1895 tornade F4 à Beaucamps-le-Vieux (80) le 10 août vers 17 h 30 locales

 

 

Le 10 août 1895 vers 17h30 locales, au passage de noyaux convectifs très actifs sur le NW et le nord de la France et la Belgique, une très puissante tornade affecte le secteur de Beaucamps-le-Vieux dans la Somme. Découverte par le recenseur Gwenael Milcareck, elle a été classée F4 par ce dernier au terme de longues hésitations. 
                                                                                           [recherches encore en cours]

 

 


Date, horaire           1895  17 h 30 locales
Phénomène             Tornade   
Intensité                   F4
Intensité moyenne  F2/F3 (?) 



LOCALISATION

Localisation             Beaucamps-le-Vieux (80)
Formation                 Inconnue précisément
Dissipation               A la hauteur du bois de Liomer (probablement dans sa portion SO), inconnue précisément
Altitude moyenne    170 m
Type de terrain       
Milieu urbain, petite agglomération puis zone forestière au NE.



TRAJET

Longueur trajet       7 kms
Orientation              Probablement SO/NE d'après certains éléments         
Largeur maxi           300 m d'après une source de l'époque (sans plus de précisions). Une autre source évoquerait une largeur de plusieurs kms.
Largeur moyenne   Inconnue



DESCRIPTION

Dégâts                      La tornade a violemment touché 3 rues de Beaucamps-le-Vieux en quelques minutes (la revue La Nature mentionne une durée de 3 minutes) sur un trajet d'une longueur de 7 kms (mentionnés par Le Pélerin du XXème siècle). Les constructions endommagées sont au nombre de 60 à 70. La plupart ont eu leur toit enlevé et au moins des murs lézardés et une partie d'entre elles est considérée comme entièrement à reconstruire. Sur l'église le choeur et le clocher sont tombés, les cloches projetées à quelques mètres, l'orgue endommagé. Des objets lourds (poutres de 3-4 m de long) sont projetés et traversent les toits comme des lances. La toiture de l'école est arrachée d'un seul tenant et projeté dans le jardin. Les arbres sont "réduits en miettes" ou arrachés. Certains d'entre eux sont transportés à des centaines de mètres et projetés sur les toitures. Il semble que la tornade se soit arrêtée à la hauteur du bois de Liomer mais ce dernier aurait également souffert.
C'est à la hauteur des bâtiments situées juste derrière l'école que la tornade a semble-t-il atteint son intensité maxi. En effet, un édifice catholique aurait vu soulever jusqu'à son plancher arraché "d'un seul bloc" et surtout un établissement construit en briques il y a 3 ou 4 ans, l'asile Duplant, aurait été "entièrement rasé". C'est ce dernier constat qui a fait hésiter sur le classement. Le classement F5 a été vite abandonné, non seulement à cause des détails manquants précisant l'arrachage ou non des fondations mais également en rapport avec le type de construction de cet édifice : les murs en briques étant en effet moins solides que les murs en pierre, on suppose qu'ils ont du s'effondrer et entraîner avec eux toute la structure, d'où le classement maxi F4(T6 ?) finalement retenu.

Bilan humain             Quelques blessés sont mentionnés, par la chute des toitures. Nous n'en connaissons pas le nombre exact. Aucun décès n'est à déplorer (la tornade ayant frappé un dimanche, l'école était heureusement vide ce jour-là).

Contexte                  Le contexte météorologique a pu être étudié dans le détail (voir en dessous). A la mi-journée de ce 10 août 1895, plusieurs orages se déclarent dans notre pays (Bordeaux, Nancy...). Dans la portion nord, une probable ligne de supercellules évolue de la Normandie, Seine-Maritime notamment, jusqu'à la Belgique. Les dégâts sont lourds, dus au vents violents, à la grêle (grêlons de 250-300 grammes sur le secteur de Beaucamps, jusqu'à 500 g d'après certaines sources) et aux cumuls de pluie. Une autre tornade très puissante cause d'énormes dégâts en Belgique vers 9 h du matin (11 h aujourd'hui) sur toute la région traversée par la Lasne, heureusement sans faire de victimes humaines (dossier Belgorage)

