Tornade (?) de Champagne-Mouton (16) - 26 juil 1983

 

 

 

Date, horaire      26 juillet 1983, vers 22 h - 22 h 30 (début) 

Localisation        Champagne-Mouton (16) + Gençay (86) + Charroux (86)...

Phénomène        Tornade probable       Intensité     F2 ou F3

Dimensions        Longueur du trajet :   50 km env. voire 70  /    Largeur :  500 m 

Description         Au cours de la nuit du 26 au 27, une probable tornade a causé de gros dégâts sur un trajet allant de Champagne-Mouton (nord du 16) à Charroux et Gençay (sud 86) voire Chauvigny. Un trajet allant de 50 à 70 kms s’il s’agit bien d’une seule tornade ! Plusieurs milliers de toitures auraient été endommagées, des hangars agricoles auraient été transportés à plusieurs dizaines de mètres de leur implantation, des arbres en volant auraient décapité des maisons. On mentionne aussi des tuiles plantées dans le sol ou sur les murs, une passerelle complètement tordue à Charroux. Un témoin de Champagne-Mouton rapporte avoir entendu dans l’obscurité un énorme bruit leur arriver dessus, et il s’est aussitôt barricadé chez lui avant que ça se mette à souffler. Un trajet Sud Nord de Champagne-Mouton jusqu’à Charroux reste envisageable, éventuellement au-delà où la tornade bifurquerait alors légèrement vers le Nord-est (dir Gençay et Chauvigny), et éventuellement en deçà du côté de Mansle (16). Le trajet complet prendrait donc la classique orientation SW/NE.
Deux choses accréditent fortement l'hypothèse de la tornade. D'un part l'analyse de Jérôme Petit (à paraître dans son intégralité dans un futur dossier Ouest-orages) a mis en évidence une situation clairement propice aux tornades par le cumul de plusieurs paramètres atmosphériques favorisant la génèse de phénomènes tourbillonnaires, lesquels ont tout à fait pu se phaser dans un contexte synoptique totalement favorable lui aussi. Hypothèse confortée par Jean Dessens qui a évoqué deux mésocyclones successivement passés l’un durant la nuit du 25 au 26 juillet, et l’autre durant la nuit du 26 au 27 juillet (celle qui nous intéresse). D'autre part, le trajet mis en évidence sur la carte se situe sur un axe précis, rectiligne. Si vraiment aucune autre commune n’a été touchée de cette manière en dehors de cet axe, cela non seulement accrédite l’hypothèse de la tornade mais tout particulièrement celle de la grosse tornade ayant parcouru plus de 50 kms.
La nécessité urgente de se pencher sur ce cas a été récemment remise en lumière par l’exemple édifiant des tornades du 25 septembre 2012 et de l’épisode de phénomènes tourbillonnaires de 2010, rendus indétectables ou difficilement détectables par la présence à proximité des dégâts d’une microrafale pour l’un, et le passage après coup d’un front de rafales pour l’autre. Ce qui est très probablement le cas aussi pour la situation qui nous intéresse. Des microrafales identifiées comme telles par Météofrance ont en effet ravagés l'Est charentais cette même nuit et la bordure de leur zonage établi à l'époque par le CDM de Cognac est très proche. Il n'est pas impossible que les deux types de phénomènes aient pu se superposer à certains endroits. Néanmoins un témoin interrogé en 2007 par J. Ph Forestier évoquait un couloir clairement distinct de 500 m au maximum.
Un  dossier est en cours de réalisation pour ce cas par Ouest-orages et paraîtra très prochainement, incluant une ré-étude des articles de journaux et différents documents qui nous a permis d'établir la deuxième carte du trajet reproduite ci-dessous.
Voir aussi l'étude de N. Baluteau "Les tornades en Charente et Charente maritime" où les questionnements et hypothèses à propos de ce cas sont développés page 54 et surtout page 121.

Recenseur          Ouest-orages (d'après un primo-dossier établi par Jean Philippe Forestier)

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Les photos publiées par les journaux sont nombreuses mais celles dont on puisse être sûr qu'elles concernent bien les éléments relatifs à cette probable tornade sont rares.

 

Toiture partiellement arrachée d'une église - photo Centre Presse, 27 juillet 1983






 
Carte du trajet de la supposée tornade de Champagne-Mouton, qui partant de l'extrême nord Charente aurait suivi une trajectoire rectiligne Sud-Nord et frappé notamment les agglomérations de Charroux dans la Vienne. Ici le trajet représente la portion la plus sûre au nord, s'arrêtant à Charroux. Gençay et Chauvigny n'y figurent donc pas  :
    

 
Carte du trajet de la tornade de Champagne-Mouton - crédit J Ph Forestier, complétée par Nicolas Baluteau

Rouge : trajectoire la plus certaine, établie d'après les localisations par les journaux  /   Blanc  :  portion sud supplémentaire du trajet suggérée par un témoignage.

