Episodes grêligènes charentais et bilan climatologique global : qu'en déduire ?

En attendant la dégradation orageuse potentiellement musclée de ce milieu de semaine, l'excellent site Caelum.fr nous propose son bilan climatologique des orages de cet été sur le pays. Des données statistiques lesquelles, couplées aux données locales que nous diffusons, ne manqueront pas de questionner le néophyte résidant sur certaines localités fortement touchées.


 
Climatologie orageuse de l'été 2016 - © Robin Richard, caelum.fr

 

Ce qui saute aux yeux quand on se penche sur ces travaux, c'est bien sûr le net déficit orageux qui a caractérisé encore cette année 2016 sur l'ensemble de notre pays notamment sur le mois d'août, faisant suite à une année 2015 elle aussi déficitaire. Un petit coup d'oeil sur le bilan cartographique de l'année jusqu'à maintenant montre que le pic se situe au mois de Juin et de façon générale au printemps et non en été. Même le mois d'avril a été plus orageux que le mois d'août en 2016 (!). Notons bien sûr qu'il s'agit d'un bilan encore provisoire. Sur les régions littorales comme les nôtres ou celles du SE du pays, les orages de saison froide n'ont probablement pas encore dit leur dernier mot.

Ces travaux sont également -et c'est la raison d'être de ce billet - l'occasion de réfléchir sur les rapports météo/climatologie et les fréquentes confusions qu'on observe dans le domaine. Il faut vraiment garder à l'esprit que l'échelle de temps météorologique la plus commune (celle des jours et des semaines), avec la réalité qu'elle implique, n'obéit pas du tout aux mêmes règles que l'échelle météorologique des mois et des saisons, utilisée par les prévisions saisonnières si mal comprises. A cette dernière échelle, qui est également celle du présent bilan de Caelum.fr,  le phénomène de lissage des données commence déjà, en effet, à opérer. Pour les prévisions par exemple, on parlera de simples tendances. Et que dire alors de l'échelle climatologique (années et décennies) ? Là on se retrouve sur une autre planète avec ses propres règles et codes.
Ainsi, même pour le mois d'août 2016, chiffres et cartes ne font pas évidemment oublier les orages isolés qui ont pu causer de gros dégâts localement, tels ceux du 16 août qui ont blanchi le vignoble charentais en causant des dégâts considérables. On voit bien ici tout le décalage qui peut se révéler entre la réalité des chiffres sur le long terme et celle de l'extrême violence géographiquement et chronologiquement localisée. Dans la mémoire des vitculteurs charentais, l'année 2016 restera malheureusement celle des violents épisodes grêligènes qui les ont sinistré à plusieurs reprises.

Oui, ces deux réalités existent, se côtoient et ne se contredisent pas. Cette confusion entre les deux échelles météo et climato, aux fonctionnements radicalement différents, est souvent rencontrée dans les nombreux débats qui entourent la réalité du réchauffement climatique où le "bon sens" populaire se heurte à l'objectivité scientifique : ainsi, en vertu de ces mêmes principes, une bonne vague de froid isolée sur 10 jours ne contredit-elle aucunement les chiffres climatologiques en hausse sur des décennies.

  →  Bilan cartographique complet sur Caelum.fr
  →  Bilans précédents depuis 2010 sur Caelum.fr

 


 

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