Tornade de Ceaux-en-Loudun (86) - 18 juin 1863

 

 

 

Date, horaire       18 juin 1863, vers 18 h locales

Localisation        Ceaux-en-Loudun (86) 
                             + communes de Moncontour, Saint Clair, Martaizé, Angliers, Le Bouchet, Claunay, Maulet et Messémé

Phénomène        Tornade recensée       Intensité     F4

Dimensions        Longueur du trajet :   5 kms     /    Largeur :  50 m à 200 m

Description         Les journaux nous donnent une description très précise de la vie, du trajet et du comportement de cette trombe. Née à un km environ d'Angliers près de la route de Loudun, il aurait saccagé toutes les communes citées plus haut. Curieusement on l'aurait vu tout d'abord s'élever du sol "comme un tourbillon de poussière" puis rejoindre le plafond nuageux pour former une classique trombe (en fait, elle devait être déjà reliée au plafond nuageux mais la condensation aura rendu le vortex visible a posteriori. Un tourbillon de poussière ne peut évidement se transformer en tornade surtout F4 !).  Enormes dégâts sur le trajet, arbres, maisons, moulins à vent enlevés ou endommagés... Heureusement aucun mort n'est à déplorer. Un jeune hormme enlevé à plusieurs mètres par le tourbillon et jeté par dessus la toiture d'une grande dans le jardin du voisin (!) en aura été quitte pour la peur. En fin de parcours, c'est la commune de Ceaux qui subit la fureur la plus intense du monstre, notamment son église qui se retrouve réduite à un monceau de ruines.  
Interprétation météorologique intéressante donnée par le quotidien Le Journal de la Vienne du 23 juin 1863, la tornade se serait formée dans un contexte d'opposition de deux "vents" l'un venant du Sud-est et l'autre du Nord-ouest. Cette notion d'affrontement de vents contraire a souvent été évoquée pour expliquer la formation de trombes par exemple en haute Garonne par le choc entre vent d'autan et air frais venu de l'Atlantique, ou en Charente Maritime avec l'hypothèse des fronts de brise.
On notera enfin qu'une trombe très puissante est également signalée dans le sud de l'Indre-et-Loire ce même jour, frappant le petit village de Calisson (signalée dans le Journal d'Indre-et-Loire). S'agit-il de la même ou d'une autre trombe née le même jour ?

Recenseur          Jean Dessens

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Articles ou extraits d'articles de presse



""Vendredi dernier, vers 6 h. du soir, une trombe de vent a parcouru, sur une largeur qui varie de 50 à 200 mètres, les communes de Moncontour, Saint-Clair, Martaizé, Angliers, Le Bouchet, Claunay, Maulay, Messemé, Ceaux. Les dégâts causés sont incalculables, les arbres, les murs, des maisons, qui se trouvaient sur son passage, ont été enlevés, à Ceaux, l'église ne présente plus qu'un monceau de décombres. On est assez heureux pour n'avoir aucune mort à déplorer."

 (Journal de la Vienne, édition du 22 juin 1863)



