REGION Saint-Mary et Cellefrouin : l'enquête révèle des rafales convectives [18/09]

Deux violents évènements venteux localisés, survenus le soir du 13 septembre dernier, étaient rapportés deux jours plus tard par la Charente Libre, à Saint-Mary et à Cellefrouin en Charente. L'un d'entre eux, via un témoignage visuel, laissait envisager sérieusement la possibilité d'une tornade. Or l'enquête a révélé un large couloir où tous les dégâts sont de nature rectilignes. On pense à une intensification locale due au relief particulier de la zone.

 

Le 13 septembre en fin d'après-midi et jusque tard en soirée, une forte dégradation orageuse frappait tout l'Ouest du pays entraînant la mise en vigilance orange de 16 départements (billet Ouest-orages sur l'évènement).
Dans le contexte de cette dégradation fortement pluvieuse et venteuse deux évènements localisés dans le nord-est de la Charente étaient rapportés deux jours plus tard par La Charente Libre, sur deux localités distantes de 6,5 kms l'une de l'autre sur un axe SO/NE.
A Saint Mary, où le vent a sinistré des toitures, étêté des arbres, brisé des vitres de 4 mm d'épaisseur, propulsé un salon de jardin à 30 m, "pulvérisé" un abri bus...    la durée de 12 minutes mentionnée par une personne interviewée laissait déjà entrevoir une violente rafale descendante ou tout du moins des vents convectifs intensifiés localement. A Cellefrouin par contre, le "transport" par le vent d'un petit chien de 4-5 kgs et surtout  la description du phénomène par la propriétaire du chien ("un truc en forme de V, comme un cône qui tournait en rond") en l'absence d'autres indices, laissait penser clairement à une tornade.

Or, notre enquêteur Nicolas Suanez qui s'est rendu sur les lieux dès le lendemain matin a constaté la présence d'un couloir très large, où tous les dégâts sont axés dans la même direction SO/NE. Cultures et herbes sont toutes couchées dans le même sens. Les arbres sont ébranchés sur une largeur de 700 m environ. Au-delà la zone de dégâts est dégressive et s'étend en totalité sur une zone de 5 à 10 kms de large. On ne peut donc parler de tornade et nous envisageons une probable accélération des vents par effet venturi (les deux communes sont situées dans une zone encaissée, entourée de reliefs). En outre, les témoignages de plusieurs personnes interrogées convergent vers cette version : ils parlent tous d'un vent qui soufflait déjà avant, et s'est renforcé au plus fort au moment où la pluie est arrivée. 
Notre enquêteur n'a malheureusement pas pu prendre de photo mais le constat a priori suffit pour nous en tenir là pour l'instant.


   
Arbre couché par une rafale descendante (photo d'illustration) - ©  Pierre Bonnel  /  Downburst* (image d'illustration) - localisation et auteur du cliché inconnus

  * Rafale descendante violente et très localisée. Cette illustration démontre au passage combien il est facile pour un témoin de confondre un type de phénomène non tornadique avec une tornade.
 

La question du rôle des témoignages 

Certes bien sûr, par le passé, certains cas très difficiles se sont présentés à nous, avec d'un côté des apparences très trompeuses laissant penser à de simples rafales convectives et de l'autre des témoignages évoquant clairement une tornade. Nous nous sommes ainsi retrouvés dans des contextes relevant d'une véritable enquête policière où nous devions démêler un écheveau complexe sans négliger la moindre piste exploitable.
Un cas en particulier, celui de Doeuil-sur-le-Mignon le 25 septembre 2012, a longtemps été considéré comme une rafale descendante, sur la base d'une enquête (menée par Kéraunos) qui a effectivement révélé les traces du phénomène avec toutes leurs caractéristiques. Or en parallèle, il se trouve que tous les témoignages recueillis (dont ceux du SDIS17 et d'autres très clairs dans la description) et tout un faisceau d'éléments trahissaient également une tornade, ce qui a priori paraissait contradictoire. Par la suite, l'enquête de Ouest-orages a pourtant confirmé ce soupçon en révélant le couloir d'une tornade d'intensité F1, à quelques centaines de mètres seulement du couloir de la microrafale. Les deux phénomènes s'étaient donc succédés sur une zone très locale (voir notre dossier). On notera que si les deux couloirs avaient été superposés, l'enquête n'aurait probablement pas abouti et le cas de tornade serait passé inaperçu ou serait considéré comme une simple hypothèse.
D'autres cas similaires nous ont depuis incités à la plus grande prudence quand des témoignages contredisent ainsi l'apparence du constat. Nous savons qu'ils peuvent ainsi révéler une réalité cachée et nous avons souvent insisté sur cette nécessité de ne jamais négliger de tels témoignages.

Mais attention, à Saint-Mary et Cellefrouin le cas de figure est radicalement différent car tous les éléments relevés convergent dans le même sens, et surtout à une échelle géographique large (de l'ordre du km) englobant les zones concernées, ce qui n'était pas le cas à Doeuil où les deux zones étaient extrêmement localisées. De plus ici, le témoignage reste unique, émanant de la propritétaire du chien emporté (l'autre indice qui nous avait fait hésiter). De plus, il faisait déjà nuit noire à l'heure où l'évènement est rapporté, dans un petit village où l'éclairage n'aurait probablement pas suffi à révéler le phénomène (notre enquêteur se trouvait déjà dans la région au soir de l'évènement).
Peut-être d'autres faits ou imprécisions nous parviendront-ils plus tard et nous amèneront-ils à reconsidérer nos informations : on ne peut non plus négliger par exemple une possible déformation des propos par le journaliste concernant la localisation exacte de cette possible tornade, qui peut très bien avoir été réelle mais s'être formée ailleurs.... ou un autre jour (!). En tout cas une chose paraît acquise, c'est qu'au soir du 13 septembre, les deux localités de Saint-Mary et Cellefrouin ont été victimes de vents convectifs violents qui se sont vraisemblablement intensifiés par la présence du relief.

La conclusion de l'histoire s'impose donc d'elle-même : dans ce type d'enquête comme pour quoi que ce soit d'autre, surtout ne jamais fonctionner avec des principes-recettes sans se questionner à chaque fois, dans un sens comme dans l'autre.

  → Cellefrouin : leur chien s'envole avec la tempête (La Charente Libre, publié le 15/09/2016, MAJ à 15h22
  → Saint-Mary : un village balayé par le vent (La Charente Libre, publié le 15/09/2016, MAJ à 13h54)
  → Billet compte-rendu Ouest-orages de la dégradation du 13/09/2016

  → Dossier sur les cas de tornade d'Aumagne-La Brousse et Doeuil-sur-le-Mignon (Ouest-orages, 2014)

 


 

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