Actualités générales, chronique

 


 

 

Tim Samaras : une autre façon de voir la chasse à la tornade ?





Tous les passionnés d'orages connaissent maintenant la fin tragique de Tim Samaras, son fils et son coéquipier, qui a endeuillé le microcosme des chasseurs d’orages et de tornades dans le monde entier. Tous les trois emportés par la terrible tornade d’El Reno vendredi dernier (désormais classée EF5), .
Que dire ici de plus qui n’a pas déjà été dit ? Une mort tragique certes, mais aussi la « belle mort », celle dont rêvent tous ceux qui vivent une passion dévorante, celles de Molière mort sur scène, du fils de Cousteau tué en mer par un requin ou des nombreux alpinistes morts en expédition sur les sommets. Comme si, traqués, étudiés, décortiqués durant toute une vie, les éléments naturels se devaient un jour de réclamer leur tribut et s'approprier le chercheur ou le passionné en l'arrachant brutalement à la communauté des hommes.
Suis-je le seul à avoir constaté à quel point d’ailleurs, dès qu’il est question de ces structures dantesques, et peut-être plus encore pour les tornades, même dans les esprits les plus cartésiens comme le mien reviennent des réflexes et un vocabulaire mystique et une tentation inconsciente de personnaliser les éléments déchaînés, d’entretenir avec eux une relation homme-Nature empreinte de respect et de religiosité (selon l'un des sens d’origine du mot : religare =  lier).

Sur la photo ci-dessous, Tim Samaras et son coéquipier tentent d’estimer la largeur du système orageux qui se déploie au-dessus d’eux, à Piedmont (OK). Mais cette photo suscite évidemment des ressentis bien au-delà et personnellement, je la trouve magnifique.

Tim Samaras et Carl Young à Piedmont (Oklahoma) en 2012 -cliché Carsten Peter, National Geographic

Je vais être franc. Contrairement à beaucoup de passionnés, je n’ai jamais eu durant toutes ces années les yeux constamment braqués outre-Atlantique, à suivre assidument tous les reportages et toutes les infos. Bien trop occupé que je suis à courir après « mes » tourbillons formolisés dans les archives charentaises et françaises, qu’on connaît si mal. Des aventures kérauniques et tornadiques américaines, seuls surnagent dans mon esprit quelques grands noms et quelques clichés de légende... mais aussi cette sensation que là-bas, la collaboration avec la science et les professionnels de la météorologie n’est pas un vain mot. Et que les grands chasseurs y propagent un esprit très mûr, certains d’entre eux pouvant même être considérés comme de véritables penseurs-philosophes de la chasse, à l’instar d’un Alex Hermant ou d’un Pierre Paul Feyte chez nous, entretenant des rapports quasi mystiques avec les éléments déchaînés.
Je me souviens notamment de cette vidéo d'un grand chasseur connu (dont malheureusement j'ai oublié le nom) et tout le respect qu'il disait éprouver face à ces cathédrales atmosphériques si impressionnantes.
Alors bien sûr vous me direz, il est de bon ton, dès qu'une confrontation devient plus musclée ou a fortiori quand surviennent des catastrophes ou des tragédies comme celle-ci, de  parler de "respect", de "notre petitesse face aux éléments censés nous inculquer la modestie", rapport Homme-Nature etc. Mais voir un grand nom de la chasse américaine, fort de toute son expérience vécue et de sa quarantaine de tornades au compteur, faire de telles confidences au micro du reporter à peine sorti de son 4X4, fait prendre d'emblée aux mots une dimension différente. 

Est-ce l’extrême violence des éléments dans cette région du Midwest, avec pour inévitable corollaire la confrontation des chasseurs aux drames humains après le passage des monstres ? Est-ce l’âge mûr et la grande expérience de la plupart d’entre eux ? Est-ce cet esprit américain nettement moins cloisonné que chez nous favorisant les collaborations fructueuses avec les chercheurs, et l’évidente ouverture d’esprit que cela suppose ? Est-ce la plus grande professionnalisation de l’activité de chasseur là-bas ? Est-ce tout cela à la fois, avec peut-être aussi un rapport plus mystique aux choses dans ces contrées à la fois empreintes de religiosité et si durement frappées tous les ans ?
Toujours est-il que, sans jamais avoir mis l'ombre d'un orteil dans ces plaines mythiques, je crois vraiment ressentir cette différence essentielle d'approche avec la chasse en France, où dominent conjointement la passion pour elle-même et une école de la photo d'art (qui commence d'ailleurs à se tailler une belle réputation).