"Le 18 au soir, à cinq heures du soir, après un temps orageux qui s'était manifesté, pendant toute la journée, par de fréquentes averses entremêlées d'éclairs et de coups de tonnerre, un phénomène, heureusement fors rare, et qui, de mémoire d'homme, ne s'était pas fait voir dans nos contrées, a produit des conséquences désastreuses dans diverses communes, et notamment dans celles du Bouchet, de Claunayet de Ceaux. Par suite du choc de deux vents opposés, l'un venant du Sud-Est, et l'autre du Nord-Ouest,
un tourbillon s'est formé sur le territoire de la commune d'Angliers, à une distance d'environ un kilomètre de ce village, dans les abords de la grande route de Loudun à Poitiers. Ce tourbillon, qui ne paraissait d'abord formé que de poussière, s'est mis en marche en aspirant toutes les flaques d'eau qui se trouvaient sur son passage, ainsi que l'eau des ruisseaux qu'il traversait ; peu à peu il a gagné en élévation jusqu'à se mettre en contact avec un gros nuage noir qui se trouvait au-dessus à une hauteur environ de 200 mètres. Alors il a pris la forme d'un entonnoir, ou pour mieux dire d'un cône renversé, et est devenu une trombe analogue à celles qui se forment sur la mer pendant les tempêtes. Elle allait dans la direction du Sud-Est au Nord-Ouest, mais en suivant une marche irrégulière, entrecoupée par de nombreux détours, déracinant et renversant, malgré leur grosseur, une partie des arbres qui se trouvaient sur son parcours, cassant et tordant les arbres à des hauteurs inégales. Après avoir ainsi porté la dévastation sur de grandes étendues de terrain appartenant à MM. Urbain Lechambre, Poyez, Eugène Richardet divers autres particuliers, la terrible météore a traversé des prairies en éparpillant des meules de foin sans qu'on ait pu en retrouver la moindre trace ; a démoli et enlevé la toiture du moulin à vent de Grigny, a traversé le village de Roche-Rigault, situé sur le grand chemin de Loudun à Monts, où il a causé des dégâts considérables en renversant des pans de murs entiers, ainsi que les couvertures de plusieurs maisons, et arrachant des arbres fruitiers de grandes dimensions. Il s'est dirigé ensuite vers la vallée du ruisseau de Claunay, culbutant dans sa marche dévastatrice une allée de gros noyers appartenant à M. Loury, puis est allé du côté de Claunayet de Ceaux. Dans cette dernière commune surtout, il a exercé les plus grands ravages ; plusieurs maisons  ont été emportées, l'église détruite de fond en comble, n'offre plus qu'un monceau de ruines et de décombres. On dit même qu'un jeune homme, occupé à quelques travaux agricoles dans la cour d'une ferme, aurait été enlevé à plusieurs mètres de hauteur par la terrible bourrasque et jeté par-dessus la toiture d'une grange dans le jardin d'un voisin ; il en a été quitte pour la peur et quelques égratignures à la figure. On ne peut connaître encore la valeur des dommages commis dans ces deux communes ; quant à ceux qui ont eu lieu dans la commune du Bouchet, on peut les évaluer hardiment à plusieurs milliers de francs. Le diamètre de cette trombe, dans la partie qui communiquait avec le sol, pouvait être d'une centaine de mètres au moins, et le bruit effrayant qu'elle produisait dans sa course furibonde ne peut guère être comparé qu'à celui que feraient plusieurs chariots pesamment chargés, roulant à toute vitesse sur un chemin caillouteux."

(Journal de la Vienne, édition du 23 juin 1863) 




"Une trombe, dans la soirée de jeudi 18 juin, a parcouru, en les ravageant, plusieurs localités de l'arrondissement de Loudun. La journée avait été très chaude, et vers les six heures du soir, un orage éclatait sur l'arrondissement de Loudun, qu'il traversait, du sud-ouest au nord-est. La trombe, dont le parcours était parallèle à celui de l'orage, s'est formée sur la droite et à quelque distance de la nuée ; elle paraît avoir pris naissance dans les plaines voisines d'Angliers. A ce moment, observée de fort loin par des personnes placées près du bourg de Saire, elle ressemblait, disent ces personnes, à un serpent gigantesque, soit que cette forme fut l'effet d'un mouvement giratoire, soit qu'elle fût due a des affaissements et à des exhaussements successifs qui se sont reproduits plus loin. Une fois formée, la trombe, traversant la plaine d'Angliers, prenait sa direction vers le village de la Roche-Rigault. Dans cette partie de son trajet, elle offrait aux personnes placées sur les côtes de Monts l'apparence d'une immense colonne nébuleuse, au milieu de laquelle on apercevait l'ascension et la chute des objets qu'elle rencontrait dans sa marche. Si l'on en juge par les traces de son passage, c'est vers la Roche-Rigault qu'elle paraît avoir acquis toute sa puissance. Cependant, elle éprouvait une défaillance et un affadissement presque complets en passant du plateau de la Roche-Rigault dans la petite vallée de la rivière, située entre le bourg de Maulayet celui de Claunay.
De nombreux spectateurs qui, des hauteurs de Maulay, la voyaient approcher avec une anxiété facile à comprendre, crurent un instant qu'elle était évanouie ; mais presque aussitôt ils furent frappés d'une terreur indicible, et qui, chez quelques-uns, allait jusqu'au désespoir, en la voyant se relever tout à coup comme un immense jet de vapeur, passer à quelques centaines de mètres, renversant et enlevant à une hauteur considérable tout ce qui se trouvait sur son passage, rester pendant quelques minutes dans une apparente immobilité, et continuer enfin sa marche vers le bourg de Ceaux, où elle devait causer ses derniers ravages.
Au-delà de Ceaux, la colonne diminuait rapidement de volume, s'amincissant surtout vers le milieu de la hauteur, et ne tardait pas à disparaître, après un parcours de 15 à 20 kilomètres en ligne indécise et ondulée, suivant quelques personnes dans sa première partie, mais certainement en ligne parfaitement droite depuis la Roche-Rigault jusqu'à Ceaux. Sa direction très précise était du sud-ouest au nord-est, ainsi qu'il est d'ailleurs facile de le reconnaître en jetant les yeux sur la carte et en observant la situation d'Angliers, de la Roche-Rigaultet de Ceaux, qui jalonnent son trajet. On se ferait difficilement une idée exacte des effets produits par ce météore, surtout dans la dernière moitié de son parcours. Plusieurs maisons de la Roche-Rigault ont été en partie renversées, l'omnibus de Châtellerault à Loudun qui traversait,  quelques heures après, ce village, n'a pu qu'avec peine, et non sans quelque danger se frayer un passage à travers les décombres.

