Tornade à Marcillac (33) - 07/04/1999

 

 

Le 7 avril 1999, une tornade de forte intensité parcourt jusqu'à presque 4 kms (2 kms de dégâts relevés) dans la commune de Marcillac, heureusement sans faire de victimes mais en causant de gros dommages dans deux propriétés. 

 

 


Date, horaire  7 avril 1999 entre 8 et 9 h locales
Phénomène  Tornade 
Statut  Avérée   

Intensité  F2 (F2/T5 ?)
Intensité moyenne   Inconnue

Durée  Inconnue



LOCALISATION

Localisation  Commune de Marcillac (33), lieux-dits Le Sable Rouge, Les Brochons, Les Drouillards des Bois, Le Roussillon
Lieu de formation  au NE des Rodiers
Lieu de dissipation  au nord de Roussillon voire au sud des Horaux, sur la D253 où ont été retrouvés les derniers débris.
Altitude moyenne   55 m
Type de terrain   Parcelles cultivées, vignobles, petits bosquets



TRAJET ET DIMENSIONS

Longueur trajet   2 kms (longueur minimale reconnue), 3,70 kms (longueur maximale reconnue)
Orientation   Axe NO/SE        
Largeur maxi   100 m  env.
Largeur moyenne  Inconnue



DESCRIPTION

Dégâts   Ils sont localisés sur une première partie du trajet, longue de 2 kms environ. L'autre partie, des Drouillards-des-Bois jusqu'au sud des Horeaux, est quasi intacte, la tornade ayant du remonter en se contentant de charrier les débris qu'elle contenait.
Sur les lieux de la formation du phénomène, au lieu-dit Le Sable Rouge, la toiture d'un hangar est arrachée ("chavirée").
Deux propriétés sont ensuite endommagées de part et d'autre de la première partie du trajet. Sur la première propriété aux Brochons, des tuiles se sont envolées. Tous les hangars sont endommagés, "vrillés" selon M. Hérit interrogé au téléphone. Des arbres sont arrachés et une balancelle est emportée. La deuxième propriété, celle des Hérit à la sortie Est des Drouillards, est la plus touchée. Toute la partie supérieure du premier étage s'est envolée, y compris les grosses poutres du plafond et l'intégralité de la toture pourtant refaite deux ans auparavant, qu'on a retrouvée à environ 400 m de là. Egalement emportée, la cheminée a été retrouvée intacte, comme "posée" dans la cour. Le plancher du premier étage, lui par contre, n'a pas été arraché. Deux granges "en dur" (d'après témoignages dans la presse) sont soufflées "comme des fétus de paille". Soufflées par le vent, les braises de la cheminée du salon manquent de provoquer un incendie. La propriétaire a du être relogée suite au sinistre. Une voiture est également endommagée, retrouvée comme "sablée" avant peinture. A l'est du hameau, un poteau .
Dégâts sur la végétation : arbres arrachés (buisseau de 6-7 m de haut), acacias vrillés et coupés à hauteur de la souche à proximité de la propriété des Hérit en direction de l'Est, fils de vigne coupés et pieds de vigne littéralement pelés par les projections de gravillons
Nombreux débris et objets charriés : bidons (au Sable Rouge) retrouvés dans les vignes au sud de Chez-Leroux, cartons, tuiles, éverite... Des planches-supports de tuiles de la maison de Mme Hérit sont retrouvées à 700-800 m voire plus loin encore au sud des Horaux vers la D253. "Tout ce qui se trouvait au sol s'envolait", témoigne le fils de la première propriétaire dans la presse.
Des poteaux téléphoniques et électriques sont coupés en deux, dont celui de la propriété de Mme Hérit à 2m50 du sol et un poteau électrique brisé au pied (partie cimentée) à la sortie Est des Drouillards des Bois.

Bilan humain  Nul.

Bilan animal   Sur le trajet, des animaux ont été commotionnés (vaches, juments apeurées qui "se sont enroulées les unes aux autres"...). A la fin de la première portion de trajet, dans les champs jouxtant le domicile des Hérit, des chevaux et vaches ont été curieusement "changés de place" au passage du tourbillon, probablement soulevés et transportés par celui-ci. Certains qui avaient des membres brisés ont du être examinés par un vétérinaire.

Contexte  [à venir]

Commentaire   Ce cas puissant, qui nous a été transmis par François Paul, ne figurait jusqu'à présent sur aucune base de données en ligne. Un témoin nous a déclaré qu'il lui paraissait similaire en intensité au cas de Sonnac du 16/09/2015, ce que les premières investigations semblent confirmer au niveau de la propriété de Mme Hérit, où le stade F2 minimum semble avoir été atteint à la hauteur de la propriété des Hérit.
La tornade est décrite comme ayant constamment touché et quitté le sol en alternance. "Le tourbillon rejoignait le sol puis remontait en hauteur".  Il s'agit donc d'une tornade sauteuse ce qui explique le caractère discontinu du trajet des dégâts.



