Tornade de Jau-Dignac-Loirac (33) - 8 novembre 1931

 

 

 

Date, horaire       8 novembre 1831, vers 12 h 15 h locales

Localisation        Jau et Dignac, commune de Jau-Dignac-Loirac (33) 

Phénomène        Tornade       Intensité   F3 ?   

Dimensions        Longueur du trajet :   inconnue     /    Largeur :  inconnue

Description         Cette tornade dont la description ne laisse guère de doutes sur sa nature, avec un trajet apparemment très circonscrit et une petite largeur lui permettant de "choisir" ses cibles, a frappé les villages de Jau et Dignac dans la commune de Jau-Dignac-Loirac dans le Bas Médoc (33). Elle a causé des dégâts très lourds notamment dans le domaine de Paul à Dignac, où des toitures ont été arrachées, des arbres décapités ou arrachés, des cloisons, portes arrachées... Tout l'étage d'un petit pavillon pourtant construit en dur (briques et pierres) aurait été emporté. Ce point précis et les autres cloisons ou portions de murs arrachés laissent envisager un classement F3. Deux personnes ont été blessées, l'une à Dignac et l'autre à Jau, toutes deux par projection de pierres. Une poutre de 400 kgs arrachée et retrouvée à 300 mètres, d'autres objets lourds ont été transportés et retrouvés à des distances significatives.  

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Articles ou extraits d'articles de presse



« Une tornade sur la région médocaine »

Plusieurs immeubles détruits ou fortement endommagés à Jau-Dignac-Loirac Nombreux ormeaux séculaires déracinés ou décapités. M. André Bouffard, préfet de la Gironde, et Guilhem, conseiller général de Saint-Vivien, ont visité mardi la région sinistrée. (De notre envoyé spécial)

Bordeaux, 10 novembre. – Un évènement sans précédent du moins dans la mémoire des hommes, vient de jeter la consternation dans le bas-Médoc. Une tornade d’une violence inouïe s’est abattue sur la commune de Jau-Dignac-Loirac, où elle a causé des dégâts considérables. Deux personnes ont été blessées. C’est un miracle qu’il n’y ait pas eu de morts à déplorer. M. André Bouffard, préfet de la Gironde, a tenu à se rendre mardi après-midi au milieu des populations sinistrées pour leur apporter l’expression de la sympathie et de la sollicitude du gouvernement. Un auto nous a transporté aussi à Jau-Dignac-Loirac, afin de pouvoir donner à nos lecteurs une relation fidèle du désastre. Voici ce que nos yeux ont vu :

A Jau-Dignac-Loirac
Cette commune, située à l’est de St-Vivien, près de la Garonne, est formée principalement de ces trois villages importants : Jau, Dignac et Loirac, lesquels constituent en quelque sorte les trois pointes d’un vaste triangle. Deux de ces villages, Dignac et Jau, ont été atteints par le cyclone..Le troisième n’a pas eu à en souffrir. La tornade n’a duré que quelques minutes. Elle venait de l’ouest. Alors qu’elle a respecté de petits locaux en planches ou légèrement construits, elle a anéanti des habitations solidement bâties.

Au domaine de Paul, à Dignac
Il appartient à M. Maurice Grenoilleau, âgé de soixante-neuf ans, officier de cavalerie. Il comprend plusieurs corps de bâtiments entourés de vignobles, de prairies, de forêts d’ormeaux. Une allée carrossable conduit de la route au corps de logis. Des arbres bordaient cette allée ; ils sont la plupart brisés ou déracinés. La maison de M. Grenoilleau présente un rez-de-chaussée avec, sur la façade, un fronton montrant dans le tympan la date 1877. Cette date est en effet celle de la construction qui, à l’heure actuelle, semble avoir subi les effets de quelque cataclysme. Il y a une vingtaine d’années, M. Grenoilleau fit bâtir, à gauche de cette maison, pour le spectateur, un coquet pavillon élevé d’un étage. Or, cet étage n’existe plus : matériaux et mobilier ont été emportés par la tourmente et projetés sur le sol, à plus ou moins de distance. Sur le seuil de ce qui fut son habitation, M. Grenoilleau, ému, nous reçoit et, d’un geste désolé, nous montre l’étendue du désastre en ce qui concerne son domaine. Il a à ses côtés un de ses fils, M. le docteur Gaston Grenoilleau, inspecteur d’hygiène départemental à Blois, et qui est accouru auprès de son père dès la nouvelle du sinistre. L’ancien officier de cavalerie nous fait visiter les ruines de sa maison. En entrant, c’était un cabinet de travail avec, à droite, le salon. Les deux pièces sont dévastées. Des portes sont arrachées. Plus de carreaux aux fenêtres. Le plafond, crevé en partie, est soulevé par endroits et découvre la maçonnerie des cloisons. Le parquet est jonché de plâtras, de morceaux de verre, d’objets mobiliers. Même tableau lamentable du côté opposé. Par un escalier branlant, nous gagnons les vestiges de l’ancien pavillon. On se demande comment la tempête a pu détruire l’étage de ce pavillon, construit en pierres et briques. A quarante mètres à gauche du corps de logis, il y a une suite de bâtiments : communs, granges, écuries. Tous ces bâtiments ont eu leur toiture et le faitage enlevés. Des trous apparaissent dans les murailles. Il y avait là des appartements pour les domestiques. Ces appartements ont disparu au cours de la tempête.
(Voir la suite en Dernière Heure.)