Et Tim Samaras dans tout ça ? Et bien sans vraiment prétendre bien le connaître, il se trouve qu'il figurait déjà depuis des années dans mon Panthéon personnel, depuis la découverte un jour d'avril 2004, d'un saisissant reportage paru dans l'édition française de National Geographic. D'emblée, j'avais été séduit par cet aspect collaboratif de son travail. J'étais scotché et admiratif devant ces prises de risque énormes au moment de déposer les sondes et autres appareils de mesure sur le trajet des monstres en approche. Une prise de risques à dix mille lieues de ce qu'on peut imaginer, où se mêlent courage et réflexion, surtout pas d'inconscience bien au contraire. Et où surtout apparaît cette dimension -j'oserais presque dire- humaniste, liée à la collaboration avec la science, cette volonté d'arracher aux tornades ces secrets chiffrés qui nous manquent si cruellement pour les connaître et en prévenir les effets dévastateurs.

Aussi quand j'ai su la triste nouvelle, et le fait que la dîme prélevée par la nature soit justement tombée sur lui et ses proches et non une simple tête brûlée, je lui ai trouvée une dimension particulière, bien au-delà de l'évidente leçon de modestie et rappel de la dangerosité de l'activité. A la fois fondamentalement injuste et hautement symbolique.

Nicolas Baluteau

Notre potentiel supercellulaire français est-il encore à découvrir ?



Tous les ans dès qu'arrive la saison orageuse, les chasseurs d'orages  français se prennent à rêver de partir là-bas, dans ces grandes plaines aux cieux fantastiques fascinants dont témoignent années après années les incroyables clichés des plus grands, Mike Hollingshead, Tim Samaras... Eux aussi se voient déjà sur les routes désertes à traquer les monstres américains et depuis les quelques années qu'elle est apparue, la jeune génération hexagonale passe de plus en plus à l'action, n'hésitant plus désormais à franchir l'Atlantique régulièrement. En cette année 2013, c'est même plusieurs projets simultanés d'envergure qui fleurissent et à qui on souhaite bien sûr une concrétisation fructueuse.

Cependant la question mérite d'être posée. Certes, un passage par les grandes plaines fait indiscutablement partie de l'expérience obligée de tout chasseur d'orage, pour y rencontrer la climatologie américaine elle-même avec ses orages supercellulaires exceptionnels autant que pour profiter sur place de l'expérience et du savoir des Américains. Mais en parallèle, on découvre depuis quelques années, qu'il se passe aussi des choses en Europe voire que dans certaines régions notamment en Europe de l'Est  éclatent des orages eux aussi très rudes. Le développement de la chasse commence à porter ses fruits avec nombre de tubas et de structures remarquables dans les gibecières numériques. Les premières photos de tornades au sol par des témoins et même des chasseurs commencent à venir comme avec la tornade de Toulouse l'année dernière, ou bien celle shootée entre Cramchaban et St Hilaire-la-Palud (17-79) en 2009 par Christophe Coynault. Les jeunes traqueurs "y croyant" de plus en plus augmentent du coup le nombre de leurs prises par le biais du fameux effet "place de parking" et surtout, au fil du temps, améliorent leurs techniques et changent de vision.
Car nous y voilà. Certes, bien sûr en Europe la climatologie orageuse est différente de celle des USA et paradoxalement je reste persuadé que bien des habitants du Middlewest nous envient notre météo plus cool. Mais gardons-nous pour autant d'en tirer des conclusions trop hâtives. Les résultats beaucoup plus abondants des recherches hors de nos frontières notamment en Allemagne mettent en évidence d'autres facteurs qui en France peuvent expliquer ces lacunes. Parmi eux les techniques et objectifs de chasse qui influent indiscutablement sur les prises, ce résultat influant lui-même sur notre connaissance de nos orages, tant la chasse et l'observation de terrain sont primordiales. Chasser les supercellules et les tornades, cela s'apprend tout simplement. Concernant les tornades et autres phénomènes orageux localisés, il est vrai que depuis environ une dizaine d'années l'essor des nouvelles  technologies et le développement de ressources informatives sur le net ont favorisé une meilleure connaissance de notre contexte. J'ai eu moi-même l'occasion de me pencher sur ce thème très particulier de la "chasse à la tornade" en France et vous en ferai part dans un prochain dossier à venir sur Ouest-orages.

