Tornade de Matha (17) - 3 juillet 1975

 

 

 

Date, horaire       3 juillet 1975, vers 19 h locales

Localisation        Matha (17)

Phénomène        Tornade recensée       Intensité     F1/T3

Dimensions        Longueur du trajet :   1,5 km étudié, env. 5-6 km en tout    /    Largeur :  50 m 

Description         Le jour même du passage du Tour de France en ce mois de juillet, le soir vers 19 h un orage très violent se déclare et une tornade se forme au sud du bourg à Ste Hérie. Elle va longer les habitations dans le sens Sud-ouest/Nord-est et y provoquer des dégâts divers, dont les plus lourds se situent à St Hérie et notamment au cimetière avec environ 60 tombes saccagées. L'école plus au nord a elle aussi subi quelques dommages, ainsi que quelques maisons et hangars. Un témoin rapporte qu'un portail aurait cédé alors qu'une cliente de ses parents s'était mise à l'abri contre. Un camion s'est fait renverser sur la route d'Angoulême et surtout, d'après une employée de la mairie  une jeune fille à vélo aurait été blessée sur la route de Cognac par projection d'une branche.
Heureusement, la tornade n'est pas passée en plein centre ville et s'est essentiellement contentée de traverser des champs. Le cas démontre d'ailleurs de manière flagrante l'action aggravante de l'urbanisation sur le bilan des catastrophes : la même tornade survenant aujourd'hui aurait traversé tout un lotissement et rencontré bien plus d'habitations sur sa route...
Les deux photos suivantes ont été prises par un photographe mathalien de ma connaissance, qui me les a gracieusement transmises en même temps que des clichés de Haimps après la tornade de 1982.

Recenseur          François Paul (observateur et témoin : N. Baluteau)

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Carte du trajet établie en collaboration avec François Paul




Le trajet, reconstitué d'après les différents témoignages, est estimé de quelques dizaines de mètres à quelques mètres près : en vert la portion probablement la plus proche de la réalité





Deux photos parmi celles prises par le photographe Noé Bourgoin :

 
 


 
   

    Cimetière de Ste Hérie après le passage de la tornade.  - Crédit photos : Noé Bourgoin
    


 


Extraits d'articles de presse


CYCLONE SUR MATHA : LES TOMBES DEVASTEES DANS LE CIMETIERE

Une formation cyclonique de forte puissance a fait de nombreux ravages, jeudi soir, vers 19 h, en s'abattant sur la calme cité de Matha (Charente Maritime). Le phénomène qui, dans ses circonvolutions, avait choisi un axe Ouest-Est, se déployait en forme de cône noirâtre sur une hauteur de trois cent mètres environ et sur cinq cents mètres de diamètre. [...]

(La France, édition du samedi 5 juillet 1975)
 





Témoignages


"Cône renversé, avec une liaison entre le nuage et la terre. Des objets assez lourds tournoyaient dans l'air.Des arbres ont été tordus par le vent. Des cheminées ont été enlevées. La largeur de la bande qui a subi des dégâts est d'environ 300 m sur une longueur d'environ 1500 mètres. "

(Un témoin interrogé par le recenseur officiel François Paul)