La tornade aurait ainsi pu venir de Mansle suivant une classique trajectoire Sud-ouest/Nord-est, en virant dans la direction du Nord à la hauteur de Champagne-Mouton. Si tel était le cas, la longueur de son trajet serait tout simplement exceptionnelle puisqu'elle approcherait les 80 à 100 kms. Mais l'hypothèse demeure incertaine.



Deuxième carte du trajet établie en 2013 et figurant dans le dossier consacré à l'épisode complet des 25-26 et 27 juillet 1983 :




Rouge : portion la plus sûre du trajet  /  Orange : portions plus incertaine du trajet au sud et au nord  /   Zone bleu ciel : secteur sinistré par les microrafales, identifiées comme telles par le CDM de Cognac, d'après un schéma reproduit par le journal Sud-Ouest

 



 

Extraits d'articles de presse

De nombreux articles ont été publiés suite aux évènements qui ont affecté globalement le Poitou Charentes ces deux journées, traitant notamment du front de rafales meurtrier du Marais Poitevin. Un certain nombre ont pu concerner cette probable tornade de la soirée du 26 juillet, mais attention. Le tri est très difficile à faire car cette même nuit, de puissantes microrafales, validées comme telles par Météofrance, ont ravagé l'Est charentais. Les articles respectifs de Centre Presse, La Charente Libre et Sud Ouest peuvent donc évoquer tour à tour des évènements différents sur le même article, évènements d'autant plus difficilement dissociables qu'ils ont eu lieu la nuit et que leurs dégâts se sont probablement recouverts en certains endroits. Cette joyeuse salade russe peut également expliquer certaines mentions de largeur très vastes pouvant induire en erreur : 


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TITRE DE L'ARTICLE INCONNU

Les dégâts provoqués sont considérables et se chiffrent à plusieurs dizaines de millions de francs. Plusieurs milliers d'habitations, notamment dans le sud du département [la Vienne] ont vu leurs toitures soufflées arrachées, des hangars agricoles transportés à plusieurs dizaines de mètres de leur implantation.[...]

(Centre Presse, édition du 28 juillet 1983)

Cette coupure est rapportée par Jean Luc Audé dans son ouvrage Chronique du climat en Poitou Charentes Vendée, publié en 2006 chez Lonali Editions.


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LA SITUATION DANS LE CANTON DE GENCAY 

De nombreux villages du canton de Gençay ont été gravement touchés. [...]
Il devait être minuit,[...], la foudre est tombée sur la maison et nous avons subitement vu le plafond se plier en deux dans un vacarme insoutenable. Il n'y avait rien à faire. [...]


LA TORNADE S'EST ARRETEE A SOMMIERES

La tornade s'est arrêtée aux portes de Sommières-du-Clain, l'allée conduisant au château, entrée par la route de Charroux, a été anéantie en partie.[...]


(La Charente Libre, édition du 28 juillet 1983)


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LES CAMPINGS DE LA VIENNE EVACUES A TEMPS

Impossible de compter le nombre de routes barrées par les arbres. Un habitant de Charroux, [...], victime d'une crise cardiaque pendant l'orage, s'est fracturé une vertèbre cervicale en tombant d'une échelle. [...].
Des peupliers se sont couchés un peu partout mais aussi des châtaigniers d'un mètre de diamètre dans le canton de Charroux et deux énormes noyers à Chauvigny. La jolie place de Joussé bordée de tilleuls ressemble maintenant à un champ miné. A St Romain, la moitié des sépultures sont endommagées. [...]
Difficile aussi d'évaluer le nombre de voitures écrasées et de toitures envolées qui sont légion (surtout les bâtiments agricoles en tôle). [...] Une passerelle enjambant le silo a été littéralement tordue par la bourrasque [...]



(Jean-Luc Terradillos, La Charente Libre, édition du 28 juillet 1983)


 


Témoignage

Joint au téléphone, Jean-Luc Audé, auteur de l'ouvrage Chroniques du Climat en Poitou-Charentes-Vendée (Lonali Editions), a rapporté le témoignage d'un habitant de Champagne-Mouton, au soir du 26 alors que la nuit était déjà tombée ou du moins qu'il faisait déjà notablement sombre.

La personne se trouvait dehors non loin de chez lui, et l'orage sévissait déjà. Tout à coup, il entend un bruit énorme qui se rapproche de l'endroit où il se trouve. Il pressent tout de suite le danger et se réfugie aussitôt dans sa maison. Bien lui en a pris, car une fois à l'intérieur, il a vu sa maison presqu'immédiatement violemment secouée et endommagée par les vents.
C'est également JL Audé, peut-être via ce témoin direct sinistré, qui a rapporté certains détails qui font clairement penser à une tornade : des hangars entiers auraient été déplacés en bloc sur des dizaines de mètres ("détail" déjà rapporté par Centre Presse cf. plus haut), des arbres auraient volé (!!) et auraient décapité des maisons au passage...



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