vigilances Météofrance

Les 24 et 25 janvier : deux dates anniversaires exceptionnelles pour notre région


KLAUS en 2009

Dans la nuit du 24 janvier 2009 en effet, Klaus s'abattait sur les régions atlantiques incitant Météofrance à lancer sa première alerte rouge pour vents violents sur 5 départements (Gers, Haute Garonne, Hautes Pyrénées, Landes et Pyrénées Atlantiques). La tempête va provoquer d'énormes dégâts en Gironde, dans les Landes et dans le Sud-ouest en général, ainsi qu'en Languedoc-Roussillon et en Corse. Elle va causer la mort de 6 personnes et 1,7 millions de foyers au total vont se retrouver sans électricité. Le trafic routier, ferroviaire ou aérien se retrouve complètement paralysé ou partiellement bloqué selon les régions.
En revanche en ces régions où les tempêtes et coups de vent sont si souvent suivis de traînes actives avec phénomènes localisés violents, il est notable que Klaus n'a engendré aucun orage fort,   contrairement à Quentin quelques temps plus tard qui a été suivi par des orages grêligènes.
On relève 191 km/h au Cap Béar (66), 172 km/h à Biscarrosse (40),172 km/h au Cap Ferret, 161 km/h à Bordeaux, 119 km/h sur les îles de Ré et d'Oléron, 112 km/h à Royan...
→  En savoir plus


                                  
                                                                        Dégâts causés par Klaus dans la rue Diaz et un jardin public à Bordeaux (33) - photos Sud-Ouest
                                                                                                                 Cliquer sur les vignettes pour les faire apparaître à leur taille réelle



25 et 26 janvier 1971 : une tornade meurtrière classée F4 à La Rochelle et son cortège de deux autres probables tornades en Charente Maritime et dans les Deux-Sèvres

Le 25 janvier : une trombe marine gagne la terre sur le port de La Pallice pour y devenir une très violente tornade, classée F4 par Jean Dessens. Une personne est tuée, soulevée par le tourbillon. 10 autres sont blessées et 46 se retrouvent sans-abri. La trombe cause d'énormes dégâts sur l'avenue Guitton où elle semble avoir atteint le maximum de son intensité. Le bâtiment des Salines est notamment intégralement soulevé de plus d’un mètre avant de retomber en volant en éclats.
On notera que cette tornade F4 figure parmi les records européens du rapport dimensions-intensité avec sa largeur de 50 m et sa distance parcourue d'à peine 3 kms..

Deux autres très probables tornades causeront des dégâts de moindre intensité sur Aigonnay (79) le 25 au soir, et sur Saint-Fort-sur-Gironde (17) le lendemain. Toutes deux ont été rapportées par Sud-Ouest mais leur caractérisation reste légèrement aléatoire faute d'enquête approfondie. Tout témoignage sur ces deux cas serait évidemment le bienvenu.
→  Fiche tornade F4 de La Rochelle le 25 janvier 1971
→  Page almanach

Lire la suite

Rail de tempêtes : pourquoi ?



Ami lecteur, à moins d'avoir emménagé dans un bunker au Nouvel An, il ne vous aura sans doute pas échappé que depuis plusieurs semaines nous subissons les assauts répétés de tempêtes et de submersions successives, à un rythme qui en aura surpris plus d'un. 


