Rouillé

2 tornades à Plan-de-Campagne à 2 ans d'intervalle : y a-t-il des lieux maudits ?

Le 15 septembre dernier, dans le contexte d'un virulent orage, une tornade s'abattait sur Plan-de-Campagne, dans la commune de Marseille. Signe particulier : 2 auparavant, une autre tornade avait déjà frappé ce secteur en marquant les esprits.


La tornade qui a frappé Plan-de-Campagne (Marseille) le 15 septembre dernier était -heureusement- relativement faible. Elle a toutefois arraché une enseigne entre autres dégâts et fait voltiger moultes débris durant plusieurs minutes... et surtout elle aura réveillé dans certaines mémoires le souvenir d'une autre tornade survenue exactement au même endroit le 14 octobre 2012, il y a à peine 2 ans, qui avait fait une quinzaine de blessés légers et donné lieu à quelques vidéos spectaculaires, dont celle-ci.
Etrange proximité chronologique que d'aucuns ne manquèrent pas bien sûr de relever, certains commentaires de la vidéo citée ci-dessus n'hésitant pas à parler de "fin du monde" (sic). Deux tornades en moins de deux ans sur un même secteur ? Est-ce donc possible ?
Et bien oui. Bien qu'évidemment, une telle répétition demeure rare voire très rare sur une même commune, il existe des précédents en France. Tournons-nous encore une fois vers notre passé et  "armons"-nous ainsi de quelques références pour faire office de pare-feu salutaire face aux inévitables tentations de sensationnalisme ou rapprochements avec le réchauffement climatique  :

Il n'y a pas si longtemps que ça, la ville de Rouillé (86) a été frappée à moins de 2 mois d'intervalle par deux tornades : la première, le 9 novembre1997, puissante et classée F2 ou F3 selon les sources, a été suivie le 2 janvier 1998 par une petite tornade F0. Notons qu'en plus ces deux journées du 9 novembre 1997 et 2 janvier 1998 se sont caractérisées chacune par un véritable épisode tornadique dans la région avec plusieurs autres cas.
L'autre ville dont le nom vient tout de suite dans la mémoire de tout recenseur qui se respecte en pareil cas de figure, c'est... Paris. Et oui. Et là l'exemple est encore plus édifiant : en 1896 en effet, une première tornade frappait la ville le 26 juillet, classée F2 par Jean Dessens. Un mois et demi environ plus tard, le 10 septembre vers 15 h, une autre F2 se formait en plein Paris tuant 5 personnes. Ici non seulement le délai est très court mais les deux phénomènes sont d'intensité également forte (deux F2), alors que dans la grosse majorité des cas l'un est beaucoup plus faible que l'autre.
On voit donc que le cas de Plan-de-Campagne n'est pas une nouveauté.


     
A gauche : capture d'écran d'une vidéo tournée le 15 sept 2014 à Plan-de-Campagne - Youtube  /  A droite : illustration montrant la tornade du 10 septembre 1896 sur Paris - Météo-paris.com


Ceci nous amène toutefois à faire quelques distinctions. Ces densités ponctuelles peuvent être, et heureusement, considérées comme "accidentelles" : on peut certes toujours évoquer à leur propos des facteurs météorologiques comme les contextes particuliers favorisant les vagues orageuses à répétition (situation de marais barométrique par ex)...  mais l'alea pur et simple n'est pas à négliger pour autant. Loi des séries, la faute à pas de chance, quoi.
Disons-le clairement, ces densités ponctuelles ne semblent pas relever d'une réalité climatologique et à ce titre, elles ne doivent surtout pas inquiéter. Bien que généralement situées au coeur des grands couloirs généraux de tornades en France, les villes marquées par ce phénomène de récurrence peuvent toutefois se situer hors des zones locales les plus touchées actuellement connues.

Mais par le fait, quelles sont donc ces dernières zones ?  Dans l'état actuel de nos connaissances, elles sont relativement bien cernées (en tenant compte de l'inégalité de couverture des régions par le recensement) : zone autour de la Charente Maritime, Nord-Pas-de-Calais et zones limitrophes, littoral méditerranéen...
La ville de La Rochelle par ex compte 9 à 10 cas de tornades sur toute l'histoire de son recensement dans un rayon de 5 kms autour de son centre (dont la F4 de 1971). Tours a été touché par 3 puissantes tornades au XXème siècle (une F2 en 1930, une F3 en 1981, une F2 en 1999). Un nombre croissant de villes comptent plus d'un cas de tornade dans leurs annales, généralement deux. Dans le 17, leur nombre est loin d'être négligeable. Outre La Rochelle qui figure dans les records, un certain nombre de communes comptent 2 cas de tornades voire plus encore : Saint Jean d'angély, où a été découvert récemment un deuxième cas ancien, Tonnay Boutonne, Matha avec 2 voire 3 cas... *
Pour chacune de ces localités, on pourrait évoquer bien sûr le caractère aléatoire d'un rapprochement chronologique éventuel (certaines à l'instar de Plan-de-Campagne ont également été touchées à quelques années seulement d'intervalle), mais leur nombre total sur ce secteur déjà réputé laisse aussi affleurer la possible nature climatologique de cette densité.

Alors, que penser de tout cela ?
Rien d'alarmant en tout cas. Dans un cas comme dans l'autre (densités accidentelles ou climatologiques), ces chiffres ne doivent surtout pas affoler. Nous côtoyons en bonne intelligence ces phénomènes depuis des siècles et nous les redécouvrons simplement aujourd'hui après des décennies d'éloignement et de déni, notamment grâce à l'essor du net et des nouvelles technologies qui favorisent les échanges
On notera d'ailluers, intéressant paradoxe, que smartphones et autres gadgets high tech se font ici le vecteur d'un retour à une réalité naturelle dont longtemps la vie moderne nous a tenus éloignés. 


* IMPORTANT : sont comptablisés ici des cas dont nous avons connaissance mais qui ne figurent pas encore dans notre base. Nous venons en effet de collecter un certain nombre de cas anciens qui vont prochainement venir enrichir notre base.

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