Commentaire           Ce cas de F4, encore inconnu sur les bases de données disponibles en ligne à l'heure de rédaction de cette fiche, démontre de façon éclatante qu'il reste bien des cas puissants à découvrir dans notre pays même sur un passé relativement proche (extrême fin du XIXème siècle). Son caractère très localisé, sur quelques kms seulement et une petite commune peu médiatisée, a pu contribuer à bloquer sa médiatisation à l'époque. 
Un certain nombre de facteurs (durée très courte, trajet apparemment délimité et très peu large*, certains détails comme le plancher arraché d'un bloc, le bâtiment entièrement rasé, les poutres transformées en projectiles, présence d'autres tornades validées en Belgique...) nous ont fait considérer l'évènement comme une puissante tornade. Nous n'oublions pas toutefois qu'à l'instar de la plupart des cas anciens, en l'absence d'observation directe et de possibilité de vérification sur le terrain, la certitude absolue n'existe pas, surtout dans un tel contexte orageux très puissant où l'évènement s'est accompagné d'autres phénomènes venteux probables.

* Une autre source découverte ultérieurement mentionne une largeur de plusieurs kms.
 




Recenseur             Ouest-orages (enquête et recherches Gwenael Milcareck)
 


 

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Localisation du phénomène

 




Images des dégâts

 

 



Carte ancienne des orages du 10/08/1895





 

 Iconographie


Ce cas a heureusement été documenté visuellement. Une carte postale éditée en 1906, la gravure et la planche de photos ci-dessous montrent notamment les dégâts sur l'église. La plupart des dégâts sont de type F3 voire F2 (certaines constructions démolies paraissant de construction fragile). On peut supposer que le stade F4 n'ait été atteint que très brièvement, à moins que le vortex ne soit pas passé directement sur les secteurs : la seule largeur mentionnée (300 m) par Le Pélerin du 20ème siècle ne concerne probablement que la zone de dégâts. Un passage à proximité qui expliquerait également la "légèreté" de ces dégâts. On voit bien ici à quel point faute d'informations précises, il est délicat de classer des cas anciens.
 

             

1) L'église détruite - carte postale, éditeur inconnu, 1906  /   2) Gravure parue dans Le Monde Illustré n°2004 du 24 Août 1895  /  3) Photos parues dans l'Illustration n° 2739 du 24 Août 1895 

Image 2)
- Image en haut à gauche: l'église et le presbytère

- Image en haut à droite: une cour, rue de l'église
- Image au milieu à gauche: l'asile
- Image au milieu à droite: l'intérieur de l'église
- Image en bas à gauche: la rue de l'église
- Image en bas à droite: l'école

Image 3)
- Image en haut à gauche: l'église avant le cyclone
- Image en haut au milieu: l'église après le cyclone
- Image en haut à droite: l'intérieur de l'église
- Image au milieu à gauche: un herbage dévasté
- Image au milieu à droite: l'asile et le cercle catholique
- Image en bas: la cour d'une ferme






Médias, témoignages


Le compte-rendu des dégâts rapportés par les revues La Nature (date d'édition inconnue) et La Croix a été synthétisé ci-dessous par G. Milcareck. On notera au passage que la spectaculaire destruction de l'église et de plusieurs édifices religieux ou appartenant à l'Eglise ont valu à ce cas d'être relayé par nombre de sources religieuses.