On se souvient des fêtes de fin d'année déjà marquées par Dirk. Début Février devait suivre Petra, puis le rythme s'est accéléré avec Qumeira, Ruth, Tini et Tini II, allant jusqu'à une tempête par jour ou tous les deux jours selon les régions, avant qu'Ulla, considérée comme la tempête la plus violente de l'hiver avec ses rafales maxi à plus de 150 km/h, ne mette hier un point d'orgue à cette série.
A ceci s'ajoute le fait qu'entre Dirk et Petra, durant les mois de Janvier et début Février, des vents violents conjugués aux très forts coefficients de marée (jusqu'à 115) et à d'intenses épisodes pluvieux se rendaient déjà responsables de graves submersions marines et d'inondations monstres en Bretagne ainsi que sur les côtes du Centre Ouest et aquitaines, avec de lourds dégâts à la clé : centres villes inondés, éboulements, maisons détruites ou rendues inhabitables. Les dégâts sur le patrimoine naturel et culturel sont lourds également. Sur les côtes aquitaines, charentaises et vendéennes, on assistait même à un impressionnant recul des côtes, des plages se faisant littéralement recouvrir par les assauts de la houle. Les chiffres font peur : en Gironde et dans les Landes, par endroits la mer a gagné jusqu'à 15 m sur la côte.
On remarquera d'ailleurs que ce sont précisément ces lourds dégâts, avec sols, arbres et habitations déjà fragilisés par les inondations, qui ont rendu plus rude encore l'assaut des vents par la suite, alors que les tempêtes étaient d'une intensité classique, bien loin des Klaus, Lothar ou Martin.


  

Le centre inondé de Talmont Saint Hilaire (85)  - photo Lejournaldessables.fr 


Enfin, on en parle moins mais plus localement les ciels de traîne successifs à l'arrière des fronts ont parfois donné lieu à des développements convectifs, la plupart du temps sans gravité mais dont certains ont eux aussi fait parler d'eux : ainsi jeudi 13 février, une ligne de grains virulente traverse tout le NO et le centre-ouest dès le début de la matinée avec pluies, grêle et vents forts au programme. Plusieurs évènements orageux aux origines diverses sont survenus en même temps que les tempêtes et inondations ces dernières semaines, même si beaucoup plus localisés. La veille en début d'après-midi, rapportée par Ouest-France, une tornade
de probable intensité F1 causait des dégâts conséquents sur la localité de Kergrist (56) avant de filer en direction de Croixanvec en laissant derrière elle un couloir large de 25 m environ.
Et surtout, autrement plus marquant bien que relativement peu médiatisé, le 25 janvier un sérieux épisode de tornades frappait la Belgique, le Nord de la France et le sud de l'Angleterre. En englobant tous les cas survenus y compris en Angleterre (
au minimum 6 à 7), on flirte même avec l'outbreak. Dans le NPDC, l'une d'elle sur Halluin atteint un probable stade F2 (E-F2 selon Kéraunos) et cause de gros dégâts dans un centre commercial. On parle aussi de microrafales sur certaines zones et les valeurs de vent relevées sont impressionnantes telles ce 143 km/h relevé à Echinghen et plusieurs valeurs supérieures à 120 km/h sur Boulogne et sur le Cap Gris-Nez.
Fin janvier également, la Corse et le Var connaissent un festival de trombes marines, une bonne dizaine observées en quelques jours...


    Des hangars ont été détériorés dans plusieurs exploitations. 

   Hangars détruits à Kergrist (56) le 12/02 - Ouest-France

Une tempête ça va, trois...

Et ce qui devait arriver arriva. Au fil du temps, à voir tous ces évènements musclés se succéder, les sinistrés tout comme les acteurs de la vie civile et les usagers des médias devaient finir par se poser tous la même question : est-ce bien normal tout ça ? Du jamais vu pour beaucoup, même des gens enracinés dans la région. Sur France-Info il y a quelques jours, un assureur déclarait n'avoir jamais connu un tel épisode de tempêtes ni une telle succession d'arrêtés de Catastrophe Naturelle depuis 1982, année de la mise en place du dispositif de Reconnaissance Catastrophe Naturelle. A peine avait-on instruit un dossier, qu'il fallait dare-dare se préparer aux intempéries à venir. Les vigilances rouges et orange émises par Météofrance ne se seront jamais succédées à un rythme aussi rapide, les cours d'eau ne redescendent plus depuis des semaines, les côtes sont défigurées...
Dans notre beau pays, où la notion d'alea peine encore à se faire comprendre, la première réaction a été bien sûr de chercher des coupables. Et le coupable idéal est alors aussitôt convoqué sur le banc des accusés, comme à chaque fois que notre pays subit une forte tornade, une canicule sévère ou un quelconque évènement météo violent : le réchauffement climatique. Dans la rubrique (sympathique au demeurant) consacrée par le JT de France2 à la vision de l'actu par les jeunes, sur le thème des tempêtes il était omniprésent dans les réponses. Les organismes experts, Météofrance, l'OMM, ou des professionnels privés comme Fred Decker... ont beau
publier régulièrement des mises au point, éditos, dossiers..., répondre inlassablement aux interviews des médias (comme l'a fait le climatologue Jean Jouzel dans le Marianne de cette semaine), rien à faire. L'irrationnalité de nos réactions nous rend complètement aveugles et sourds.