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Localisation du phénomène

 

 

 



Carte du trajet présumé





 

Détails des dégâts et témoignages


♦  Le fils de Mme Hérit, premier témoin indirect joint à deux reprises au téléphone, nous raconte cette journée qui marquera à jamais sa mémoire en nous donnant des détails complémentaires sur le trajet et les dégâts causés par le phénomène sur la propriété de sa mère :

"Arrivant en voiture sur les lieux, je me suis retrouvé à ma grande surprise bloqué par des arbres tombés qui bloquaient la voie d'accès habituelle. J'ai donc emprunté des chemins de traverse et je suis parvenu à rejoindre la propriété que j'ai alors découverte, effaré, sinistrée par la tornade, la toiture et la charpente arrachée, des granges et dépendances quasi rasées, dévastée. J'ai alors voulu avertir les pompiers, et ceux-cis, incrédules, se sont tout d'abord contentés d'envoyer sur place l'un d'eux pour une simple reconnaissance". Sur les lieux, le soldat du feu constate alors l'incroyable réalité et aussitôt le secteur se retrouve investi par plusieurs brigades de pompiers des communes alentours, les gendarmes puis bientôt les élus, journalistes et curieux. 
Ce détail révèle de façon très intéressante le manque de culture du phénomène tornadique encore constaté dans notre pays, probablement à l'origine de l'incrédulité première des pompiers alertés. 

Bien que témoin indirect, M. Hérit est en mesure de nous décrire le phénomène comme une colonne de vent tourbillonnaire large de quelques dizaines de mètres mais dont le buisson ("vents et nuage de débris au sol") était beaucoup plus large.

Le fils de Mme Hérit nous confirme ensuite le trajet suivi par le phénomène, lequel parti des Rodiers vers 8 h du matin est passé au nord du lieu-dit Les Drouillards-des-Bois, entre Les Brochons et Chez-Le-Roux avant de se dissiper au nord du Roussillon au SE dans la propriété de M. Marpeaud. Précision intéressante, il atteste également du côté discontinu de la jonction au sol : "Entre Chez Leroux et Les Brochons, raconte-t-il, se trouvaient des ouvriers dans les vignes, qui voyant arriver la colonne se sont enfuis pour se mettre à  l'abri. Leurs pieds de vignes ont ensuite été retrouvés littéralement pelés par les projections de gravillons (!), les fils de vigne coupés. La tornade est ensuite remontée temporairement pour ensuite retoucher le sol au niveau de la propriété de Mme Hérit." "Sur ce même secteur, ajoute-t-il, un poteau électrique a été coupé net à sa base à la sortie Est du hameau."

Juste derrière la maison de Mme Hérit, le poteau téléphonique de la propriété a lui aussi été coupé net en deux à environ 2m50 de hauteur. Sur une petite dépendance de la propriété, tuiles et cheminées ont été enlevées, la cheminée ayant été charriée par la tornade et retrouvée à distance.
La maison elle-même s'est donc retrouvée sur le trajet de la tornade et sévèrement touchée, sa toiture et sa charpente intégralement ou quasi intégralement arrachée et emportée. Les débris en ont été retrouvés disséminés un peu partout à l'E/SE de la maison : des planches-supports de tuiles ont été retrouvées à 700-800 m de distance. Le mur de poinçons qui tenait le toit est parti, les bois éparpillés. Une frise en pierres de taille qui ceinturait la maison au niveau du 1er étage est démolie et ses pierres éparpillées. Sur la porte côté Ouest, les ferrailles pourtant solides, posées pour empêcher le mur de se fêler et dont on pensait qu'elles ne seraient pas près d'être emportées, sont proprement arrachées. Des chevrons qui se trouvaient entre les grosses traverses de la charpente sont retrouvés "piqués des des flèches" à environ 20-30 cm dans le sol. De même des fragments de tuiles ont été retrouvés fichés dans les arbres.
Des dommages patrimoniaux. La maison, nous précise M. Hérit, est de type girondin, datant d'environ 1850-1900. Il s'agit d'une ferme traditionnelle à un étage, aux murs de pierres de taille dont les moellons font environ 40 cm d'épaisseur avec de grandes fenêtres en bas, des petites fenêtres à l'étage. La frise ceinturant l'étage était, elle, construite avec des pierres de taille de Jonzac. Le contrat d'assurances incluant un forfait dit "de vétusté" corrélé avec le caractère patrimonial de ce style architectural, une reconstruction à l'identique du bâtiment a heureusement pu être financée. Financement dont les hangars et autres dépendances n'ont par contre pas pu bénéficier
M. Hérit dans notre deuxième entretien, nous rapporte un "détail" pour le moins stupéfiant. Dans les champs jouxtant le domicile des Hérit, des chevaux et vaches auraient été curieusement "changés de place" au passage du tourbillon : observés à un certain endroit de leur prairie au moment de l'arrivée du vortex, ils se seraient retrouvés à un autre endroit au moment où le buisson commençait à s'évacuer. Un nouvel emplacement suffisamment éloigné pour interroger l'observateur : auraient-ils été déplacés directement par le tourbillon ? Le déplacement s'étant effectué précisément lors du passage de ce dernier, l'hypothèse est d'autant plus probable que certains animaux ont du ensuite être amenés au vétérinaire, leurs membres brisés.
 
