence au sud-ouest de la zone où les toitures ont subi des dégâts ont permis de valider ce cas.
 

   8m3b4050   8m3b4047   8m3b4041
De gauche à droite : Mise en évidence de l'axe de convergence dans un champ  /  Toit en tôle (peu solide) arraché par la tornade /  Quelques tuiles et chapeau de cheminée arrachés - © Lionel Degremont

   8m3b4054   8m3b4053   8m3b4055 1
De gauche à droite : Tuiles soulevées / Quelques tôles et tuiles arrachées par le phénomène /  Quelques tuiles déplacées - © Lionel Degremont


 


 

 Complément d'information

D'autres dégâts ont été recensés dans les environs de la commune de Barbezieux-Saint-Hilaire mais ces derniers ne sont pas de nature tourbillonnaire. Au lieu-dit le Magasin (à l'ouest de la commune de Barret), un verger a subi quelques dommages pendant le passage de cette ligne de grain. Quelques arbres ont été brisés et de nombreuses branches ont été cassées ou arrachées (dont certaines avaient un diamètre élevé). Le phénomène responsable de ces dégâts était une rafale convective d'intensité modérée.

   Complement2       Complement1   
Carte du trajet de la rafale - Ouest-orages / Dégâts recensés dans le verger (en pointillé, limites de la largeur de la rafale) - Ouest-orages
 

   8m3b4063   8m3b4065 Complement3 
Arbres et grosses branches brisés dans le verger - © Lionel Degremont  /  Dégâts recensés dans les deux communes (en rouge, la tornade et en bleu, les rafales convectives) - Ouest-orages

De légers dégâts ont également été répertoriés entre la commune de Barret et de Barbezieux-Saint-Hilaire. On relève une branche cassée mais toujours maintenue par l'arbre dans le lieu-dit chez l'Oiseau (commune de Barret), une tuile déplacée ainsi qu'une autre arrachée sur une toiture d'une maison le long de la route de la Cigogne (commune de Barbezieux-Saint-Hilaire). Les dégâts sont trop peu nombreux pour permettre une identification du phénomène responsable de ces dégâts mais on suppose que des rafales convectives puissent en être à l'origine puisque les dégâts ne sont pas alignés avec l'axe de progression de la tornade.

 


 

Contexte météorologique


La situation synoptique du 12 février a été marquée par le passage de la dépression Thérèse dont le creux barométrique a circulé de la Bretagne à l'Alsace. Le front froid responsable de la formation de la tornade était situé à l'arrière du front chaud qui a abordé les côtes françaises en début de nuit. 
Nota : les horaires des cartes, du radiosondage et de l'hodographe ne correspondent pas à l'horaire de formation de la tornade car les cartes GFS Europe ont un pas de 6h et le radiosondage ainsi que l'hodographe ont un pas de 12h.

       Analyse1   Analyse2
Cartes du modèle GFS : pression au niveau du sol, géopotentiel et température à 500 hPa / température potentielle équivalente - Météociel

Cette dépression était alimentée par un puissant courant-jet au niveau du golfe de Gascogne et de la péninsule ibérique, lequel était en situation de sortie gauche, favorisant ainsi la divergence en altitude et donc les développements convectifs. De plus, le jet a permis d'augmenter le cisaillement vertical de vitesse.
Le radiosondage de Bordeaux témoigne de la présence d'un courant-jet de basse altitude, appelé également mésojet (baisse du point de rosée entre 800 et 600 hPa matérialisant une advection sèche dans les basses et moyennes couches et donc le mésojet). L'analyse de l'émagramme nous indique également que l'humidité relative était élevée ainsi que le gradient thermique adiabatique et que le seuil de condensation était situé à 700 m d'altitude. Concernant l'activité convective, la CAPE (énergie potentielle convective disponible) était faible (300 J/kg environs) mais suffisante pour former quelques foyers orageux localisés. Ces éléments permettaient donc d'envisager la présence d'un front froid légèrement instable mais vigoureux.

