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Les 3 tornades de septembre dernier : où en est-on ?

[Initialement destiné à être publié au matin du 14 novembre, ce billet a du être déprogrammé suite au terrible attentat que l'on sait. Nous le publions aujourd'hui 16 novembre non seulement parce que c'est la date-anniversaire de la tornade de Sonnac, mais aussi parce que cette focale sur le devenir des sinistrés et le formidable élan de solidarité qui a suivi résonne désormais étrangement maintenant qu'il est question des mêmes valeurs, des mêmes réactions pour un évènement d'une toute autre ampleur.]

Il y a deux mois, trois tornades frappaient la région, les deux première à Chaillais-les-Marais (85) et Saint-Bonnet-sur-Gironde (17) le 13 septembre, et trois jours plus tard le 16 septembre, la plus marquante d'entre elles qui a parcouru 70 kms environ du NE de Saintes (17) jusqu'au SE de Ruffec (16).  Deux mois plus tard, où en est-on ?

Tout le monde a vu les images spectaculaires qui ont été prises des deux tornades survenues en Charente Maritime les 13 et 16 septembre derniers, et tout le monde se souvient des images des dégâts spectaculaires qu'elles ont causé notamment sur Le Liboreau et au Goulet le 16. Mais au-delà des images choc, on connaît beaucoup moins les suites à moyen voire à long terme de ces catastrophes : conséquences socio-économiques, financières, psychologiques...
Deux mois après, où en est-on ? Retour sur la situation actuelle où l'accent sera mis sur les communes de Sonnac et Matha parmi les plus durement touchées.
 

Conséquences financières et matérielles

Au Liboreau (Sonnac) les premières urgences ont été bien sûr le déblaiement des débris, la sécurisation des lieux par étayage ou abattage, la remise en service de l'électricité et du téléphone, la réparation des dégâts sur des maisons et le relogement des personnes dont les maisons avaient été rendues inhabitables. Des travaux pour lesquels employés des communes voisines et simples voisins se sont mêlés aux services du SDIS, de la Sécurité Civile, d'ERDF et de France Telecom durant plusieurs jours. Certaines constructions et bâtiments d'exploitation ont même du être rasés. Dans l'une de ces demeures les plus touchées, non seulement la toiture a été intégralement arrachée, mais les planchers eux-mêmes auraient été soulevés.
Les conséquences économiques de tels dégâts sont bien sûr très importantes. Certains sinistrés (exploitants agricoles...) ont perdu ou quasiment perdu leur outil de travail. Pour un certain nombre d'entre eux, le montant du préjudice subi peut atteindre plusieurs centaines de milliers d'euros. Hélas pour eux, l'indemnisation s'est révélée un véritable chemin du combattant. En effet, pour des vents localisés tels que les tornades, une commune ne peut bénéficier d'un arrêté de Catastrophe Naturelle* et doit donc, comme ses administrés, se tourner vers les assureurs privés, sans bénéficier de la procédure d'urgence instaurée en 2014 pour ce cadre précis. Et le délai d'attente pour une validation de dossier prend généralement plusieurs mois.
Heureusement  la commune de Sonnac n'a subi de dommages que sur des poteaux électriques mais en revanche à Villars-les-Bois, où l'église et divers biens communaux ont été sinistrés, le préjudice s'élève à 50 000 € soit environ le cinquième du budget annuel (!). Même scénario au Troquereau (Saint-Bonnet-sur-Gironde) où 3 jours auparavant l'autre tornade avait sinistré 18 foyers dont 13 maisons d'habitation, et où des familles avaient du elles aussi être relogées.

   
  Au Liboreau, la commune de Thors participe au déblaiement des troncs. Au premier plan, remise de poteaux neufs par un camion France Telecom - © Noé Bourgoin /  Dans un atelier presqu'entièrement détruit au Liboreau - © Noé Bourgoin
 

Sur le plan humain... 