Entendons-nous bien là-dessus. Je ne cherche pas à nier le réchauffement climatique, les récentes stagnations des températures sur certaines zones étant attribuées à des facteurs transitoires comme le comportement des alizés, qui ne bloqueraient pas pour autant la progression générale de la moyenne des témpératures mondiales. Mais comme à chaque fois que nous sommes en face d'un évènement de ce genre, il convient avant tout de distinguer plusieurs "étages", autant chronologiques que spatiaux, de causalités et d'interprétation des phénomènes atmosphériques : les différentes échelles spatiales d'une part, échelle locale, méso-échelle, échelle synoptique, échelle mondiale. Et d'autre part, les différentes échelles chronologiques, qui sont grosso modo l'échelle météorologique (jours, semaines...), l'échelle saisonnière et enfin l'échelle climatique (années, décennies, siècles...).
Or, là repose toute la question. De même que certaines lois de physique comme l'impact des chocs ne sont pas les mêmes à l'échelle des insectes qu'à celle de l'Homme, concernant les évènements atmosphériques les comportements, raisonnements et critères à adopter ne seront pas non plus les mêmes selon que l'on se situe à l'échelle météorologique ou à l'échelle climatique.

Quels sont donc les facteurs qui ont entraîné la mise en place d'un tel rail de tempêtes dans notre hémisphère ?

En causalité directe, des facteurs purement météorologiques au sens donné à ce mot juste au-dessus. Et pas forcément ceux que l'on pourrait croire. Le principal responsable de nos journées mouvementées reste en effet... l'anticyclone des Açores. Depuis la fin décembre 2013, ce dernier se trouve positionné beaucoup plus au Sud qu'à l'accoutumée, ce qui décale d'environ 1000 km le rail des perturbations océaniques, prises de plein fouet par la façade Ouest de notre pays. Une anomalie d'eau chaude tropicale pourrait être à l'origine de ce positionnement inhabituel de notre anticyclone bien connu. [Ceci étant, on peut objecter que ces causes puissent elles-mêmes se trouver directement ou indirectement liées à l'action du réchauffement].
Une situation qui en outre s'est trouvée aggravée certains jours par une conjonction, heureusement peu fréquente, entre vents violents, intenses épisodes pluvieux et coefficients de marée très élevés. 
Il n'en fallait pas plus pour déclencher ce que l'on a connu ces dernières semaines. Les épisodes et phénomènes orageux qui se sont également produits durant cette période (chutes de grêle, trombes marines, tornades, vents convectifs...) ont été pour la plupart enfantés par les classiques ciels de traîne à l'arrière des perturbations, contexte déjà reconnu pour être une situation propice aux tornades d'hiver chez nous.
Il s'agit donc là de variations d'humeur, de changements d'ordre météorologique, bien loin de l'évolution climatique qui elle, est imperceptible à l'échelle même d'une année.
Du jamais vu tout cela ? Le cas de figure de ces tempêtes en série ne s'était certes plus présenté depuis quelques années mais un rapide coup d'oeil sur les annales nous apprendra vite qu'il y a eu des précédents comme par exemple les mois de Janvier et Février 1990, où plus de 10 tempêtes étaient passées sur la Bretagne. Ces phénomènes connaissent une variabilité tout à fait normale comme le rappelle souvent Météofrance en de telles occasions, le début des années 90 ayant même connu un pic de fréquence.
Autre détail souvent négligé notamment par les médias : bien savoir de quoi on parle. En cela, il faut distinguer les tempêtes au sens strict des simples coups de vent. On parle en effet de tempête à partir du moment où les vents moyens atteignent ou dépassent 89 km/h et si l'on s'en tient à cette définition officielle, selon Météofrance depuis le 15 décembre dernier, nous n'avons connu en réalité que 3 véritables tempêtes : Dirk, Petra et Ulla. La gravité des conséquences des autres intempéries étant due à des conjonctions de facteurs et autres circonstances particulières.

