Les minitornades... aux oubliettes !



Jadis, les choses étaient simples. On connaissait les coups de vent, les coups de vent de grains, les trombes... On avait des phénomènes orageux normaux, quoi. Et tout à coup vlan ! voilà que déboulent ces étranges OVNI appelés minitornades... Etrangeté, nouveau phénomène sur le marché, sûrement un coup du réchauffement climatique... 

                                                  


Oui, les minitornades, ça fait actuel ça fait je ne sais quoi, c'est bien joli mais ... c'est quoi ? ... Comment ? Se poser encore la question alors que c'est si fréquent, si simple à comprendre et si pratique que certains adeptes du terme s'obstinent à ne pas vouloir entendre parler d'autre chose ?...  Ben voui désolé, à l'heure d'aujourd'hui j'ai toujours pas compris ce que c'était, ni pourquoi c'est si pratique et si simple à comprendre. La minitornade, c'est comme la souris verte ou le furet : elle court elle court le long des articles de presse et publications en tout genre, sans jamais se laisser attraper ni par la queue ni par autre chose, échappant à toute définition précise et toute localisation sémantique. C'est une arlésienne, un horizon qui recule, un rideau de fumée insaisissable... On veut la bannir ici, elle reparaît ailleurs. Au secours...  

Alors tel un Zorro zélé attendri par notre désarroi, sur Belgorage le courageux (Petit) Robert Vilmos a alors tenté l'héroïque aventure de la définition. Rien que pour ça je lui donne illico le prix Nobel de la clarté météo-linguistique, et ne résiste pas au plaisir de vous livrer pieds et poings liés cette capture sémantique :

Mini-tornade : terme journalistique recouvrant différentes réalités météorologiques. Il est le plus souvent utilisé pour désigner  un phénomène météorologique violent, de nature venteuse, ayant provoqué  des dégâts limités et ne pouvant pas, dans un premier temps tout au moins, être repris sous une catégorie précise de phénomènes  météorologiques.

Bref, en gros, le terme désigne tout ce qui ne peut pas être défini. On est bien avancés... Merci quand même Robert - "Y a pas de quoi" ;).

Alors creusant ma petite cervelle pour percer ce mystère, j'ai eu récemment sur ce même forum de Belgorage une autre idée d'approche. Puisqu'on ne peut pas définir le terme par ce qu'il EST, alors pourquoi pas le définir par ce qu'il N'EST PAS, comme dans la célèbre chanson de Louise Attaque ? Allons-y gaiement (permettez que je boive un verre d'eau avant, ça va être du lourd !) :
Alors... Non, ce n'est pas un simple terme populaire puisque désormais employé tout à fait sérieusement par certains organismes. Ce n'est pas non plus un terme savant, puisqu'il n'est pas reconnu dans le lexique de l'OMS, et souvent démenti par MF et les mêmes divers organismes sus-cités qui n'en sont pas à une contradiction près. Il n'a aucune étymologie puisqu'inventé de toute pièce par un journaliste. Ce n'est pas un terme générique puisqu'il est censé définir des phénomènes localisés orageux très spécifiques. Ce n'est pas non plus un terme spécifique puisqu'il désigne plusieurs choses et qu'on ne sait même pas trop lesquelles. Il ne désigne pas seulement les tornades puisqu'on l'emploie aussi pour des vents rectilignes, Il ne désigne pas uniquement des vents rectilignes puisqu'on l'emploie aussi pour des tornades...

Yeaahhhh !... Un terme qui n'est rien et n'est pas tout. On avance, on avance, gardons espoir...



.... [Mode Réalité ON]

Redevenons -surtout- plus sérieux. D'après Fred Decker (qui lui aussi mériterait le titre de Chevalier Blanc de la lutte anti-idées reçues en météo), le terme aurait été inventé par un journaliste dans les années 80. En quel cas il s'agirait donc à la fois d'un néologisme et d'un barbarisme. La définition de Robert Vilmos citée au-dessus correspond -hélas- à l'exacte réalité de son emploi. Mais les définitions en réalité sont multiples et le gros problème avec ce terme est qu'il n'entre dans aucune case.
Surtout, beaucoup plus préoccupant, cette verrue sémantique constitue un véritable écran de fumée astreignant les recenseurs de phénomènes orageux violents à un véritable travail de décryptage, d'enquête sur place, d'interrogatoires minutieux des témoins... dans un pays où les radars ne peuvent localiser et identifier clairement tous ces phénomènes très locaux. Sachant que la principale source d'information, même encore maintenant, demeure les journaux.
Est-il utile de rappeler que toutes ces données récoltées par les recenseurs constituent un matériau précieux, le seul dont nous disposions, pour la recherche qui étudie ces phénomènes et tente d'en appréhender la fréquence et les caractéristiques, notamment en regard avec les possibles effets du réchauffement climatique ? Et que déjà la simple possibilité de pouvoir discerner si on a affaire à des vents rectilignes ou tourbillonnants, à la simple lecture de l'article, nous permettrait déjà de gagner un temps et une fiabilité précieuse ?

Alors bien sûr, dans la presse généraliste le propos se doit d'être accessible, il ne s'agit pas de jargonner. Bien sûr sur les réseaux sociaux ou sur les sites web des organes de presse, nous ne sommes pas toujours diplomates, reconnaissons-le. Bien sûr les rédactions sont soumises à des impératifs de rendement conjointement aux réductions des moyens. Loin de nous l'idée de stigmatiser cette noble profession du journalisme qui souffre déjà bien assez de son image de marque dévalorisée.
Mais pourtant les alternatives simples existent. Plutôt que le mot "minitornade" pourquoi ne pas utiliser par exemple l'expression "vents orageux locaux" pour tout phénomène non identifié précisément, "vents orageux rectilignes" pour tout phénomène venteux non-tourbillonnaire, les mots "trombe", "tornade", "début de tornade" ou "tuba", "tourbillons de poussière" (termes qui relèvent ou devraient relever du vocabulaire courant) pour les phénomènes tourbillonnaires ?
C'est pourtant pas les termes simples et courants qui manquent... Un appel d'offres est ouvert.



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