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« J’ai moi-même déjà interrogé le responsable météo de la mairie, qui m’a donné des détails intéressants, qui correspondent avec mon propre souvenir et m’ont permis de m’assurer de la fiabilité de ce dernier en opérant recoupements et vérifications :
Aspect : colonne « fumeuse » gris sombre, large en hauteur mais rétrécie à la base (« en forme de corne » d’après certains témoins). Il semble qu’elle ait gardé constamment cet aspect opaque et cette forme.
Largeur : 50 mètres (d’après le responsable météo actuel, qui m’a emmené sur place à un endroit où il avait un repère précis). D’après lui et également d’après mon propre souvenir, je pense que ce chiffre à 2-3 mètres près est beaucoup plus proche de la réalité que les 20 m annoncés par l’article de journal.
Longueur du trajet (toujours d’après témoins) : au moins 1 km, probablement davantage.[1] En étudiant un peu le trajet qu’elle a suivi, je me suis aperçu qu’elle aurait en fait longé tout le bourg de Matha du sud-ouest au nord puis au nord-est, en évitant tout le centre ville et les zones vraiment habitées.
D’après son « histoire » racontée par tous les témoins ainsi que ma connaissance des lieux, j’estimerais sa durée à environ 5 minutes (mais cela reste très subjectif bien sur !). Un autre témoin m’a parlé de 10 minutes voire 15 minutes, mais j’ai du mal à y croire car je sais que quand on assiste à une telle chose, le temps s’étire considérablement et 4-5 minutes en paraîtraient facilement 10 ( !)
Elle se serait formée sur Sainte-Hérie (quartier de Matha) pendant un très gros orage (circonstances exactes à vérifier), aurait endommagé quelques constructions non habitables (peut-être un hangar, je ne me souviens plus) avant de se diriger vers le cimetière, en blessant une personne à vélo par projection d’une grosse branche (blessé non rapporté par le journal mais qui m’a été rapporté à la mairie). Un témoin qui se trouvait dans une maison en construction sans vitre (et avait du se trouver une bonne planque !) aurait vu des planches de bois soulevées en l’air par le seul vent environnant, au moment où la tornade passait à proximité. On aurait aussi retrouvé un arbre au sommet complètement « retourné » comme par une énorme main invisible ( ?). Au cimetière, elle aurait saccagé en enfilade toutes les tombes situées sur son trajet, projetant des pierres tombales verticales (200-300 kg ?) sur les dalles voire en soulevant ces dernières qui se seraient brisées en retombant et mettant certains cercueils à nu (le détail des dalles soulevées m’a été rapportée par mon père et quelques témoins (celles qui étaient simplement posées sur terre et non scellées)( ??). L’article du journal, quant à lui, parle des pierres verticales qui auraient été descellées, elles, et seraient tombées sur les dalles, ce qui pourrait peut-être avoir été suffisant pour les briser, au moins pour certaines d’entre elles… Peut-être les deux phénomènes ont-ils été associés ?… […]. On aurait retrouvé dans les champs alentour des morceaux de pierre, crucifix, pots de fleurs… Puis elle aurait traversé les champs pour passer devant notre maison (c’est là que je l’ai moi-même vue) en nous raflant au passage nos deux grosses poubelles de jardin (que l’on a retrouvées à plusieurs centaines de mètres de là, dans la campagne alentour). Des témoins auraient vu ainsi de loin la tornade passer devant chez nous. Mon père m’a dit qu’elle nous aurait endommagé un peu le toit et détruit notre cheminée (probablement des projectiles). Elle aurait ensuite traversé encore les champs au-delà de chez nous jusqu’à l’école de Matha où elle aurait là encore causé des dégâts (matériels uniquement, il ne devait y avoir personne à l’école ; je n’ai pas plus de détails). Sur la route d’Angoulême, elle aurait renversé un poids lourd qui avait eu le tort de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment, puis on l’aurait vue s’éloigner encore au-delà dans la campagne. Tous les autres dégâts inévitables (arbres cassés, champs de blé ou autres cultures aplatis d’après le journal…) auraient permis de la suivre et de reconstituer son trajet. J’ai l’impression que sa force a du fluctuer au cours de son trajet, et que c’est surtout sur la partie sud de Matha qu’elle aurait été la plus importante.
Heureusement, il semble qu’elle soit ainsi passée essentiellement à des endroits peu habités (champs, cimetière) ou temporairement déserts (école). Jamais directement sur une maison d’habitation en tout cas.
J’ignore enfin si quelqu’un l’a vue se dissiper et à quel endroit cela a fini par se produire. »

Témoignage de Nicolas Baluteau (membre fondateur de Ouest-orages), tel que transmis à François Paul

 

[1] A la réflexion, il est tout à fait possible que cette tornade ait parcouru un trajet nettement plus long que pensé initialement, des témoins l’ayant vu apparemment de très loin poursuivre encore sa route. Il est donc possible qu’elle ait duré réellement une quinzaine de minutes, et qu’elle ait parcouru non pas 1 ou 2 kms, mais 5-6 voire davantage…



 


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