supercellules en France

Notre potentiel supercellulaire français est-il encore à découvrir ?



Tous les ans dès qu'arrive la saison orageuse, les chasseurs d'orages  français se prennent à rêver de partir là-bas, dans ces grandes plaines aux cieux fantastiques fascinants dont témoignent années après années les incroyables clichés des plus grands, Mike Hollingshead, Tim Samaras... Eux aussi se voient déjà sur les routes désertes à traquer les monstres américains et depuis les quelques années qu'elle est apparue, la jeune génération hexagonale passe de plus en plus à l'action, n'hésitant plus désormais à franchir l'Atlantique régulièrement. En cette année 2013, c'est même plusieurs projets simultanés d'envergure qui fleurissent et à qui on souhaite bien sûr une concrétisation fructueuse.

Cependant la question mérite d'être posée. Certes, un passage par les grandes plaines fait indiscutablement partie de l'expérience obligée de tout chasseur d'orage, pour y rencontrer la climatologie américaine elle-même avec ses orages supercellulaires exceptionnels autant que pour profiter sur place de l'expérience et du savoir des Américains. Mais en parallèle, on découvre depuis quelques années, qu'il se passe aussi des choses en Europe voire que dans certaines régions notamment en Europe de l'Est  éclatent des orages eux aussi très rudes. Le développement de la chasse commence à porter ses fruits avec nombre de tubas et de structures remarquables dans les gibecières numériques. Les premières photos de tornades au sol par des témoins et même des chasseurs commencent à venir comme avec la tornade de Toulouse l'année dernière, ou bien celle shootée entre Cramchaban et St Hilaire-la-Palud (17-79) en 2009 par Christophe Coynault. Les jeunes traqueurs "y croyant" de plus en plus augmentent du coup le nombre de leurs prises par le biais du fameux effet "place de parking" et surtout, au fil du temps, améliorent leurs techniques et changent de vision.
Car nous y voilà. Certes, bien sûr en Europe la climatologie orageuse est différente de celle des USA et paradoxalement je reste persuadé que bien des habitants du Middlewest nous envient notre météo plus cool. Mais gardons-nous pour autant d'en tirer des conclusions trop hâtives. Les résultats beaucoup plus abondants des recherches hors de nos frontières notamment en Allemagne mettent en évidence d'autres facteurs qui en France peuvent expliquer ces lacunes. Parmi eux les techniques et objectifs de chasse qui influent indiscutablement sur les prises, ce résultat influant lui-même sur notre connaissance de nos orages, tant la chasse et l'observation de terrain sont primordiales. Chasser les supercellules et les tornades, cela s'apprend tout simplement. Concernant les tornades et autres phénomènes orageux localisés, il est vrai que depuis environ une dizaine d'années l'essor des nouvelles  technologies et le développement de ressources informatives sur le net ont favorisé une meilleure connaissance de notre contexte. J'ai eu moi-même l'occasion de me pencher sur ce thème très particulier de la "chasse à la tornade" en France et vous en ferai part dans un prochain dossier à venir sur Ouest-orages.

Concernant en revanche les différentes structures orageuses et notamment supercellulaires, la découverte est beaucoup plus récente, quelques années seulement. Il y a 7-8 ans, un magnifique cliché de Pierre-Paul Feyte montrant un nuage-mur à jupes dans le Gers a fait le tour du landerneau météo. En 2009, Kéraunos lançait une étude généralisée sur les supercellules et contribuait déjà à un première prise de conscience de la régularité du phénomène.
Mais malgré ces premiers progrès, actuellement les recenseurs amateurs ou pros non spécialistes éprouvent encore de nombreuses difficultés à identifier nos supercellules faute d'un matériel adéquat (seul le radar doppler permet de visualiser le mésocyclone, lui-même élément déterminant du diagnostic supercellulaire). De même, déjà évoquée plus haut, la formation insuffisante des chasseurs qui rapportent les évènements à notre propre contexte orageux participe-t-elle aussi à ce sous-développement notable en France des clichés en live. A ceci s'ajoutent toutes sortes de questions, car bien sûr le contexte européen engendre des cas à l'aspect, aux dimensions et au comportement non forcément "réglementaires" par rapport aux normes habituellement admises par l'OMM, elles-mêmes issues des recherches américaines. Faut-il leur attribuer le qualificatif de supercellule du moment que la présence du mésocyclone est considérée comme certaine (voir plus bas) ? Ou trouver des termes plus adaptés ? Le débat fait rage dans les milieux du net météo et la question est loin d'être tranchée...




