Sonnac

Déjà trois mois qu'elle a frappé ! Retour et nouveautés pour la tornade de Sonnac du 16/09

Déjà trois mois que trois tornades destructrices ont frappé notre région. Le 13 septembre dernier à Chaillé-les-Marais (85) et Saint-Bonnet-sur-Gironde et surtout le 16 septembre, la tornade EF2 (F2 ?) dite "de Sonnac" qui a parcouru 70 kilomètres à travers les deux Charentes. A cette occasion, surprises et documents inédits sont à découvrir sur notre site et notre page Facebook (!).



En contact avec des témoins et acteurs de la reconstruction au Liboreau (Sonnac) et au Goulet (Matha), durement touchés par la tornade du 16 septembre, nous avons le mois dernier publié une fiche  réactualisée complète sur ce cas, ainsi que sur les deux autres cas de Saint Bonnet et Chaillé-les-Marais. Et surtout, à cette occasion, Ouest-orages a mis en ligne plusieurs nouveautés :

   ♦  En excluvité pour nous, récit de chasse d'Axel Guibourg qui a vécu la tornade en direct, l'une des toutes premières voire LA toute première chasse active à la tornade jamais vécue en France (!), précédée de l'analyse détaillée des circonstances météorologiques ayant mené à cette tornade du 16 septembre. [⇒ Lien vers une version encore plus complète du dossier]

     23 photos totalement inédites des dégâts de la tornade sur les hameaux du Liboreau et du Goulet, prises par un photographe professionnel mathalien, complètent désormais notre fiche. Elles ont été sélectionnées parmi 117 clichés au total, gracieusement mis à notre disposition par leur auteur. [⇒ partie intitulée Photographies des dégâts]
Elles sont complétées par 5 autres clichés, pris au lieu-dit La Font au Rat (commune de Bazauges) non loin de Ranville-Breuillaud, sur un secteur à cheval entre Charente-Maritime et Charente. [⇒ partie intitulée Photographies des dégâts]

   ♦  Une post-enquête réalisée ces dernières semaines nous a permis de zoomer quelque peu sur la portion de trajet particulièrement sinistrée joignant Le Liboreau (Sonnac) au Goulet (Matha). On sait que de Migron jusqu'au Goulet, les dégâts relèvent du stade F2/T5 (plafond du degré F2), notamment au Liboreau où des toitures et charpentes ont été intégralement arrachées et l'une d'elles partiellement projetée. Grâce aux témoignages et recueil de données précises, nous avons pu reconstituer avec une marge de quelques décamètres la carte locale du trajet sur ces zones. 

Lors de ces investigations complétés par l'examen de certains documents et vidéos, nous avons également tenté de mieux comprendre le comportement du phénomène, dont il est fort probable qu'il se soit formé dans le contexte d'une supercellule LT, un type de supercellule qui se forme généralement en période froide, au développement moins accentué que ses consoeurs estivales et donc au plafond moins haut d'où son nom (Low Topped). Comme c'est souvent le cas sur nos régions et les régions littorales en général, celle-ci serait née dans les cassures de la ligne de grains qui a traversé les départements 16 et 17 (voir l'analyse de Kéraunos). L'origine supercellulaire peut expliquer bien sûr pourquoi cette tornade a pu tout à coup forcir au point de frôler le stade F3 (!), car le moteur supercellulaire, formidable bombe d'énergie, est plus à même de lui fournir l'intensité et une durabilité qu'un système convectif plus classique. Toutefois la chose n'aurait pas été impossible non plus sous un simple multicellulaire.

