21/11 Tornades et tubas à répétition ces derniers jours dans la région : faut-il s'en inquiéter ?

Ce mois de novembre aura vu se développer dans la région un certain nombre de phénomènes tourbillonnaires en Vendée et sur les deux Charentes, dont heureusement la majeure partie a été d'intensité faible voire nulle. Toutefois leur nombre et surtout leur médiatisation auront suscité quelques réactions inquiètes auxquelles ce billet tente de répondre à l'aune de l'expérience et des données du recensement.


Ce mois de novembre 2014 se situe dans le prolongement d'un automne particulièrement doux, pluvio-orageux et qui se sera distingué par le nombre d'épisodes de pluies stationnaires dans le SE du pays. A partir du 10 novembre, les remontées douces et humides provoquées par la descente d'un talweg vers l'Espagne déstabilisent à nouveau le temps sur le SE de la France, déclenchant de nouveaux épisodes cévenols et méditerranéens catastrophiques.
Ce que l'on sait moins, c'est que durant tous ces jours le profil atmosphérique instable et cisaillé sera propice au développement de phénomènes tourbillonnaires sur l'ouest du pays, lesquels se manifesteront le 10 (tuba vers l'île d'Yeu), le 14 (petite tornade à Tiffauges, 85), le 16 (tornade vers Ségonzac, 16) et le 17 (tuba ou tornade entre La Barre-de-Monts et Noirmoutier, 85). A ces phénomènes de faible intensité, survenus dans la deuxième moitié de mois, s'ajoute la tornade d'Arvert (17) du 3 novembre, au moins 18 kms parcourus et d'une intensité déjà plus significative (F1, arbres arrachés, toitures endommagées...), et deux autres tubas le lendemain 4 novembre, dans la Vienne et en Charente Maritime. Effectivement, ça fait du monde...

       
 Tuba ou possible tornade photographié(e) le 4 novembre 2014 dans le NE de la Vienne - © Cisco (pseudo)  /  Arbre renversé sur une voiture à Arvert le 3/11- photo Lionel Degremont  /  traces laisées par la tornade dans un champ de maïs aux bords de la D141 près d'Arvert le 3/11 - photos Patrick Lemauft


       
Tornade le 14 novembre sur le secteur de Tiffauges en Vendée, vers 17 h locales - © Cédric Néau, publiée par Ouest-France / 
Tuba allongé photographié depuis l'île d'Yeu (85) en direction du S/SW de l'île le 10 novembre 2014 - © Mélodie Taraud  /  Capture d'écran de la vidéo du tuba ou probable tornade entre Ségonzac et Cognac (16) le 16 nov au matin - © Benoît Baudry pour Kéraunos


Mais répétons-le encore une fois. Non ce type d'épisode n'est pas exceptionnel dans nos régions littorales et notamment en Poitou-Charentes, et ce même pour un mois de novembre. Il est compréhensible qu'en découvrant cette réalité pour la première fois le néophyte puisse en éprouver quelque crainte, mais notre époque est suffisamment anxiogène comme cela pour ne pas accumuler d'inquiétudes -pour l'instant- non justifiées. Pour contrer ces ressentis, qu'il s'agisse de météo ou d'autres disciplines, rien de mieux que de remonter le temps et prendre, ici, un salutaire recul climatologique. Embarquons donc pour un petit voyage dans le temps avec quelques étapes régionales sélectionnées, à commencer par le mois de mai dernier :

- Les 19 et 21 mai 2014 : un tuba de taille respectable à Thouars (79) et 2 tornades : F1 à Mensignac (24) et probable F1 à Cherves-Chatelars (16). Sachant que 3 autres cas sont encore à l'étude et que la fin du mois aura vu 4 autres tubas...
- Du 26 février au 3 mars 2014 : un tuba vers La Tranche-sur-Mer (85) et pas moins de 5 tornades : F0 à Laurières (87), F1 à Châteauneuf-sur-Charente (16), F0 à Chenay (79), F1 à Breuillet (17) et enfin F1 à Luçon (85) de loin la plus médiatisée de toutes
- Le 4 novembre 2013 : 4 tornades en Charente, Charente Maritime et Dordogne
- Le 29 septembre 2013 : épisode de 4 tubas en Deux-Sèvres, Vendée et Charente
- Les 1er et 2 mai 2013 : épisode d'au moins 10 tubas sur la Vendée, les Deux-Sèvres, la Vienne et la Charente Maritime
- Le 25 septembre 2012 : 2 tornades en Charente Maritime
- Lors d'une nuit d'août 2010, 4 tourbillons, vraisemblables gustnadoes, causent des dégâts sur les îles charentaises
- Mois de mai 2008 : pas moins de 32 (!) tubas en tout (dont l'un a très probablement fait un touch down) et une trombe marine en Vendée et en Charente Maritime
- Le 1er janvier 2007 : petit tornado outbreak sur l'ouest de la France (6 à 7 cas en tout ) dont 4 dans la Vienne, en Haute-Vienne, en Vendée et en Charente
- Nuit du 7 au 8 août 1999 : 3 tornades en Charente Maritime (dont pour l'une à Doeuil-sur-le-Mignon, nous possédons la documentation en privé sans l'avoir encore mise en ligne)
- Le 2 janvier 1998 : 4 tornades en Charente Maritime, en Gironde et dans la Vienne...

