Trombes marines : retours sur quelques confusions

 


Un article a été publié il y a quelques jours sur nautisme.lefigaro.fr au sujet des trombes marines, dont le risque était prévu ce dernier WE. 
http://nautisme.lefigaro.fr/actualites-nautisme/les-news-meteo-11/2013-04-19-15-04-46/trombes-marines-en-mediterranee---un-danger-reel---10108.php#xtor=AL-148-%5Bactus%5D%5B/url  

Rédigé en collaboration avec Météoconsult, l'exposé est simple, clair, complet, objectif, bien documenté, et mérite d'être salué. Bel exemple de ce que la presse est capable de faire. Néanmoins le domaine de connaissance des tornades et trombes marines est tellement dense, avec tellement de zones d'ombres (le terme est à la mode !) que le risque de déformation était quasi inévitable. C'est pourquoi, et ce bien que le principal objet de l'article soit justement de nous mettre en garde en soulignant la dangerosité potentielle des trombes marines, je souhaiterais revenir ici sur cette phrase, "Celles-ci sont en fait l’équivalent, en moins fort, des tornades sur la terre ferme". En effet, si l'on comprend aisément ce que le rédacteur a voulu retranscrire, la notion mérite cependant quelques éclaircissements :
 
Comme tout phénomène tourbillonnaire, plusieurs types de conditions peuvent favoriser l'apparition des trombes marines, parmi lesquelles il faut bien distinguer celles liées aux conditions météorologiques et celles liées aux conditions topographiques au niveau du "sol" (donc ici la mer ou toute surface liquide). Les premières déclenchent l'apparition de tout phénomène tourbillonnaire orageux, qu'il s'agisse de tornades, de trombes marines, de tornades de front de rafales ou de gustnadoes. Si issues directement de ces conditions-là, les trombes marines sont donc tout simplement des tornades au-dessus de la mer, avec des conditions de formation tout à fait identiques, y compris supercellulaires. A ce propos, il faut savoir que le mot "trombe" à l'origine est un terme générique qui autrefois désignait aussi bien les trombes terrestres que marines, et qu'une tornade n'est en réalité rien d'autre qu'une trombe au-dessus des terres. Sur le plan météorologique, il s'agit donc exactement des mêmes phénomènes. Le mot "tornade" est un néologisme apparu au XXème siècle.


Trombe marine (ou gustnado ?) au large de Jard sur Mer (Vendée) le 31 octobre 2012
Auteur de la vidéo : Florence Teulade-Camus, publiée sur Youtube.com


 


En revanche, les conditions liées à la surface de la mer elle-même sont -évidemment ! - spécifiques. Les trombes marines apparaissent en effet très souvent en automne, lorsque les eaux restées chaudes créent un contraste de température avec la masse d'air devenue plus fraîche au-dessus. D'où certainement leur fréquence particulière dans les régions particulièrement ensoleillées l'été, suivez mon regard... La Corse par exemple a connu un véritable festival de trombes marines il y a quelques années pendant plus d'un mois avec parfois plusieurs trombes simultanées ! Ces conditions-là bien sûr sont particulières et les trombes générées par ces facteurs-là le sont donc aussi, d'où cette confusion si fréquente dès qu'on parle de trombes marines. 

Dans notre région même si la densité n'a pas été étudiée, on peut raisonnablement supposer que ce soit là encore les régions atlantiques les plus ensoleillées qui subissent le plus ce genre de phénomène (Vendée, Charente maritime, Gironde et toute la côte aquitaine...). On m'a évoqué d'ailleurs le rôle possiblement joué par la courbure des côtes charentaises, favorisant la convergence des vents et donc l'entrée dans les terres des trombes marines, responsable dans le département de nombreux cas de tornades violentes même en plein hiver (la F4 de La Rochelle en 1971 !)... Peut-être une piste à explorer ?...
Car oui bien sûr, elles peuvent entrer dans les terres nos trombes marines. Ce ne sont pas des phénomènes innocents qu'on peut observer bien à l'abri de la plage, comme on observerait un fauve enfermé dans un zoo. Avec les trombes, la porte de la cage peut être ouverte, méfiance donc surtout si l'orage est puissant. En plein mois de Janvier, celle de La Rochelle en 1971 a causé des dégâts très lourds classés F4, tuant une personne, en blessant d'autres et en laissant des dizaines de personnes sans abri. En 2009 dans la nuit du 30 décembre, l'un de nos coéquipiers a filmé et photographié une trombe marine probablement supercellulaire dont on soupçonne qu'elle ait pu entrer dans les terres aux environs de la pointe de l'Aiguillon entre Charente maritime et Vendée.



Trombe marine probablement supercellulaire filmée près de la pointe de l'Aiguillon (17-85) le 30 décembre 2009 en fin de soirée
- Photo Kévin PETIT




Comme ces conditions liées aux constrastes de températures mer/atmosphère déclenchent une bonne partie des trombes marines pour ne pas dire la majeure partie, elles s'ajoutent donc à celles dont les conditions d'apparition sont similaires à celles des tornades au-dessus des terres. Et donc augmentent leur nombre total tout en abaissant notablement leur moyenne d'intensité, d'où cette fausse impression de non-dangerosité générale de la trombe marine vue à tort comme un phénomène de nature spécifique. 

 

 


 

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