Après reste bien sûr à déterminer pourquoi précisément l'intensification s'est faite à cet endroit-là et pas un autre, alors que Kéraunos rapporte sur tout le reste du trajet une fluctuation d'intensité entre F0 et F1. Ici entrent probablement en jeu des facteurs locaux autant géographiques et géologiques que purement météorologiques. Rappelons simplement que la région mathalienne figure parmi les zones les plus impactées de France en tenant compte du ratio densité du phénomène/densité de population, avec un total de 4 à 5 cas dans un rayon de 5 kms autour de l'agglomération* dont 1 voire 2 au sein même de l'agglomération (en 75 et dans les années 50**). Sol calcaire propice à l'effet albedo, situation sur la ligne d'un véritable couloir local de tornades qui va de Haimps à l'île de Ré et correspond à une zone de front de brise...*** En plus de sa situation dans une zone où des facteurs météorologiques de méso-échelle favorisent déjà très probablement la formation des tornades, un probable bouquet de facteurs locaux expliquerait donc cette propension du secteur mathalien à nous fabriquer du tourbillon. On peut d'ailleurs aussi rappeler ce très gros dustdevil (intensité F0/T1) sur Prignac en Juin 2008 qui a fortement endommagé une piscine privée en emportant une partie de sa structure.


                            
                       Carte du trajet entre Le Goulet et Le Liboreau, établie d'après témoignages. La portion certifiée est figurée par les grandes flèches  - ©  Ouest-orages


 

Au cours de cette post-enquête, quelques éléments nous ont interrogés :
 - Il se peut qu'au moins 2 tornades se soient partagé ce trajet et non une seule : sur cette vidéo à partir de 1 mn 05, un autre vortex semble en effet prendre le relais avec un changement de sens de rotation. Si le fait est avéré, alors la distance parcourue par chacune des deux tornades serait évidemment nettement moindre. Mais la grande rectitude du-dit trajet rend toutefois l'hypothèse fragile. La vidéo pourrait aussi avoir mis en évidence un double vortex, ce qui n'aurait rien d'étonnant pour une tornade de cette intensité.
- L'autre possibilité, beaucoup plus incertaine cette fois-ci : l'arrachage et la projection d'une charpente qui ont pu poser la queston d'un éventuel classement F3  Posons les faits : l'enquêteur de Kéraunos, qui s'est rendu sur le terrain, rapporte une charpente seulement partiellement emportée, détail qui relève de l'intensité F2. Lors de notre enquête, nous avons recueilli un témoignage qui, lui, évoque une charpente intégralement arrachée et projetée dans un champ à l'arrière d'une maison. N'ayant pu vérifier sur place et bien que le témoin soit tout à fait fiable, nous préférons pour l'instant nous aligner sur le classement de Kéraunos et considérer ce cas comme relevant vraisemblablement du stade d'intensité maxi F2/T5 (classement Kéraunos : EF2). Notons qu'un autre témoignage recueilli fait état d'un plancher soulevé.


 http://www.ouest-orages.org/medias/images/tornade-route-4-photo-axel-guibourg-1.jpg?fx=r_800_600  http://www.ouest-orages.org/medias/images/lg-7359-mur-ecroule-et-toit-bache-copie.jpg?fx=r_800_600
 La tornade photographiée depuis le nord de la commune de Sonnac en direction du SO, à hauteur ou non loin du hameau Le Liboreau - © Axel Guibourg  /  Mur écroulé et toiture bâchée au Goulet (Matha) - © Noé Bourgoin

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Les 3 tornades de septembre dernier : où en est-on ?

[Initialement destiné à être publié au matin du 14 novembre, ce billet a du être déprogrammé suite au terrible attentat que l'on sait. Nous le publions aujourd'hui 16 novembre non seulement parce que c'est la date-anniversaire de la tornade de Sonnac, mais aussi parce que cette focale sur le devenir des sinistrés et le formidable élan de solidarité qui a suivi résonne désormais étrangement maintenant qu'il est question des mêmes valeurs, des mêmes réactions pour un évènement d'une toute autre ampleur.]

Il y a deux mois, trois tornades frappaient la région, les deux première à Chaillais-les-Marais (85) et Saint-Bonnet-sur-Gironde (17) le 13 septembre, et trois jours plus tard le 16 septembre, la plus marquante d'entre elles qui a parcouru 70 kms environ du NE de Saintes (17) jusqu'au SE de Ruffec (16).  Deux mois plus tard, où en est-on ?