Les maisons de la Perrière et de la Rivière ont été transformées en ruines; la jolie touffe de vieux chênes qui ombrageait cette dernière a complètement disparu.
A Ceaux, le clocher a été renversé ; la toiture et la charpente de l'église ont été enlevées est sont retombées à terre de telle sorte que, par suite d'un renversement complet, la charpente s'est trouvée sur la toiture. La cure neuve, où le desservant avait commencé à s'installer, a été dévastée. La maison du maires s'est écroulée.
Entre la Rivièreet Ceaux, portion de pays très plantée, le. passage de la trombe se manifeste à travers les arbres par une trouée de 4 à 5 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 200 mètres. Sur cette bande de terre il n'existe presque aucun arbre qui n'ait été arraché ou brisé. Des champs de blé n'ont plus d'épis ; d'autres sont aussi aplatis que s'ils avaient été soumis à la pression d'un rouleau. On trouve des noyers de première grosseur qui, enlevés par la trombe, ont été rejetés à plus de 100 mètres mutilés et dépouillés de toutes leurs branches entraînées à des distances bien plus considérables. On dirait que les arbres les plus gros étaient ceux dont la trombe s'emparait avec le plus de facilité. Un jeune homme habitant les environs de la Roche-Rigault, nommé Georget, allait faucher quand il a été surpris parle météore ; il avait sa faux sur son épaule et son baril dans sa main. Enlevé à une assez grande hauteur, il s'est trouvé transporté à une assez grande distance, debout, mais le corps et surtout le visage meurtris par les branches qui avaient partagé son voyage aérien. Son émotion, bien naturelle assurément, était si grande, qu'à la suite de cette commotion, il est resté, pendant un temps qu'il ne peut préciser, dans un état de torpeur voisin de l'évanouissement. Sa faux a disparu ; son baril n'a été retrouvé que très loin de l'accident. Un autre homme, lancé contre un mur, a eu le bras fracturé. On doit se réjouir et s'étonner qu'il n'y ait pas eu d'autres victimes."
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k588260t/f1.image.r=loudun.langFR

(Le Petit Journal, édition du 28 juin 1863)

    


 


Commentaires scientifiques


Cette trombe a été mentionnée par l'astronome Hippolyte Marié-Davy dans un ouvrage intitulé Les mouvements de l'atmosphère et des mers, considérés au point de vue de la prévision du temps (1866)

"Malgré l'extrême exiguïté de leur cercle d'action comparé à celui des cyclones, les trombes acquièrent souvent une violence extraordinaire due à l'énergie de l'appel central produit par les actions électriques. Le 18 juin 1865, plusieurs localités de l'arrondissement de Loudun (Vienne) ont été ravagées par un de ces dangereux météores. A Ceaux, le clocher a été renversé, la toiture et la charpente de l'église ont été enlevés et sont retombés à terre de telle sorte que la charpente s'est retrouvée sur la toiture ; entre la Rivièreet Ceaux, portion de pays très boisée, le passage de la trombe a été marqué par une trouée de 4 à 5 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 200 mètres; de gros noyers ont été enlevés et transportés à plus de 100 mètres. Les effets sont encore plus effroyables dans les pays chauds où l'activité des phénomènes électriques est plus grande que dans nos pays tempérés. Les trombes peuvent se former sur mer comme sur terre ; elles y sont même assez fréquentes. De petits bâtiments peuvent être submergés par elles ; les plus gros peuvent en éprouver des avaries ; mais le faible diamètre du météore et la lenteur de sa translation font qu'on passe rarement dans son cercle d'action ; par contre, il est peu de navigateurs qui n'en aient vu se former. L'ascension d'une colonne d'air fortement échauffée à la surface du sol peut produire des effets gyratoires analogues à ceux manifestés dans les trombes ; mais la faiblesse du mouvement primitif entraîne celle du mouvement secondaire. C'est à cette cause, peut-être, qu'il faut rattacher les colonnes d'air que l'on voit tourbillonner quelquefois dans une atmosphère calme pendant les jours les plus chauds de l'été. Elles se soutiennent quelques minutes à peine en soulevant un peu de poussière. Leur durée éphémère montre que leur cause est purement accidentelle et transitoire. Le sens de leur rotation a été peu observé ; pour quelques-unes, il semblerait inverse à celui des tourbillons de notre hémisphère, ce qui les classerait parmi les rotations accidentellement produites à la surface de séparation de deux courants d'air doués d'inégales vitesses. Au reste, le calme qui règne souvent en été dans les régions inférieures de l'atmosphère n'implique pas nécessairement un calme semblable dans les régions moyennes. Il arrive quelquefois que les hantes vergues d'un navire sont brusquement fouettées par une forte brise, alors qu'à la surface de l'eau l'air est calme. Ces brises folles, dues à des inégalités dans les températures de l'air, suffisent à produire les mouvements tournants irréguliers que l'on remarquerait dans la saison chaude".