Enfin, ce premier témoin nous précise qu'au sud du bosquet situé entre le domicile de M. Marpeau et ses pins où le phénomène a fini par se dissiper, un petit bosquet d'acacias a été sinistré par la tornade. Les acacias (au bois pourtant dur et aux branches d'un diamètre de 10 cm) ont été retrouvés vrillés et arrachés à hauteur de la souche comme par une gigantesque main.

La tornade a ensuite franchi la route des Roussillons N et poursuivi son trajet, probablement à l'état de tuba car aucun dégât n'a été ensuite relevé à l'est de la propriété des Marpeau. Seul un automobiliste qui se trouvait sur la route des Horeaux a eu son antenne radio étrangement coupée en deux, heureusement sans autre dégât sur son véhicule. Les planches en bois plein de pin issues de la propriété des Hérit, mesurant chacune 200 cm de long sur 15 cm de large et env. 1,5 cm d'épaisseur, et pesant environ 2 kgs, ont été retrouvées dans les environs de la D243, au sud des Horeaux, à une distance estimée entre 800 m et 2 kms. Ce sont là les toutes dernières traces relevées directement imputables à la tornade.


♦  En dehors de ce témoignage, un autre témoignage parmi les plus saisissants, rapporté par la presse et également évoqué par M. Hérit, reste celui de la personne employée au domicile de Mme Hérit, Mme Péreira dont on peut saluer le courage et la présence d'esprit. Sortant du hangar voisin au moment où le tourbillon approchait de la propriété, elle a juste le temps de se réfugier dans la pièce principale avant que le souffle violent du vent ne projette les braises du foyer en tout sens, manquant de justesse de provoquer un incendie. Heureusement elle réussit à aider Mme Hérit, présente dans la pièce, à se mettre en lieu sûr. Quand elle ressort à l'extérieur, elle ne peut alors que constater la totale destruction du hangar où elle se trouvait quelques minutes auparavant, quasi entièrement rasé à l'exception d'un mur de parpaings resté encore debout. Ce hangar était construit en briques et parpaings pleins, dont la moitié était fermée par des planches.
A l'abri sous une dépendance, sa voiture quant à elle n'avait pas reçu de grosses pierres  mais toutes ses vitres et ses phares ont été cassés, et surtout la carosserie a été comme "sablée" avant peinture, abrasion due, comme pour les pieds de vigne, à la pluie de gravillons.     
                               

 

 


Carte du trajet

Cette carte du trajet de la tornade a pu être établie grâce à l'article de Sud-Ouest et surtout aux précisions apportées au téléphone par M. Hérit père. Elle ne peut bien sûr prétendre à la même précision que si elle avait été le résultat d'une véritable enquête de terrain, mais grâce aux précieuses et nombreuses indications de notre témoin, nous avons pu localiser les différentes zones de dégats.
M. Hérit nous a indiqué par ailleurs que la tornade était à plusieurs reprises remontée et redescendue. Les zones de dégâts cerclées en rouge sur le trajet correspondent aux points de jonction avec le sol, les flèches ne figurant que le trajet du phénomène à l'état de tuba. On notera le "sadisme" particulier du phénomène dans la première portion de son trajet où il semble avoir pris un malin plaisir à rejoindre le sol à chaque fois qu'il s'y trouvait une construction humaine ou une agglomération. Nous ne connaissons pas de raison physique particulière susceptible d'expliquer ce fait et l'inverse a souvent été constaté pour d'autres cas. La part du hasard n'est pas à négliger quand il s'agit de tornades. D'ailleurs -et heureusement-  le hameau des Drouillards-des-Bois a ensuite, lui, été épargné.
Conformément à ce que rapportait la presse, du point de jonction 1 au point de jonction 5  le trajet est d'environ 2 kms. En revanche si on y inclut la portion finissante, à la localisation plus floue mais susceptible de se situer bien au-delà des Drouillards selon notre témoin, et aux dégâts inexistants ou non répertoriés, la longueur atteint alors 3,70 à 4 kms et se trouve donc quasi doublée.
Toutefois même dans ce dernier cas, c'est un trajet étonnamment court pour une tornade de cette intensité qui en outre est remontée à plusieurs reprises. Déficit de réserve d'énergie ? Obstacles particuliers ?  


   
Carte du trajet présumé de la tornade de Marcillac (33) le 07/04/1999  - © Ouest-orages
 
 


Contexte météorologique

[à venir]

     


Médias 

Article publié par Sud-Ouest  :

LA TORNADE DEVASTE DEUX PROPRIETES
Marcillac. Hier matin, une tornade d'une centaine de mètres de large a ravagé deux propriétés distantes de deux kilomètres. On ne déplore aucune victime, mais les dégâts sont considérables.
"J'étais dans les vignes à 50 mètres de la maison de ma grand-mère, quand j'ai vu arriver ce tourbillon noir...
[...]
(Sud-Ouest, édition du 8 avril 1999)

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