Tout le monde a vu les images spectaculaires qui ont été prises des deux tornades survenues en Charente Maritime les 13 et 16 septembre derniers, et tout le monde se souvient des images des dégâts spectaculaires qu'elles ont causé notamment sur Le Liboreau et au Goulet le 16. Mais au-delà des images choc, on connaît beaucoup moins les suites à moyen voire à long terme de ces catastrophes : conséquences socio-économiques, financières, psychologiques...
Deux mois après, où en est-on ? Retour sur la situation actuelle où l'accent sera mis sur les communes de Sonnac et Matha parmi les plus durement touchées.
 

Conséquences financières et matérielles

Au Liboreau (Sonnac) les premières urgences ont été bien sûr le déblaiement des débris, la sécurisation des lieux par étayage ou abattage, la remise en service de l'électricité et du téléphone, la réparation des dégâts sur des maisons et le relogement des personnes dont les maisons avaient été rendues inhabitables. Des travaux pour lesquels employés des communes voisines et simples voisins se sont mêlés aux services du SDIS, de la Sécurité Civile, d'ERDF et de France Telecom durant plusieurs jours. Certaines constructions et bâtiments d'exploitation ont même du être rasés. Dans l'une de ces demeures les plus touchées, non seulement la toiture a été intégralement arrachée, mais les planchers eux-mêmes auraient été soulevés.
Les conséquences économiques de tels dégâts sont bien sûr très importantes. Certains sinistrés (exploitants agricoles...) ont perdu ou quasiment perdu leur outil de travail. Pour un certain nombre d'entre eux, le montant du préjudice subi peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros. Hélas pour eux, l'indemnisation s'est révélée un véritable chemin du combattant. En effet, pour des vents localisés tels que les tornades, une commune ne peut bénéficier d'un arrêté de Catastrophe Naturelle* et doit donc, comme ses administrés, se tourner vers les assureurs privés, sans bénéficier de la procédure d'urgence instaurée en 2014 pour ce cadre précis. Et le délai d'attente pour une validation de dossier prend généralement plusieurs mois.
Heureusement  la commune de Sonnac n'a subi de dommages que sur des poteaux électriques mais en revanche à Villars-les-Bois, où l'église et divers biens communaux ont été sinistrés, le préjudice s'élève à 50 000 € soit environ le cinquième du budget annuel (!). Même scénario au Troquereau (Saint-Bonnet-sur-Gironde) où 3 jours auparavant l'autre tornade avait sinistré 18 foyers dont 13 maisons d'habitation, et où des familles avaient du elles aussi être relogées.

   
  Au Liboreau, la commune de Thors participe au déblaiement des troncs. Au premier plan, remise de poteaux neufs par un camion France Telecom - © Noé Bourgoin /  Dans un atelier presqu'entièrement détruit au Liboreau - © Noé Bourgoin
 

Sur le plan humain... 

Les séquelles psychologiques liées à la brutale confrontation avec la tornade, vue directement ou ressentie entre les murs du foyer, est d'autant plus rude que la culture du phénomène reste encore peu développée en France, même dans cette région régulièrement touchée. Je n'ai pas vu mentionner de dispositif spécialement dédié à la lutte contre le stress post-traumatique (mise en place de cellules psychologiques, actions et interventions scolaires...) comme cela avait été le cas pour la tempête de 99. Or passés les premiers jours, il est indispensable que les personnes choquées puissent extérioriser ce qu'elles ont vécu par la parole.
Et ce d'autant plus qu'à ces premiers chocs émotionnels s'ajoute très vite le stress plus secondaire mais tout aussi pénible de l'urgence matérielle, financière et professionnelle.
A ce propos je m'élève souvent contre cette tendance des spécialistes à employer, dans leur communication vis à vis des journaux et du grand public, les termes "faible" et "modérée" pour des cas de tornades d'intensité F0/T1 ou F1.Certes sur l'échelle de Fujita, ces appellations théoriques sont correctes mais elles ne reflètent aucunement la réalité vécue ni même la violence des éléments. Même à ce stade d'intensité, ces phénomènes peuvent faire basculer des vies, comme à Marans en 1997 où l'un des témoins interrogés a du déménager en Vendée et 10 ans après, ne pouvait encore soutenir la conversation sans laisser perler l'émotion (!). La longue attente pour la validation des dossiers d'assurances est elle aussi génératrice d'inquiétude, surtout lorsqu'on ignore le montant exact des indemnisations que l'on va percevoir et que pendant ce temps, il faut continuer à travailler.
On ne saurait donc négliger ce facteur très important, qui peut même contribuer à alourdir le bilan humain d'un phénomène comme il a été le cas après la tornade de Hautmont, dont certains sinistrés ont été acculés au suicide.