On arrête ou on continue ? Sachant qu'ici, on ne parle que des cas en série en éludant tous les autres cas plus isolés dans le temps, qu'au-delà de 2012 je n'ai retenu que les cas les plus marquants et que, de plus, on ne s'intéresse qu'à notre région centre-Ouest (ce mois de novembre deux tornades répertoriées sur le Nord-Pas-de-Calais, une trombe marine entrée dans les terres en Corse..).


      
L'un des tubas photographiés à Bouin (85) le 15 mai 2008 - ©  Lionel Degremont  /  Etrange sculpture naturelle laissée par une tornade sur le secteur de Breuillet (17) le 28/02/2014 - © Lionel Degremont / Graphique montrant la corrélation entre la hausse des recensements et l'essor des nouvelles technologies et réseaux sociaux - Gwenael Milcareck pour Ouest-orages


Bon inutile, je pense, d'aller plus loin : on voit déjà d'emblée que la chose est relativement "familière", sans pour autant qu'il faille s'inquiéter. C'est même au contraire cette régularité qui devrait avant tout rassurer.

Comment ? Nous côtoyons ces phénomènes depuis toujours et je n'ai pas encore vu une vache voler ?
Oui, et c'est tout à fait normal : si la fréquence des tornades est beaucoup plus élevée qu'on ne le croit chez nous c'est un fait, en revanche leur intensité, longévité et dimensions moyennes sont bien moindres en Europe de l'ouest qu'aux USA, d'où la très faible probabilité d'en être un jour témoin ou victime. Déjà, premier point.
Ensuite, quelles autres remarques et enseignements pouvons-nous tirer de cette petite rétrospective ?

  Cette fréquence locale (qui rejoint celle déjà anticipée dans cette étude sur les deux Charentes) doit être considérée à l'échelle locale. Cette zone autour des Charentes reste probablement l'une des plus touchées de France pour la fréquence des phénomènes. Ce qui signifie bien sûr qu'en d'autres régions notamment les zones à fort relief, le phénomène est beaucoup plus rare.

  On ne rappellera jamais assez le rôle joué par l'essor des réseaux sociaux dans l'augmentation du nombre de cas très faibles et des tubas (cf. graphique plus haut).

 Dans la liste au-dessus, on remarque que la rupture chronologique survient dès que l'on remonte en-deça de la création de Ouest-orages fin 2012-début 2013. Certes nous pouvons nous accorder un petit satisfecit pour la couverture de la région ça fait toujours du bien, mais ce n'est pas la seule raison.
Ces dernières années marquent en effet une véritable nouvelle étape dans le recensement. En mai 2008 émerge le premier épisode de tubas ou tornades très faibles, suscitant à l'époque l'étonnement général. Contrairement à leurs consoeurs plus violentes dont la proportion croît au fur et à mesure qu'on remonte dans le passé, cette catégorie particulière des toutes petites tornades, qui ne causent au pire que quelques dégâts légers, ne pouvait jusqu'à présent qu'être estimée. Ajoutez ces cas seulement estimés aux cas recensés et vous verrez que les chiffres gonflent tout de suite !*
Or, durant ces deux dernières années clôturées par ce mois de novembre 2014,  pour la première fois la médiatisation encore exceptionnelle (surtout dans la région) autorise enfin un recensement direct et systématique de ce type de phénomènes, certainement appelé à se généraliser à l'avenir....

 Vous trouviez extraordinaire le fait de voir se former des tornades au mois de novembre ? Sur les 12 épisodes cités dans ce billet, 6 ont eu lieu entre septembre et février. Si l'on ajoute à cela le fait qu'une bonne partie de nos cas les plus puissants (F3, F4) ont eu lieu en hiver ou en automne, on voit tout de suite à quel point une poignée de petites tornades en novembre n'a rien d'extraordinaire dans nos régions. Les littoraux atlantiques et méditerranéens sont en réalité sujets aux orages et trombes hivernales.

 Enfin, rappelons que ce type d'épisode est encore -quoi qu'on en dise- mal cerné et(ou) occulté par les prévisionnistes surtout généralistes. Certes on comprend d'une part les priorités accordées sur les cartes de vigilance comme celle du 4/11 citée ci-dessous, et d'autre part les risques d'incompréhension que pourrait rencontrer chez le public français une véritable prévision de tornade. Mais, non évoqués et non attendus, ces phénomènes surprennent systématiquement quand on voit soudain débouler leurs dégâts ou leur portrait dans les médias, avec toujours à chaque fois cette impression de "première fois".  L'impact psychologique ainsi produit n'est pas négligeable et il n'est peut-être pas si paradoxal que la volonté même de préserver l'opinion publique puisse entraîner ce genre d'effets contreproductifs.
         

    
 Tuba ou tornade dans le NE de la Vienne le 4/11 - vidéo Cisco (pseudo)  / Tuba observé sur le secteur de Surgères le 4/11 à 17h11 - ©  Frédéric Nouard (origine du cliché non vérifiée)  /  Vigilance Météofrance lancée le 4 novembre à 16h05 pour les épisodes cévenols et méditerranéens du SE (à fort juste titre), et où le risque orageux et tourbillonnaire présent sur l'ouest reste discret.

* Dans les années 80 Jean Dessens estimait déjà le nombre moyen de tornades, toute intensité confondues, à 2 par an et par département. Sur la zone charentaise et les autres régions françaises les plus touchées, on peut envisager 5 ou 6 cas par an. Depuis déjà quelques années, on s'aperçoit que chaque cas plus important s'accompagne en réalité d'une poignée de petites soeurs très faibles, auparavant maintenues dans l'anonymat par les filtres médiatiques.


tornades en France

Tous droits réservés - Association Ouest-orages