« La tornade sur la région médocaine »
(Suite de la première page)
Une petite construction qui servait de poulailler et de pigeonnier s’est entièrement effondrée. La volaille et une douzaine de dindons enfermés dans ce local ont été écrasés par la chute des matériaux. Derrière le corps de logis principal, à vingt mètres environ, il y a une « garenne d’ormeaux » plusieurs fois centenaires. La plupart de ces arbres sont déracinés, couchés sur le sol, ou bien ont été décapités. Le beau domaine de Paul, en résumé, semble avoir été ravagé par la mitraille. C’est une « poignante évocation de la guerre » comme le disait près de nous un soldat revenu du front.

CE QUE DIT M. GRENOILLEAU
« Il était midi quinze dimanche. J’étais à table avec ma famille, dans notre salle à manger qui fait suite à mon bureau. Il pleuvait à torrent. Soudain j’entendis deux coups de tonnerre. La porte d’entrée s’ouvrit, le vent s’engouffra dans l’immeuble. Ma table de travail fut lancée contre la porte à double battant séparant la salle à manger de mon bureau. Et alors ce fut  un moment d’émotion terrible pour moi et ceux qui m’entouraient, ma fille et mon gendre, M. Lafiaquière. La maison craquait de toutes parts, les meubles étaient projetés les uns sur les autres, les tuiles volaient et venaient se briser sur le sol, autour de la maison. Des arbres étaient hachés ou se couchaient dans un bruit sinistre. Ma petite fille dormait dans son berceau, installé dans le salon. Je courus la prendre dans mes bras. Quelques secondes plus tard, ce berceau était recouvert de plâtras et de bris de vitre. La tourmente passée, nous pûmes juger de l’importance du désastre. Mon jardinier, Jules Salafranque, âgé de cinquante-huit ans, qui se trouvait dans la cuisine contiguë au salon, a été blessé à la tête par la chute d’une pierre qui s’était détachée de la partie supérieure d’une cloison. Fort heureusement, sa blessure n’a pas un caractère de gravité. »

AUTRES DETAILS
Le cyclone passé, les habitants se rendirent en hâte au domaine de Paul, pour secourir si c’était nécessaire M. Grenoilleau et sa famille. Signalons MM. Pruède, conseiller municipal de Jau-Dignac-Loirac ; Bernard, fils et gendre ; William, Philippe et Alban Pruède ; Seurin, Argouet, douanier en retraite, etc… M. Puyo, notaire à Bordeaux, propriétaire du château de Listran, a recueilli chez lui les membres de la famille Grenoilleau. De son côté, M. Guy de Morin a prêté ses attelages pour transporter au dit château le mobilier du domaine de Paul. M. Janvier Cazaux, l’honorable maire de Jau-Dignac-Loirac, s’est rendu aussi à Dignac. Une poutre détachée d’une des toitures et pesant au moins quatre cents kilos, a été retrouvée à trois cents mètres de la maison ; des chevrons sont tombés à une distance encore plus grande. On a ramassé près de la rivière, soit à 1.200 mètres, des vêtements, des objets divers et un foulard appartenant au docteur Grenoilleau. Un architecte, appelé par M. Grenoilleau père, évalue à plus de 300.000 francs les dégâts causés au domaine de Paul.