Avec l'érosion des littoraux, c'est un autre cas de figure : nous tenons-là un bel exemple de superposition des échelles météorologiques et climatologiques. Depuis des décennies, le trait de cote n'a cessé de reculer, une évolution dont parlent de plus en plus les médias au fur et à mesure que se succèdent les rapports du GIEC, ce dernier estimant la fourchette potentielle d'influence du réchauffement sur la montée des océans d'environ 0,5 à 1 m d'ici 2100 (scénario issue de l'étude publiée en 2012
). Cette évolution finit bien sûr par se constater concrètement au bout de plusieurs décennies et les médias ne se sont pas privés pour populariser ces côtes progressivement grignotées et la mer spectaculairement rapprochée de certaines constructions. Ici, la responsabilité du réchauffement global ne fait guère de doutes, via la dilatation des eaux due à l'augmentation de leur température ainsi que la fonte des glaces polaires. Mais cette évolution climatique bien que rapide s'effectue à son échelle de temps, imperceptible à celle des jours ou des mois.
Rien à voir avec le brusque engloutissement de la plage de Biscarrosse de ces dernières semaines qui lui relève de la simple submersion marine imputable aux tempêtes et fortes houles, et surtout à la conjonction avec les fortes marées et pluies intenses, autant de fluctuations météorologiques à échelle de temps beaucoup plus courte.
Ceci étant, pour celui qui n'est pas particulièrement familiarisé avec ces notions, comment ne pas être tenté de relier les deux faits et ressentir cette impression d'un à-coup brutal de la montée progressive des eaux reliée à l'évolution du climat, surtout sachant que les médias entretiennent souvent la confusion ? Impression de surcroît favorisée par la rareté du phénomène de répétition des intempéries, dont même les gens du pays ont fini par perdre le souvenir ce qui entraîne immanquablement la perception du présent phénomène comme inédit. 

On l'aura compris, la réponse ici est plus ambiguë que pour les tempêtes proprement dites. Car les deux phénomènes d'érosion météorologiques et climatiques en réalité se superposent. L'évolution climatique du dessin des côtes est bel et bien présente, et se trouve même constamment revu à la hausse par rapport aux estimations initiales du GIEC. Le caractère indépendant du processus d'érosion de ces dernières semaines ne devrait donc surtout pas dispenser de la nécessaire vigilance à maintenir face au phénomène du réchauffement climatique.

Et si finalement, au lieu de simplement réagir à chaud pour de simples évènements météo à variabilité normale
, sans changer un iota de nos habitudes de consommateurs-gaspilleurs, nous nous décidions plutôt à prendre davantage à bras-le-corps ces questions, leur accorder un intérêt à la hauteur des enjeux énormes qu'elles représentent et nous impliquer davantage en tant que citoyens ? Car si chaque évènement météo ramène systématiquement le réchauffement climatique dans les réflexes intellectuels de l'opinion publique, la vraie conscience écologique, elle, peine encore à trouver sa place. Et c'est peut-être là aussi que réside le véritable danger immédiat, dans nos propres réactions à la fois irrationnelles et totalement inefficaces.


 

Tous droits réservés - Association Ouest-orages