Supercellule photographiée par Clément Fayet dans le Puy-de-Dôme le 30 juin 2012 - Copyright Clément Fayet



C'est dans ce contexte particulier que s'inscrit la toute nouvelle étude d'Alexandre Rivet sur les supercellules en France, dont une version allégée vient de paraître sur notre site. Certes d'autres études ont déjà été consacrées au phénomène y compris dans les milieux non scientifiques. Mais cette nouvelle étude a le mérite de se baser sur bien des éléments inédits aux retentissements nouveaux. En effet lors de ses chasses et celles de ses compagnons il a réussi à identifier ou soupçonner jusqu'à 55 supercellules sur la seule année 2012, bien loin du chiffre total répertorié par exemple hez Kéraunos. Ces écrits mettent en exergue pour la première fois la possibilité d'une grande régularite voire d'une certaine familiarité des supercellules dans notre paysage orageux français.

Hein ? Quoi... que... ? ... Nonnonnon, ni Alex ni ses compagnons ne disposaient d'un doppler sur leur toit de leur voiture, c'est grâce à la seule observation et à certaines techniques développées au fil de leur expérience qu'ils ont réussi à obtenir ce qu'ils ont obtenu. Bien qu'il soit possible d'identifier un mésocyclone (rotation généralisée sur toute la hauteur du système) lors de l'observation à partir d'un point éloigné de la structure orageuse dans son ensemble, on comprendra bien évidemment qu'un traqueur  ou un observateur sur le terrain ne puisse VOIR le mésocyclone lorsqu'il se trouve en dessous de l'orage. Cela, seul un radar doppler nous le permet. Mais très intéressant pour nous, Alexandre Rivet nous détaille différents moyens et techniques permettant d'en soupçonner la présence voire en démontrer l'existence. Souvent très mal comprise, cette notion se rapporte à la simple démonstration théorique de l'existence d'un fait ou d'un phénomène alors même qu'on ne peut le voir. Toutes proportions gardées, on pourrait la rapprocher de celles qu'opèrent les astrophysiciens pour certifier la présence d'une exo-planète dans un système très lointain, alors que nos télescopes ne peuvent la montrer réellement. Le principe de base demeure le même, une approche laborieuse, sans recettes toutes faites, par les indices visuels (terrain) ou théoriques directs ou indirects, méthode qui nécessite de cumuler les différentes méthodes d'approche (analyse des radars à balayages horizontaux utiles pour certains types de SP, techniques d'observations de terrain, diverses déductions...) et de garder l'humilité nécessaire quand il s'agit de tâtonner, rechercher, explorer... sachant que pour bien des cas, il restera toujours difficile voire impossible de trancher vraiment. Ouverte au débat et au questionnement comme le précise d'ailleurs Alex Rivet dans son étude, et compte tenu de l'inévitable marge d'erreur, cette méthode a donc l'immense mérite d'éviter une rétention de données qui elle-même s'est toujours révélée dommageable à la connaissance climatologique de ces structures orageuses spécifiques. 

Quant au traqueur en présence d'une structure suspecte, il lui reste à tout mettre en oeuvre pour bien l'observer, en repérer les aspects significatifs, choper les phénomènes locaux qui peuvent être très fugitifs... Pour cela aussi, des réflexes spécifiques à acquérir ont été identifiés et détaillés pour vous dans son étude.  



Nicolas Baluteau


 

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