Hippolyte Marié-Davy, Les mouvements de l'atmosphère et des mers, considérés au point de vue de la prévision du temps, 1866.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k951725 (page 389)



"Plus récemment (le 18 juin 1863), une trombe a parcouru et ravagé plusieurs communes des environs de Loudun. A la suite d'une journée très-chaude, un orage éclatait, vers six heures du soir, sur l'arrondissement dont cette ville est le chef-lieu. Presque aussitôt une trombe se forma au-dessus des plaines d'Angliers, à droite de l'orage, dont elle suivit parallèlement la marche. « Elle ressemblait, dit la relation publiée par le Journal de la Vienne, à un serpent gigantesque ou bien à une colonne torse, dont les ondulations étaient dues probablement au mouvement gyratoire dont le météore était animé. Elle franchit d'abord la distance qui sépare Angliersde la Roche-Rigault, et atteignit à ce dernier point toute sa puissance. En passant du plateau de la Roche-Rigaultdans la petite vallée de la Rivière, entre Maulayet Chaunay, elle éprouva un affaissement soudain. Les nombreux spectateurs qui, du haut des collines de Maulay, suivaient sa marche avec une anxiété fiévreuse, crurent alors qu'elle s'était évanouie ; mais ils la virent bientôt, avec une inexprimable terreur, se relever semblable à un immense jet de fumée, passer à quelques centaines de mètres de l'endroit où ils se trouvaient, enlever et renverser tout ce qui s'offrait sur son passage, puis rester quelques instants comme immobile, pour reprendre ensuite, sa marche vers le bourg de Ceaux, où elle exerça ses derniers ravages. »
Déjà, à la Roche-Rigault, des maisons avaient été détruites ; les villages de la Perrière et de la Rivière avaient été réduits en ruines ; un bouquet, de vieux chênes, qui ombrageait la vallée de la Rivière, avait été cueilli par le météore comme une touffe d'herbe par la main d'un homme. A Ceaux, le clocher fut renversé ; la toiture de l'église et sa charpente furent enlevées, retournées et jetées à terre. Le presbytère fut en partie démoli ; la maison du maire s'écroula. La trombe marqua son passage par une trouée de quatre à cinq kilomètres de longueur dans les bois qui s'étendent entre la Rivièreet Ceaux. Des champs de blé furent entièrement rasés ; de grands noyers furent ébranlés, dépouillés de leur feuillage, déracinés enfin, et transportés à plus de cent mètres. Un jeune homme de la Roche-Rigaults'en allait faucher son champ, lorsqu'il fut surpris par la trombe, qui l'enleva à une assez grande hauteur, et le rejeta sur le sol, tout meurtri par les branches d'arbres qu'elle emportait avec elle. Le pauvre jeune homme demeura, pendant un temps qu'il ne put préciser, dans un demi-évanouissement. Lorsqu'il revint à lui, sa faux et son bidon avaient disparu. Un autre homme fut lancé contre un mur si violemment, qu'il eut un bras fracturé. Au-delà de Ceaux, la trombe diminua rapidement de volume, s'amincit à sa partie médiane, se scinda en deux parties, et enfin se dissipa. Elle avait parcouru un espace d'environ vingt kilomètres, suivant une direction d'abord indécise et sinueuse, mais ensuite, depuis la Roche-Rigault, parfaitement rectiligne."

Arthur Mangin, L'air et le monde, 3e édition, 1877.
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5497352c/f315 (page 312 et 313)
 



 


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