Les séquelles psychologiques liées à la brutale confrontation avec la tornade, vue directement ou ressentie entre les murs du foyer, est d'autant plus rude que la culture du phénomène reste encore peu développée en France, même dans cette région régulièrement touchée. Je n'ai pas vu mentionner de dispositif spécialement dédié à la lutte contre le stress post-traumatique (mise en place de cellules psychologiques, actions et interventions scolaires...) comme cela avait été le cas pour la tempête de 99. Or passés les premiers jours, il est indispensable que les personnes choquées puissent extérioriser ce qu'elles ont vécu par la parole.
Et ce d'autant plus qu'à ces premiers chocs émotionnels s'ajoute très vite le stress plus secondaire mais tout aussi pénible de l'urgence matérielle, financière et professionnelle.
A ce propos je m'élève souvent contre cette tendance des spécialistes à employer, dans leur communication vis à vis des journaux et du grand public, les termes "faible" et "modérée" pour des cas de tornades d'intensité F0/T1 ou F1.Certes sur l'échelle de Fujita, ces appellations théoriques sont correctes mais elles ne reflètent aucunement la réalité vécue ni même la violence des éléments. Même à ce stade d'intensité, ces phénomènes peuvent faire basculer des vies, comme à Marans en 1997 où l'un des témoins interrogés a du déménager en Vendée et 10 ans après, ne pouvait encore soutenir la conversation sans laisser perler l'émotion (!). La longue attente pour la validation des dossiers d'assurances est elle aussi génératrice d'inquiétude, surtout lorsqu'on ignore le montant exact des indemnisations que l'on va percevoir et que pendant ce temps, il faut continuer à travailler.
On ne saurait donc négliger ce facteur très important, qui peut même contribuer à alourdir le bilan humain d'un phénomène comme il a été le cas après la tornade de Hautmont, dont certains sinistrés ont été acculés au suicide.

Heureusement, que ce soit à Sonnac, Saint-Bonnet ou ailleurs, s'est -aussi- levée une chaleureuse vague de solidarité et d'entr'aide de la part des voisins et amis, ainsi qu'entre communes. Incroyable élan de générosité, la solidarité entre voisins, toujours spontanée, a de quoi surprendre dans nos sociétés individualistes actuelles, et pourtant nous avons pu constater sa constante récurrence à chaque sinistre. Les gens se connaissent et de plus, peuvent échanger au-delà de la stricte aide matérielle. 
A cette première forme de solidarité, la plus immédiate, les sinistrés ont eu cette fois-ci la "chance" de voir succéder la solidarité nationale voire européenne, favorisée par l'ample médiatisation de l'évènement, avec ses collectes de dons et appels au bénévolat pour les sinistrés. Plus localement à Sonnac, l'association Loisirs pour Tous -section Yoga a organisé le 10 octobre une Journée de Solidarité en faveur des sinistrés, avec diverses animations dont une exposition pédagogique à laquelle Ouest-orages a participé (photo ci-dessous). Outre la collecte directe de dons, elle a permis d'activer un autre puissant outil de lutte contre les effets dévastateurs du traumatisme : l'information. De même, toujours à Sonnac, une association culturelle du canton a donné un spectacle dont les recettes ont été entièrement reversées aux sinistrés.


        
Panneaux exposés lors de la journée de solidarité organisée à Matha par l'association Loisirs pour tous, avec la contribution de Ouest-orages  - photo Janine Ben Amor  /  Au Liboreau, les tracteurs des voisins venus aider au déblaiement  - © Noé Bourgoin


"Ce n'est pas un zoo ! " L'horrible défilé des voyeurs ...

En revanche, autre phénomène, beaucoup moins agréable celui-là et qui ajoute inutilement à la souffrance, les touristes des catastrophes qui se sont succédés sur Le Liboreau et Le Goulet. Ils ont suscité un tel agacement tel qu'un article lui a été consacré par sudouest.fr un peu plus d'une semaine après l'évènement (!). Notons que jusqu'à présent dans la région, les communes sinistrées par les tornades, microrafales ou autres phénomènes orageux violents avaient eu la chance d'échapper à ce voyeurisme grâce à une médiatisation discrète. Mais cette dernière fois, l'info s'est exceptionnellement répandue à l'échelle nationale et même européenne, portée par les terribles photos prises du Dragon 17 (une première !) ... avec des conséquences pas toujours positives hélas.
Ainsi durant les semaines qui ont suivi, la horde des badauds de tout poil s'est abattue sur les lieux pour voir et photographier, certains allant même jusqu'à faire des selfies (!).Un ahurissant manque de considération qui suscitera en retour des réactions indignées, comme au Liboreau ce panneau affichant "Ce n'est pas un zoo !".

C'est par ailleurs pourquoi, afin d'éviter des griefs injustifiés, il est également impératif de connaître les équipes d'enquête et d'expertise envoyées sur les lieux des catastrophes par des associations telles que la nôtre ou d'autres organismes non officiels. Le fait est récent en France, quelques années seulement, et les gens ne le connaissent pas bien encore. Evidemment ici le but n'est pas le même : nous sommes contributeurs notamment pour l'ESSL (European Severe Storm Laboratory) et il s'agit pour nous de photographier, étudier le terrain et interroger les gens pour mieux recenser le phénomène, enrichir une base de données qui elle-même constitue un outil essentiel pour la science... et donc la prévention. 



  →  Les dégâts de la tornade dite "de Sonnac" (article sudouest.fr)
  →  L'heure de la reconstruction (article sudouest.fr disponible uniquement pour les abonnés, paru également en édition papier)




                                
                                                                               Dans le hameau du Liboreau sinistré - © Pierre Mounier, publié sur sudouest.fr

 

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