Tornade de Varaize (17) - 7 novembre 1840

 

 

 

Date, horaire       7 novembre 1840, vers 19 h locales

Localisation        Varaize, Mazeray, St Pierre de Juillers, St Martin de Juillers, Fontenet, Briou, Asnières, Chef-Boutonne (17-79)

Phénomène        Tornade recensée       Intensité     F3

Dimensions        Longueur du trajet :   47 km minimum, jusqu'à 50 et +    /   Largeur :  120 m à la hauteur de St Pierre de Juillers, peut-être 1200 m à la hauteur de Gatineau 

Description         Durant un très violent orage, une tornade qualifiée « d’épouvantable » par les témoins s’est formée à Mazeray et a parcouru toutes les communes citées ci-dessus jusque dans les Deux-Sèvres (un peu moins d’une cinquantaine de kms). D’une largeur d’abord supposée de 120 m, rapportée au niveau d’un château de la commune de St Pierre de Juillers, la trombe en réalité a peut-être atteint voire dépassé les 1200 m (!) à la hauteur de Gatineau, hameau qui a été presque entièrement détruit. Les habitants voyant arriver la tornade ont pu fuir à temps et se réfugier dans les villages voisins. Dans ce village, on précise que même les murs ont été enlevés par la trombe.
Tous les arbres ont été arrachés ou coupés par torsion. Les troncs transformés en projectiles ont frappé et détruit les maisons. Des objets tels que des bûches ou même une pierre de taille ont été transportés sur de longues distances (« un quart de lieue »). Un moulin à vent a été entièrement démoli. La plupart des toitures ont été arrachées (une charpente enlevée et transportée à 50 mètres). Un château a été gravement endommagé avec la partie supérieure de certains bâtiments carrément emportée. Un examen récent a toutefois révélé le caractère d'origine incertaine de certains dégâts de fin de parcours, qui peuvent avoir été causés par un autre phénomène.
Le journal (L’Écho de l’arrondissement de St Jean d’Angély du 24 novembre), précise que « depuis le 7 de ce mois, il ne s’est pas passé un seul jour sans orages accompagnés d’averses et de grêle. »
Cette tornade a inauguré la première véritable série de recensements sur les deux Charentes. On peut supposer que sa forte puissance a du inciter les autorités administratives à s’intéresser de plus prés à ces phénomènes, et les journaux de l’époque à en parler. La longueur de son trajet (47 km minimum) et peut-être sa largeur (1200 m ?) sont exceptionnels surtout pour une tornade de saison froide.

Recenseur          Jean Dessens / Ouest-orages

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Carte du trajet




Trajet de la tornade de Varaize (1840) reconstitué d'après les articles de presse





Extraits d'articles de presse (transmis par le recenseur Jean Dessens)


TITRE DE L'ARTICLE INCONNU

Pendant que les départements du Nord sont ravagés par l'inondation, un fléau non moins terrible est venu fondre sur notre arrondissement.

Le samedi, 7 du présent mois, sur les huit heures du soir, une tempête horrible s'est élevée tout-à-coup, accompagnée d'un violent orage. Une trombe épouvantable suivant la direction du S. O au N. E a commencé ses ravages sur la commune de Mazeray, (nous ignorons encore où elle a pris naissance) à une lieue S. S. O de notre ville. Elle a parcouru les communes de Mazeray, Fontenet, St-Pierre-de-Juilliers, St-Martin-de-Juilliers. Partout, sur son passage, dans une largeur qui varie de 10 à 40 mètres, tous les arbres ont été arrachés ou brisés, et les débris jetés à des distances de 30 à 40 mètres; des peupliers de plus de 4 mètres de circonférence, des chênes et des ormes plus que séculaires, ont été coupés par torsion, à 2 mètres 1/2 de hauteur; les tronçons énormes de ces arbres, emportés, par le vent à de grandes distances, ont endommagé les maisons qu'ils ont rencontrées dans leur voyage aérien. A Moulin-Vieux, commune de Fontenet, des bûches que le Sr Gaborit avait entassées devant sa porte, et pesant quelques-unes 50 kilogrammes, ont été enlevées par la force du vent, et lancées à une distance prodigieuse; 15 de ces mêmes bûches ont été, nous assure-t-on, transportées dans la cour du Sr Monnet, aux Borderies, à un demi-quart de lieue de là. Dans cette même cour, on aurait retrouvé une pierre de taille portant une vitre ou oeil de bouc, encore intacte dans son enfeuillure, sans que l'on pût savoir d'où elle avait été apportée.

