Microrafale à Saint Thomas de Conac le 9 juin 2014

 

 

Dans le courant de la nuit du 8 au 9 juin, vers 3 h du matin, dans le contexte d'un remarquable épisode supercellulaire sur l'Ouest et le Nord-ouest de notre pays, une violente microrafale cause des dégâts sur le secteur autour de Saint-Thomas-de-Cornac dans le sud de la Charente Maritime... 

 

 


Date, horaire            9 juin 2014 vers 3 h locales
Phénomène              Microrafale
Durée
                       Inconnue précisément (peut-être moins de 10 minutes) 
Intensité estimée    Violente (100-120 km/h) à très violente (> 120 km/h)
Intensité moyenne  Inconnue 
Mesures locales      Inconnue



LOCALISATION ET DIMENSIONS DE LA ZONE DE DEGATS

Localisation             Commune de Saint-Thomas-de-Conac (17) : diverses zones de dégâts sur La Métairie, la D145 (deux zones de concentration), la D145E6, La Trigale, La Gassière, Sous le Bourg, Chez Vieuille et sur l'agglomération de Saint-Thomas elle-même.
Dimensions              3,5 kms X 3,5 kms
Altitude moyenne    Sur le secteur : 35 m. Saint-Thomas est situé sur un petit promontoire à 72 m environ dans un environnement d'altitude nettement plus basse, à 4 kms à vol d'oiseau de l'estuaire.
Type de terrain       
Paysage rural relativement boisé, surtout au sud de l'agglomération. Au nord prédominance de champs cultivés avec très peu d'habitations



DESCRIPTION

Dégâts                      Principalement sur les toitures et sur la végétation, notamment une peupleraie. Plusieurs toitures d'habitations et de constructions ont été arrachées sur de grandes surfaces et 240 m2 de tivolis installés en prévision d'un festival de country ont été détruits. Nombreux arbres cassés, étêtés, certains déracinés. Des lignes à moyenne tension ainsi que des lignes téléphoniques ont été touchées. Une citerne a été renversée par le vent sur une maison d'habitation...

Contexte                  Durant cette nuit du 8 au 9 juin un contexte fortement explosif est déjà en place depuis plusieurs jours. Une dépression très creuse centrée sur l'Irlande et un anticyclone calé sur l'Europe Centrale provoquent en effet l'écoulement sur notre pays d'un flux de S/SE très chaud venu d'Afrique dont la rencontre avec le flux plus frais des littoraux atlantiques entraîne à son tour une convergence de vents et un conflit de masses d'air génrateur d'orages violents. Durant cette nuit du 8 au 9 juin, un remarquable supercell outbreak frappe alors l'Ouest et le Nord-ouest du pays, durant lequel au minimum 10 à 15 supercellules sont identifiées et validées. Plusieurs d'entre elles se sont succédées en région parisienne, avec des grêlons géants notamment en Val d'Oise et dans les Yvelines, avant d'aller frapper le NPDC et se décaler en Belgique. En milieu de nuit vers 2-3 heures, deux nouvelles structures puissantes frappaient les deux Charentes, causant des dégâts notamment dans le sud 16 avec 130 km/h relevés dans le Cognaçais sous d'autres rafales descendantes.  (voir notre billet-synthèse)

Phénomènes asso. Pas de pluie sur place, contrairement à la plupart des autres épisodes locaux recensés durant cette nuit notamment à Saint-Dizant-du-Gua, Saint-Fort et Lorignac. Toutefois 25 mm seraient tombés non loin avec un peu de grêle.

Commentaire           -




Recenseur             Ouest-orages (enquête et photo Patrick Lemauft]
 


 

       Nous contacter

 








Localisation du phénomène

 




 Traces et dégâts

 

Carte du trajet






Carte du trajet


La carte établie par Patrick Lemauft montre bien l'étalement des dégâts sur une superficie d'environ 3,5 kms sur 3,5 kms. Les zones de dégâts rapprochés peuvent correspondre à des intensifications plus locales, mais on remarque aussi que ces concentrations concernent essentiellement les zones habitées. Les arbres se trouvaient presque tous couchés dans le sens Sud-ouest/Nord-est.

Les arbres sont pour la plupart couchés dans la même orientation Sud-ouest/Nord-est, hormis dans le sous-bois de la peupleraie où très localement, on rencontre de véritables enchevêtrements de troncs et de branches orientés dans plusieurs sens. Bien qu'intrigant, un tel effet "mikado" reste probablement du à la violence de la chute des arbres les uns sur les autres déviant leur trajectoire en cours de chute. Notons que lorsqu'elles s'avère très locales et éparses dans un ensemble général où prédomine un sens précis, ces multiplication des sens de chute ne contredisent pas forcément l'hypothèse d'une seule microrafale. En effet, de multiples causes locales peuvent engendrer de tels résultats, comme la présence d'arbres aux racines unilatéralement défaillantes.
Nous conservons un léger doute quant à la possibilité que cette rafale descendante ait pu au moins très localement s'accompagner d'un phénomène tourbillonnaire, comme le suggèrent également les montants vrillés et supports de bâches broyés rapportés par le quotidien Sud-Ouest. Toutefois ces "indices" sont trop légers pour que l'on puisse aller au-delà de la simple hypothèse.