       Analyse3   Analyse4
Carte du courant-jet modélisée par GFS - Météociel / Radiosondage de Bordeaux-Mérignac à 14h00 locales - Centre Météo UQAM-Montréal

 

En ce qui concerne le risque de tornade, il était bien présent lors de la matinée du 12 février. Le cisaillement vertical de vitesse était particulièrement intense dans le centre-ouest de la France. On note plus de 17 m/s de cisaillement entre 0 et 1 km d'altitude à 14h00 locales, ce qui est suffisant pour engendrer une tornade. Les valeurs de l'hélicité relative données par l'hodographe à 14h00 locales, bien que peu élevées (79 m²/s²), étaient elles aussi suffisantes pour permettre la formation d'une tornade.


Image ci-contre : Hodographe de Bordeaux-Mérignac à 14h00 locales - Centre Météo UQAM-Montréal

Analyse5 


 

Conditions de formation de la tornade


La tornade s'est formée sous une ligne de grain de faibles dimensions, elle-même située le long du front froid vers 08h00 locales près des côtes de la Charente-Maritime. Cette ligne de grain s'est développée en entrant dans les terres et a atteint son apogée vers 09h15 au sud de Saintes. A ce moment, l'intensité des précipitations sous cette ligne était supérieure à 150 mm/h. Une activité électrique a d'ailleurs été détectée entre 08h20 et 09h20 avec un pic entre 09h00 et 09h20 (20 impacts de foudre). Ensuite, la ligne a diminué en intensité et sa structure linéaire a commencé à se déstabiliser. A 09h45, un misocyclone de bas de niveau (rotation de faible dimension) se forme au sud de la ligne, dans les environs d'Archiac. Une cassure dans la ligne de grain visible sur les images radars témoigne de la présence de cette rotation. A 10h00, la rotation atteint son apogée et forme une tornade à Barbezieux-Saint-Hilaire. Une demi-heure plus tard, la ligne de grain a repris de la vigueur, mais sans générer d'autres tornades.

   Radar centre ouest 20160212 08h00   Radar centre ouest 20160212 09h15   Foudre 20160212 09h20
De gauche à droite: Image radar à 08h00 / Image radar à 9h15 / Carte des impacts de foudre - Météo 60

   Radar centre ouest 20160212 09h45   Radar centre ouest 20160212 10h00   Radar centre ouest 20160212 10h30
De gauche à droite: Image radar à 09h45 / Image radar à 10h00 / Image radar à 10h30 - Météo 60

 

Pourquoi la tornade s'est-elle formée au niveau de cette cassure? Et comment cette cassure s'est-elle produite?

Les conditions de formation d'une tornade dans ce type de configuration, dite de broken-S (cassure en forme de S) est très complexe. Avant tout de chose, intéressons-nous à la ligne de grain elle-même. Dans ce type de système orageux multicellulaire, les courants ascendant et descendant se font face tout au long de sa progression (contrairement aux autres types d'orage multicellulaire).

   Image3

Les deux courants opposés vont donc converger sur tout le long du système. Une convergence des vents qui notons-le bien se fera sur un plan vertical et non sur un plan horizontal. En effet, le courant ascendant étant situé plus haut que le courant descendant, le cisaillement ne s'effectuera pas en face mais en altitude. A la limite entre ces deux flux, des tourbillons d'axe horizontal vont alors naître, ces derniers  généralement de rotation cyclonique (sens anti-horaire).

Cependant, bien qu'horizontaux au départ, ces tourbillons peuvent devenir verticaux si des variations locales de la vitesse du courant ascendant ou descendant se manifestent.
En effet, lorsque la vitesse du courant ascendant augmente et devient plus forte que celle du courant descendant qui lui fait face, le courant ascendant va alors scinder la ligne et se propager à l'intérieur de cette dernière jusqu'à ce qu'il finisse par être freiné par le courant descendant.
Dans le cas opposé de l'accélération du courant descendant, la partie de la ligne de grain où le courant descendant est le plus fort va s'avancer plus rapidement et finira par provoquer une cassure au niveau de la ligne.
Dans notre cas de tornade, on peut raisonnablement supposer que le courant descendant soit responsable de cette cassure car un rear inflow notch était présent sur les images radar (encoche matérialisant une accélération du courant-jet arrière appelé plus couramment rear inflow jet).