A Coupe-Gorge, commune de Varaise, la maison du sieur Sourisseau, cabaretier, maison tout récemment bâtie, a eu toute la charpente enlevée et transportée à 50 mètres environ. Deux scieurs de long qui se trouvaient dans l'appartement bas, dans ce moment, sentant la maison s'ébranler et la terre trembler sous leurs pas, tentèrent de fuir et de crier au secours; mais la porte une fois ouverte, il leur fut impossible de sortir ni d'articuler un son de voix. Ils assurent qu'au moment le plus fort de la tempête, ils remarquèrent une lumière phosphorescente qui accompagna le passage de la trombe.

Près le bourg de Varaise, un moulin à vent, unique fortune de son propriétaire, a été démoli et rasé; la couverture a été retrouvée, brisée en mille pièces, à 100 mètres dans les terres.

C'est surtout dans la commune de St-Martin-de-Juilliers que la trombe a exercé ses plus grands ravages. Le village de Gatineau a été presque détruit. Les murs et charpentes ont été enlevés et disséminés dans les champs; des paillers entiers, des arbres énormes charriés de 3 ou 400 mètres de distance. Les habitants ont pu abandonner leurs maisons à temps, et chercher un refuge dans d'autres villages. A 600 mètres de rayon autour de ce malheureux village, il n'existe pas un arbre ou arbuste, pas même dans les jardins.

Dans une contrée aussi boisée que celle parcourue par le fléau, on peut se figurer quelles sont les pertes immenses qu'ont éprouvées les propriétaires. Des milliers de pieds d'arbres, dont la plupart d'une grosseur prodigieuse, gisent couchés les uns sur les autres. Des chemins en sont couverts et interceptés. Le dommage de ce côté est d'autant plus grand que l'on ne pourra utiliser des arbres tordus et coupés à 2 mètres au-dessus du sol, et dont la tête est rompue et fracturée en mille endroits. Quelques gros arbres sont rompus par tronçons.- Il n'est pas rare de voir des propriétaires qui ont perdu ainsi, en moins d'une heure, 3 à 400 pieds d'arbres sur leurs domaines.

Nous apprenons que la tempête, en suivant dans sa marche une ligne à peu près droite, a ravagé également la commune de Briou (Deux-Sèvres); que des maisons ont été endommagées au village de St-Martin d'Entraigues et à Asnières; que des arbres ont été arrachés et brisés. M. Chassin, propriétaire dans la commune de Chef-Boutonne, à une lieue de Melle (Deux-Sèvres) a eu tous ses bâtiments dépouillés de leur toiture, et a eu un nombre considérables d'arbres renversés. Il nous a assuré (à nous mêmes) qu'il avait éprouvé particulièrement une perte de plus de 10000 fr.

Il est à craindre que le fléau n'ait porté plus loin ses ravages, et que nous n'ayons de nouveaux malheurs à déplorer. Quelques personnes, se disant bien informées, affirment que la trombe dont nous venons de parler s'était formée en pleine mer d'où elle avait atteint la côte. Si cette assertion est fondée, nous avons à craindre qu'un grand nombre de sinistres en mer n'aient malheureusement préludé aux désastres dont nous venons de rendre compte. »

(L'écho de l'arrondissement de St-Jean-d'Angély, lundi 16 novembre 1840)


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TITRE DE L'ARTICLE INCONNU

Le compte que nous avons rendu dans notre dernier numéro, sur les désastres causés par la trombe du 7 de ce mois, reposait sur un récit fidèle des malheurs qui ont affligé plusieurs communes de l'arrondissement; mais nous avons dû omettre beaucoup de circonstances particulières pour nous attacher qu'aux plus importantes.

Nous avons appris tout récemment de M. Viollet, propriétaire au château de Courpéteau, commune de St-Pierre-de-Juillers, que sa propriété a été ravagée par la trombe d'une manière déplorable. Un pavillon faisant partie du château et situé au couchant, élevé de près de 25 mètres, a eu la toiture emportée, les volets enfoncés et emportés avec une partie du bâtiment qui se trouve rasé à la hauteur d'appui des croisées.- Un appui de croisée, pesant 500 kilogrammes, a été transporté à 4 mètres de distance, et comme partout ailleurs des arbres énormes ont été tordus et brisés par la tempête qui sévissait alors dans une largeur de 120 mètres.

Nous espérons que le gouvernement accordera un dégrèvement aux propriétaires qui ont été le plus cruellement maltraités.

(L'écho de l'arrondissement de St-Jean-d'Angély, lundi 23 novembre 1840)


 


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