BDD/ALMANACH Deux années marquantes pour ce 15 juillet : 2003 et... 1598 ! [15/07]

La date du 15 juillet évoque bien sûr l'année 2003 avec sa violente dégradation orageuse sur une bonne partie de l'ouest du pays, prolongée le 16 notamment sur nos régions avec une tornade vers Jonzac (17). Mais une autre date a récemment ressurgi du lointain passé : un probable sermon nous a en effet révélé un épisode de vents convectifs d'une violence exceptionnelle survenu en Poitou le 15 juillet 1598, front de rafales ou macrorafales voire possible cas de puissante tornade encore inconnue des bases de données. Certains détails ahurissants ne peuvent qu'interroger, même si le caractère indirect et non scientifique des témoignages incite à la prudence. Attardons-nous sur cet épisode.



Ce compte-rendu écrit de ce qui semble être un sermon, édité à Paris par François Duchesne et reproduit dans le numéro 141 du périodique le Picton de Juin 2000, consacre une bonne partie de son corps de texte à la description détaillée d'une très grosse dégradation orageuse avec foudre, grêle et vents violents, véritable catastrophe qui s'est abattue sur la Vendée, les Deux-Sèvres et la Vienne. C'est vers 10h du soir (heure locale mentionnée par le document) que l'orage se déclare brutalement dans un ciel initialement serein à Mauzé non loin de La Rochelle, pour vraisemblablement se décaler ensuite vers l'Est/NE où il va prendre une ampleur exceptionnelle notamment sur le Poitou.
Le récit de certains dégâts, même en tenant compte d'une possible déformation dans le sens de l'exagération et du caractère indirect des témoignages, laisse pantois :

A Poitiers une partie de la toiture du palais est emportée ("un quartier et plus") de telle sorte, précise le texte, qu'il n'en reste que les murs ("la muraille"), la charpente et autres matériaux ayant été éparpillés en divers endroits. L'église Sainte-Radegonde est elle aussi sérieusement endommagée ainsi que de très nombreuses maisons. Cheminées, arbres (noyers) et haies sont arrachés "de fond en comble". Dans la campagne environnante, on mentionne de gros arbres arrachés et transportés hors de leur localisation initiale.

A Châtellerault les deux clochers sont abattus et aux alentours, un témoin rapporte que les cloches de l'église de son bourg (non nommé) ont été emportées. L'une aurait été retrouvée dans un champ et l'autre serait tombée dans une maison près d'un lit (!).



 


Image d'illustration : tornade à St Mary le Bow, Chris Chatfield - source : TORRO

A Candé le clocher est incendié et les cloches fondues ("en sorte qu'il trouve rien d'icelles"). L'incendie aurait perduré trois jours jusqu'à combustion complète du clocher sans qu'on ne puisse l'éteindre. Ici bien sûr on ne peut plus parler du vent : dans la mesure où on suppose cet incendie non-criminel, la foudre en est le responsable le plus probable.

A Loches enfin, on mentionne que le château est gravement endommagé ainsi que le pont d'un autre château.

Sans localisation précise, le texte va même jusqu'à évoquer le "transport" à plus d'une grande lieue de plusieurs cavaliers ou courriers à cheval, seules victimes humaines mentionnées du phénomène.
Enfin, précisons que moins d'une semaine auparavant, le 9 juillet un autre violent épisode orageux avec vents destructeurs frappait en Saintonge avant de concerner -au mieux- une bonne partie du pays.  


Plusieurs remarques viennent à l'esprit à la lecture de ce texte :

- D'une part s'agissant d'un probable sermon, l'auteur du texte ne rapporte pas la chose de façon neutre comme l'aurait fait un scientifique. Il relie au contraire cette catastrophe à un châtiment divin incitant à la repentance, et cherche donc manifestement à marquer les esprits. D'où une possible exagération-déformation plus ou moins volontaire des récits des témoins, dont il nous faut bien sûr tenir compte en plus du caractère indirect des-dits témoignages.

- Comme souvent sur les textes anciens, notamment ceux antérieurs au XVIIIème siècle, de nombreux dégâts sont imputés à la foudre, un phénomène qui bien sûr marque les esprits et reste repérable même lorsqu'on est calfeutré chez soi. En réalité, la majeure partie de ces dégâts est vraisemblablement due aux vents violents ou à la grêle et surtout certains d'entre eux, notamment sur Poitiers et Châtellerault (le "palais" à la toiture entièrement arrachée avec sa charpente dont il ne resterait que les murs, les cloches transportées et retrouvées à grande distance...), évoquent clairement une tornade de grande puissance, la charpente entièrement arrachée laissant même supposer un classement minimum F2. Le transport de cavaliers à grande distance achève de compléter ce tableau hallucinant. L'hypothèse de rafales descendantes d'ampleur inédite n'est pas exclue non plus, en l'absence de mentions explicites de soulèvement direct de ces objets par le vent, et compte tenu également de la largeur de la bande de dégâts estimée à 800 m sur Poitiers et entre 1,7 km et 10 kms (incluant les bois environnants) sur le secteur de Châtellerault.
Les archives météo ne remontant pas au-delà de 1850, il nous est malheureusement impossible d'analyser la configuration météorologique du jour, mais quoi qu'il en soit, nous avons affaire là à un épisode de vents convectifs, rectilignes et(ou) tourbillonnaires, d'une intensité exceptionnelle.

- En supposant qu'il y ait eu tornade, on peut alors se demander bien sûr comment une telle tornade aurait pu ne pas être vue. Comme pour bien d'autres cas similaires, le fait peut s'expliquer par l'occurrence nocturne de l'épisode, qui aura pu paradoxalement masquer le phénomène aux regards. En outre, comme cela arrive également fréquemment, le ou les phénomènes tourbillonnaires ont pu se faire accompagner, précéder ou suivre par des phénomènes venteux rectilignes localisés ou plus généralisés (front de rafales...), qui eux-mêmes à leur tour rendent plus difficile encore l'identification exacte de chaque phénomène. Un type de configuration que l'on a souvent retrouvé pour d'autres cas, notamment le grave épisode de Juillet 1983 en Poitou-Charentes.
 

 


 

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