                                                          
                                                    
Carte de la localisation des dégâts - Etablie par Patrick Lemauft sur fond Google Earth
 

 


 

 Photographies des dégâts


Voici quelques clichés pris par Patrick Lemauft au cours de son enquête sur le terrain, complété d'un cliché publié par Sud-ouest.


       
Photos 1, 2, 3 : poteau EDF penché par le vent  /  Toiture d'un hangar agricole en grande partie arrachée  /  Toiture de construction en dur partiellement et très localement arrachée - photos Patrick Lemauft

       
Photos 4, 5, 6 : peupliers étêtés et brisés  /  Lisière de la peupleraie côté route en direction de Saint Thomas  /  En pleine peupleraie, 3 sens de direction de chute- photos Patrick Lemauft

       
Photos 7 et 8 : Toiture de maison d'habitation dont les tuiles ont soulevées -photo Patrick Lemauft / Citerne renversée sur une maison - photo Gérard Mounier pour Sudouest.fr

 


 

Témoignage(s)


Notre enquêteur Patrick Lemauft s'est entretenu sur place avec un témoin qui lui a confirmé le passage bref vers 3 h du matin. La personne lui a déclaré que "le vent l'a brusquement réveillé en sifflant dans les volets et en faisant tomber son citronnier dans la cour de la maison, sans pluie."

La durée mentionnée est imprécise mais laisse entendre toutefois un épisode très bref, très certainement inférieur à 10 minutes voire à 5 minutes (au moins dans son pic d'intensité). Pas de mention de réelle brusquerie ou de durée ultra-courte (moins d'une minute, quelques secondes) pouvant laisser supposer un phénomène tourbillonnaire.


 

Contexte météorologique

 
Durant cette mémorable nuit du 8 au 9 juin, une dégradation orageuse circule entre le Bordelais et l'Aisne en passant par le bassin parisien, avant de s'évacuer ensuite vers la Belgique. Elle prendra vite la forme d'un véritable supercell outbreak, avec au minimum 10 à 15 cas recensés, une première depuis l'essor de l'étude des supercellules en France. Le dernier outbreak connu remonte à 2009 et ses deux fameux épisodes des 11 et 25 mai. Ici, dans notre seule région plusieurs supercellules sont détectées en Gironde et Charente Maritime. Elles ont donné essentiellement des vents rectilignes violents (macro et microrafales) ainsi que de violentes chutes de grêle.
Depuis le 6 juin comme le montre la carte synoptique ci-dessous, la situation générale est au risque orageux permanent du fait de la situation de notre pays coincé entre une dépression très creuse centrée sur l'Irlande et un anticyclone calé sur l'Europe Centrale. Entre les deux s'écoule en flux de S/SE un air chaud venu d'Afrique qui a considérablement réchauffé l'atmosphère (16° à 850 hPa) faisant encore la veille en fin d'après-midi monter les températures au sol jusqu'à presque 34° (33°8 à Carpentras, 30.4°C à Bergerac, 30.6°C à Mont-de-Marsan, 31°C à Montauban).
Sur les zones de rencontre entre cet écoulement d'air S/SE subtropical et le flux maritime de SW plus frais en provenance de l'Atlantique, se développent alors en fin de journée les fronts orageux qui se succéderont durant plusieurs jours avant de gagner l'Est du pays à partir du 10 juin.

Ci-dessous, la carte d'impacts (milieu) donne une idée de l'intensité du foudroiement sur nos régions aux alentours de 3 h et l'image radar (à droite) révèle la très forte intensification sur le secteur de Saint Thomas-de-Conac.


 →  Voir aussi notre billet-synthèse

   
De gauche à droite : situation synoptique générale - carte Wettepate.de  /  Carte des impacts à 3 h 20 locales - Météociel  /  Image radar à 15 h locales - Météo60

 


 

 Médias


Article publié sur le site du quotidien Sud-Ouest (sudouest.fr) :

[SAINT-THOMAS-DE-CONAC RAVAGEE PAR LE VENT]
La commune de Haute-Saintonge a été touchée par de fortes rafales de vent. Sur la quarantaine d'interventions effectuées au cours de la matinée de lundi par les pompiers, une dizaine concernait Saint-Thomas-de-Conac. Une violente tornade s'est abattue sur le village dans la nuit, vers 3 heures. S'il n'y a pas eu de pluie, contrairement aux communes voisines de Saint-Dizant-du-Gua, Saint-Fort et Lorignac, le vent a endommagé de nombreuses toitures de maisons comme de bâtiments agricoles. Les lignes de moyennes tensions d'EDF ont été également touchées, ainsi que les lignes téléphoniques.[...]
Article intégral sudouest.fr
        

 

Tous droits réservés - Association Ouest-orages