Au village de Jau
Ce village, comme il a été déjà dit, a été également fort éprouvé par la tornade. Parmi les sinistrés, mentionnons : M. Cazaux, ancien garde : hangar et écurie détruits. M. Ulysse Bourra : deux chambres et un hangar enlevés. M. Chéri Robert : maison endommagée sérieusement. Toiture détruite en partie, ainsi qu’une cloison. Mme Chéri Robert a été atteinte à la tête par une pierre. M. Dumas : mur, au midi de sa maison, complètement écroulé ; jardin dévasté sur plus de quarante mètres de longueur. M. (Laugenc ?), douanier, à Bordeaux : la toiture de son habitation enlevée. M. Emile Blanc : toiture emportée, mur intérieur démoli. On signale sur d’autres points du village d’autres dégâts moins importants occasionné soit aux immeubles, soit aux cultures maraîchères.
La tempête à Soulac et à la Pointe-de-Grave

LE CHALET BARRIQUAN MENACE DE S’EFFONDRER
La mer est démontée depuis dimanche, sur la côte médocaine et à la Pointe-de-Grave. A Soulac, devant l’océan, se dresse le grand « chalet Barriquan », appartenant à M. Alphaud, et occupé aujourd’hui par une pension de famille. Une digue est établie devant la dune où est élevé ce chalet. Au cours de la tempête, les flots ont gagné l’intervalle compris entre la digue et la dune et celle-ci a été emportée par les eaux sur une longueur de huit mètres. En sorte qu’à l’heure présente, la façade de la villa Barriquan se trouve à pic sur l’abîme. Des équipes d’ouvriers, sous la direction de plusieurs ingénieurs, ont effectué, la nuit dernière, des travaux de protection. Ces travaux ont été repris durant la nuit de mardi à mercredi. Ils consistent à placer des « gavions Palvis ». M. Lévêque, resté sur place, a indiqué les mesures les plus susceptibles de protéger la côte et en particulier le chalet Barriquan. Quoi qu’il en soit, ce chalet est très menacé, et on s’attendait, mardi soir, à le voir s’écrouler sous la poussée toujours formidable des eaux qui mine le sol sur lequel il est bâti. Un crédit de 100 millions a été demandé au Parlement en vue de la défense de la côte médocaine. Souhaitons qu’il soit voté avant que la mer ait fait de plus grands ravages sur ce point du littoral, toujours en danger par le mauvais temps. Aux Huttes, entre Soulac et Le Verdon, il y a eu aussi des dégâts ; le revêtement des digues a souffert et la force des eaux a provoqué un recul de la ligne ferrée.

M. André Bouffard visite les régions sinistrées
M. André Bouffard, préfet de la Gironde, s’est rendu à Soulac mardi après-midi, accompagné par M. Lévêque, directeur du Port autonome. Il a été reçu à la mairie de cette ville par M. Guilhem, conseiller général du canton de Saint-Vivien ; Coudy, adjoint au maire de Soulac ; plusieurs conseillers municipaux ; Fischer, ingénieur etc. M. le Préfet a visité les digues de protection et a jugé personnellement de la situation critique dans laquelle se trouve le chalet Barriquan. De Soulac, M. André Bouffard est allé aux Huttes ; puis, accompagné par M. Guilhem, il s’est rendu à Jau-Dignac-de-Loirac, sur le lieu de la tornade. A Dignac, M. André Bouffard a été accueilli par M. Pruède, conseiller municipal de Jau-Dignac-Loirac. Il a visité le domaine de Paul. Le propriétaire, M. Grenoilleau, lui a montré les dégâts inimaginables provoqués par le cyclone de dimanche. Une demi-heure plus tard, M. le Préfet s’est fait conduire au hameau de Jau. Il a visité les maisons dévastées par la tornade et a adressé aux occupants des paroles de réconfort. M. André Bouffard a tenu à faire une visite au maire de Jau-Dignac-Loirac, M. Janvier Cazaux. Il l’a invité à faire établir les demandes de secours en faveur des sinistrés et de les lui transmettre. Satisfaction sera donnée aux sinistrés le plus promptement possible. M. André Bouffard est rentré à Bordeaux à six heures du soir, accompagné par M. Guilhem. Il a aussitôt rendu compte au gouvernement de sa visite aux régions sinistrées, et souligné l’urgence qu’il y a à entreprendre d’indispensables travaux pour défendre contre l’envahissement de la mer la belle et riche côte médocaine.


(La petite Gironde)


 


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