   Image6 2               Broken s1 1
Schémas représentant les cas de figure respectifs d'accélération du courant ascendant (à gauche) et d'accélération du courant descendant (à droite) - Ouest Orages

Une fois que la ligne s'est scindée en deux, le courant ascendant (inflow) va s'engouffrer dans cette cassure et rencontrer le tourbillon à axe vertical de la partie de la ligne qui n'a pas subi d'accélération du courant descendant. C'est là que cette rencontre et l'axe de progression du courant ascendant vont se révéler déterminants pour la formation de la tornade. En effet, lorsque le courant ascendant s'engouffre dans la cassure, il contourne le courant descendant qui lui faisait précédemment face et se retrouve alors parallèle au tourbillon à axe horizontal.

   Broken s2 2   Broken s3 2   Broken s4 1
Schéma représentant les différentes phases de la formation du misocyclone - Ouest Orages

Le courant ascendant va donc se mêler à la rotation du tourbillon à axe horizontal et il va l'étirer et l'incliner vers le haut jusqu'à ce qu'il soit parfaitement vertical. Le misocyclone est maintenant formé et via son mouvement rotatif, ce dernier va attirer le courant ascendant sur toute sa structure. Le schéma ci-dessous représente les différentes phases de formation de la tornade qui vont alors suivre.

   Image4   Image5   Image6
Schéma représentant les différentes phases de la formation de la tornade (d'après un schéma de Kendall et Hunt Publishing) - Ouest Orages



 

Formation de la tornade

(voir schéma au-dessus) Quand le courant ascendant se sera placé autour de cette rotation, il va dès lors se retrouver bloqué car il se "fera face" tout autour de la rotation. Il va donc s'enrouler et comprimer la rotation. Plus encore, en comprimant cette rotation il va également l'accélérer ce qui va entraîner une diminution de la pression au niveau du tube. Si cette dernière baisse de pression est suffisante, le tube pourra alors se condenser.
Cet effet de compression du tube, d'accélération du vent et de baisse de pression est appelé Dynamic Pipe Effect (DPE). 

Ce phénomène va continuer jusqu'à l'extension maximale vers le bas de la rotation. La tornade est alors formée.

   Image7
Schéma représentant la phase finale de la formation d'une tornade (d'après un schéma de Kendall et Hunt Publishing) - Ouest Orages

 

Pour résumer donc, on peut dire que cette tornade a été créée grâce à l'accélération locale du courant descendant (Rear Inflow Jet) dans les environs d'Archiac. Cependant, le RIJ s'est produit au moment où la ligne de grain faiblissait, ce qui explique la faible durée de vie de la tornade et la faible distance qu'elle aura parcouru.

Voici ci-contre la chronologie de la formation du misocyclone via un assemblage d'images radars entre 09h15 et 10h15 (15 minutes d'intervalle entre chaque image). 

 

Ci-contre : Les différentes phases de la cassure en S de la ligne de grain (broken-S) - Ouest-Orages (images radars : Météo 60)
 

 
  Chronologie   




Médias


Article publié sur le site du quotidien Sud-Ouest :

« UN ENTONNOIR DE LA TAILLE D’UNE VOITURE »
Les habitants du quartier Saint-Éloi ont eu une belle frayeur hier matin. Le vent a arraché tuiles, arbre, cheminée....[...]
Article intégral sudouest.fr

La description faite par le témoin est ici particulièrement intéressante :
"J'ai entendu un gros bruit sourd. J'ai regardé par la fenêtre . Au-dessus de la rue de la République, il y avait comme un entonnoir de la taille d'une voiture. L'eau qui était sur la route, était aspirée. J'ai compris qu'il s'agissait d'une tornade"
Le principal témoin de ce phénomène déclare donc avoir observé "un entonnoir de la taille d'une voiture" et de l'eau sur la route se faire aspirer. Ces mentions très explicites d'entonnoir et d'aspiration d'eau ont joué un rôle décisif dans le processus de validation de la tornade.



Merci à Lionel Degremont pour ses clichés, dont nous rappelons qu'ils demeurent l'entière propriété de leur auteur.

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