Heureusement, que ce soit à Sonnac, Saint-Bonnet ou ailleurs, s'est -aussi- levée une chaleureuse vague de solidarité et d'entr'aide de la part des voisins et amis, ainsi qu'entre communes. Incroyable élan de générosité, la solidarité entre voisins, toujours spontanée, a de quoi surprendre dans nos sociétés individualistes actuelles, et pourtant nous avons pu constater sa constante récurrence à chaque sinistre. Les gens se connaissent et de plus, peuvent échanger au-delà de la stricte aide matérielle. 
A cette première forme de solidarité, la plus immédiate, les sinistrés ont eu cette fois-ci la "chance" de voir succéder la solidarité nationale voire européenne, favorisée par l'ample médiatisation de l'évènement, avec ses collectes de dons et appels au bénévolat pour les sinistrés. Plus localement à Sonnac, l'association Loisirs pour Tous -section Yoga a organisé le 10 octobre une Journée de Solidarité en faveur des sinistrés, avec diverses animations dont une exposition pédagogique à laquelle Ouest-orages a participé (photo ci-dessous). Outre la collecte directe de dons, elle a permis d'activer un autre puissant outil de lutte contre les effets dévastateurs du traumatisme : l'information. De même, toujours à Sonnac, une association culturelle du canton a donné un spectacle dont les recettes ont été entièrement reversées aux sinistrés.


        
Panneaux exposés lors de la journée de solidarité organisée à Matha par l'association Loisirs pour tous, avec la contribution de Ouest-orages  - photo Janine Ben Amor  /  Au Liboreau, les tracteurs des voisins venus aider au déblaiement  - © Noé Bourgoin


"Ce n'est pas un zoo ! " L'horrible défilé des voyeurs ...

En revanche, autre phénomène, beaucoup moins agréable celui-là et qui ajoute inutilement à la souffrance, les touristes des catastrophes qui se sont succédés sur Le Liboreau et Le Goulet. Ils ont suscité un tel agacement tel qu'un article lui a été consacré par sudouest.fr un peu plus d'une semaine après l'évènement (!). Notons que jusqu'à présent dans la région, les communes sinistrées par les tornades, microrafales ou autres phénomènes orageux violents avaient eu la chance d'échapper à ce voyeurisme grâce à une médiatisation discrète. Mais cette dernière fois, l'info s'est exceptionnellement répandue à l'échelle nationale et même européenne, portée par les terribles photos prises du Dragon 17 (une première !) ... avec des conséquences pas toujours positives hélas.
Ainsi durant les semaines qui ont suivi, la horde des badauds de tout poil s'est abattue sur les lieux pour voir et photographier, certains allant même jusqu'à faire des selfies (!).Un ahurissant manque de considération qui suscitera en retour des réactions indignées, comme au Liboreau ce panneau affichant "Ce n'est pas un zoo !".

C'est par ailleurs pourquoi, afin d'éviter des griefs injustifiés, il est également impératif de connaître les équipes d'enquête et d'expertise envoyées sur les lieux des catastrophes par des associations telles que la nôtre ou d'autres organismes non officiels. Le fait est récent en France, quelques années seulement, et les gens ne le connaissent pas bien encore. Evidemment ici le but n'est pas le même : nous sommes contributeurs notamment pour l'ESSL (European Severe Storm Laboratory) et il s'agit pour nous de photographier, étudier le terrain et interroger les gens pour mieux recenser le phénomène, enrichir une base de données qui elle-même constitue un outil essentiel pour la science... et donc la prévention. 



  →  Les dégâts de la tornade dite "de Sonnac" (article sudouest.fr)
  →  L'heure de la reconstruction (article sudouest.fr disponible uniquement pour les abonnés, paru également en édition papier)




                                
                                                                               Dans le hameau du Liboreau sinistré - © Pierre Mounier, publié sur sudouest.fr

 

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