"En 3 minutes, trois rues de Beaucamps-le-Vieux étaient complètement dévastées. Il ne reste plus de la plupart des constructions de ce quartier que quelques-unes debout, les autres sont, ou à peu près, entièrement à reconstruire. L'église en particulier a été fortement endommagée, le chœur est tombé, il ne reste que la nef qui n'a pas eu trop à souffrir ; le clocher se trouvant à l'extrémité de la nef est également tombé ; les trois cloches, d'un poids énorme, et toute la charpente ont été projetées à quelques mètres, écrasant en partie une maison d'habitation située à côté. L'orgue a été détérioré par les décombres. Dans une maison attenant à l'église, une poutre de 4,5 m de long, provenant du clocher, est entrée par un châssis de la toiture et est allée ressortir de l'autre côté. La mairie et les écoles ont eu aussi à souffrir de ce désastre. La toiture des classes, sur une longueur de 22 m, a été enlevée d'un seul morceau et projetée dans le jardin. Une porte d'entrée d'une classe a été également enlevée avec son chambranle, et est allée tomber sur les tables des élèves au milieu de la classe. Derrière cet édifice, un établissement construit en briques il y a 3 ou 4 ans, appelé asile Duplant, et devant servir d'hospice, a été complètement rasé ; un cercle catholique situé à côté n'a pu résister au vent et est détruit aussi de fond en comble ; le plancher a été arraché d'un seul bloc. Le nombre de constructions endommagées et dont la grande partie ont eu soit la toiture enlevée, soit un pignon abattu et les murs lézardés, est d'environ 60 à 70. Les rues du village offrent un spectacle lamentable, partout on ne rencontre que des amas de poutres, solives, feuilles de voliges, tuiles, ardoises, etc. Le nombre de carreaux à remplacer est inappréciable. Plusieurs personnes dont les maisons sont tombées ou menacent de tomber en ruine, ont été obligées de déménager et se sont trouvées sans asile. Les arbres fruitiers, pommiers, poiriers, situés dans les jardins et les herbages des alentours du pays sont réduits en miettes ou arrachés : dans certains plants, sur 100 ou 150 arbres qu'il y avait, il n'y en a plus debout (tordus, déracinés ou brisés). Certains arbres furent transportés à des centaines de mètres et jusque sur les toitures des bâtiments. Les poteaux télégraphiques ont été renversés. Le bois de Liomer paraît avoir été le point d'arrêt du cyclone mais le bois a également souffert. En pleine forêt, des arbres de forte taille, garantis du vent par des taillis, ont été déracinés et couchés."
(extrait du dossier de G. Milcareck, d'après les publications La Nature et La Croix, dates d'édition inconnues) 
       

 


 

Contexte météorologique


Contexte général

La première décade du mois d'Août a été globalement humide et fraîche sur le nord de la France à cause d'une dépression centrée bien à l'ouest des îles britanniques. Le 10 août, la dépression s'écarte vers l'Atlantique et remonte de la chaleur de l'Espagne et du Sud de la France, ce qui adoucit considérablement l'atmosphère de cette journée. Le flux de secteur sud-ouest est très dynamique principalement sur l'ouest du pays. Entre la masse d'air beaucoup plus fraîche alors en position sur le proche Atlantique et les bouffées d'air très chaud remontant du Maghreb le conflit de masses d'air allait alors générer des orages violents.
D'après les écrit de M. A. Lancaster, la température atteint 24°C en Belgique (source Belgorage).

La reconstitution du contexte météorologique s'appuie sur les sources suivantes :
- Bulletin de la société linnéenne du Nord de la France, Tome 13 (1896-1897)
- La Croix, édition du 17 Août 1895
Reconstitution des dégâts :
- La Nature, Revue des sciences et de leurs applications aux arts et à l'industrie (1895, 2e semestre)
- Le Pèlerin du 20e siècle
- La Croix, édition du 17 Août 1895


       
De gauche à droite : géopotentiels du 10/08/1895 à 12 h UTC - Wetterzentrale  /  Jet stream du 10/08/1895 - Wetterzentrale  /  Carte ancienne des orages du 10/08/1895 - Bureau central Météorologique de France, annales 1895 T1, Pl. A.8


Déroulement de l'épisode

A la mi journée, plusieurs orages se déclarent dans toute la France (Bordeaux, Nancy...). Nous nous concentrerons ici sur le déroulement au Nord de la France, traversé par une ligne orageuse dont la nature probablement supercellulaire a pu être approchée par élimination : la totalité des témoignages (non reproduits ici dans leur intégralité) mentionne ou laisse déduire en effet la présence simultanée de ruptures dans les lignes de dégâts, de gros grêlons (500 g poids maxi, diamètres relevés jusqu'à 8 cm), de précipitations abondantes (56 mm), d'une tornade puissante (F3/F4) et de rafales descendantes. Les ruptures dans la ligne des dégâts révélatrices de zones sans orages excluant les complexes orageux de type MCS, MCC... nous permettent donc de conclure à une très probable ligne de supercellules.

-  16h00 :  les premières cellules orageuses se forment en Haute-Normandie et en Basse-Normandie. A Lisieux (en bleu), des grêlons de 300 g sont tombés pendant 1/4 d'heure.
-  16H30 : de nouvelles cellules orageuses et grêligènes se forment dans la Seine-Maritime. A Saint-Victor-l'Abbaye (rouge), les grêlons variaient entre 4 et 8 cm (poids entre 120 et 250 g). A Dieppe (vert), la grêle a fait d'énormes dégâts. 
- 17H00 : la cellule orageuse de Lisieux (bleu) frappe la région de Rouen. De nombreux arbres sont déracinés, les grêlons ont la taille d'un oeuf de pigeon et des cheminées d'usines sont renversées par le vent ou la foudre. Nous perdons ensuite la trace de cette cellule. La cellule orageuse de Saint Victor (rouge) prend de la vigueur: les grêlons pèsent jusqu'à 500 g.
- 17H30: la cellule de Saint-Victor (rouge) atteint son paroxysme. Une tornade frappe Beaucamps-le-Vieux et Liomer. De nombreux dégâts dus à la grêle sont relevés. La cellule de Dieppe (vert) se développe également bien qu'elle soit moins forte que sa voisine. L'orage n'est plus grêligène mais pluvieux. De nombreuses rues, maisons sont inondées au Crotoy et à Cayeux. 56 mm au pluviomètre à Rue.
- 18H00 : nous perdons la trace de cellule de Dieppe (verte). La cellule de Saint-Victor (rouge) maintient son potentiel venteux et ravage plusieurs villages. De nombreux arbres sont déracinés, le clocher de Camps-en-Amiénois est tombé, le moulin a vent de Métigny est renversé et une cheminée d'usine d'Airaines s'est écroulée. La cellule de Lisieux (bleu) refait son apparition dans la Somme, entre Poix-de-Picardie et Moreuil. La nature des dégâts est inconnue.
- 18H30, la cellule de Saint-Victor (rouge) continue de ravager les villages de la Somme. Son potentiel venteux reste intact. De très nombreux arbres sont déracinés et la forte pluie qui l'accompagne inonde les campagnes et les rues. On observe toutefois un essoufflement de la cellule après Flixecourt puisque le report de dégâts diminue. La cellule de Lisieux (bleu) continue son chemin et frappe Amiens. Peu de dégâts.
- 18H45 :  la cellule de Saint-Victor (rouge) perd en intensité. La cellule de Lisieux se dissipe dans les environs de Bray-sur-Somme. Une nouvelle cellule orageuse (orange) apparaît à Rollot (Est de la Somme). Elle est probablement née dans l'Oise.
- 19H00 :  la cellule de Rollot (orange) prend de l'ampleur. De nombreux dégâts sont signalés mais la nature de ceux-ci est inconnue.
- 19H30 (carte ci-dessous) : la cellule de Rollot (orange) traverse l'Aisne. Nous perdons sa trace. Une très forte chute de grêle et de pluie est reportée à Arras mais nous ne connaissons pas l'origine de cette averse.
 


Nous n'avons pas (ou peu) de renseignements sur les départements de l'Aisne, l'Oise, le Nord et le Pas-de-Calais puisque aucune étude n'a été faite sur ces départements. Néanmoins, les orages réapparaissent plus tard en soirée en Belgique où une tornade se forme entre Plancenoit et Wavre.
Pour la cellule orageuse de Lille (en violet), nous ne savons pas à quelle heure elle a eu lieu. D'après certaines sources, elle aurait eu lieu à 17H00, d'après d'autres à 20H00.

 


 
Merci à Gwenael Milcareck pour ses recherches et sa documentation, à Thundik 81 (pseudo) et François Paul pour les références
(références et documents ne figurent pas tous sur cette fiche)

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