Concernant en revanche les différentes structures orageuses et notamment supercellulaires, la découverte est beaucoup plus récente, quelques années seulement. Il y a 7-8 ans, un magnifique cliché de Pierre-Paul Feyte montrant un nuage-mur à jupes dans le Gers a fait le tour du landerneau météo. En 2009, Kéraunos lançait une étude généralisée sur les supercellules et contribuait déjà à un première prise de conscience de la régularité du phénomène.
Mais malgré ces premiers progrès, actuellement les recenseurs amateurs ou pros non spécialistes éprouvent encore de nombreuses difficultés à identifier nos supercellules faute d'un matériel adéquat (seul le radar doppler permet de visualiser le mésocyclone, lui-même élément déterminant du diagnostic supercellulaire). De même, déjà évoquée plus haut, la formation insuffisante des chasseurs qui rapportent les évènements à notre propre contexte orageux participe-t-elle aussi à ce sous-développement notable en France des clichés en live. A ceci s'ajoutent toutes sortes de questions, car bien sûr le contexte européen engendre des cas à l'aspect, aux dimensions et au comportement non forcément "réglementaires" par rapport aux normes habituellement admises par l'OMM, elles-mêmes issues des recherches américaines. Faut-il leur attribuer le qualificatif de supercellule du moment que la présence du mésocyclone est considérée comme certaine (voir plus bas) ? Ou trouver des termes plus adaptés ? Le débat fait rage dans les milieux du net météo et la question est loin d'être tranchée...




Supercellule photographiée par Clément Fayet dans le Puy-de-Dôme le 30 juin 2012 - Copyright Clément Fayet



C'est dans ce contexte particulier que s'inscrit la toute nouvelle étude d'Alexandre Rivet sur les supercellules en France, dont une version allégée vient de paraître sur notre site. Certes d'autres études ont déjà été consacrées au phénomène y compris dans les milieux non scientifiques. Mais cette nouvelle étude a le mérite de se baser sur bien des éléments inédits aux retentissements nouveaux. En effet lors de ses chasses et celles de ses compagnons il a réussi à identifier ou soupçonner jusqu'à 55 supercellules sur la seule année 2012, bien loin du chiffre total répertorié par exemple hez Kéraunos. Ces écrits mettent en exergue pour la première fois la possibilité d'une grande régularite voire d'une certaine familiarité des supercellules dans notre paysage orageux français.

Hein ? Quoi... que... ? ... Nonnonnon, ni Alex ni ses compagnons ne disposaient d'un doppler sur leur toit de leur voiture, c'est grâce à la seule observation et à certaines techniques développées au fil de leur expérience qu'ils ont réussi à obtenir ce qu'ils ont obtenu. Bien qu'il soit possible d'identifier un mésocyclone (rotation généralisée sur toute la hauteur du système) lors de l'observation à partir d'un point éloigné de la structure orageuse dans son ensemble, on comprendra bien évidemment qu'un traqueur  ou un observateur sur le terrain ne puisse VOIR le mésocyclone lorsqu'il se trouve en dessous de l'orage. Cela, seul un radar doppler nous le permet. Mais très intéressant pour nous, Alexandre Rivet nous détaille différents moyens et techniques permettant d'en soupçonner la présence voire en démontrer l'existence. Souvent très mal comprise, cette notion se rapporte à la simple démonstration théorique de l'existence d'un fait ou d'un phénomène alors même qu'on ne peut le voir. Toutes proportions gardées, on pourrait la rapprocher de celles qu'opèrent les astrophysiciens pour certifier la présence d'une exo-planète dans un système très lointain, alors que nos télescopes ne peuvent la montrer réellement. Le principe de base demeure le même, une approche laborieuse, sans recettes toutes faites, par les indices visuels (terrain) ou théoriques directs ou indirects, méthode qui nécessite de cumuler les différentes méthodes d'approche (analyse des radars à balayages horizontaux utiles pour certains types de SP, techniques d'observations de terrain, diverses déductions...) et de garder l'humilité nécessaire quand il s'agit de tâtonner, rechercher, explorer... sachant que pour bien des cas, il restera toujours difficile voire impossible de trancher vraiment. Ouverte au débat et au questionnement comme le précise d'ailleurs Alex Rivet dans son étude, et compte tenu de l'inévitable marge d'erreur, cette méthode a donc l'immense mérite d'éviter une rétention de données qui elle-même s'est toujours révélée dommageable à la connaissance climatologique de ces structures orageuses spécifiques. 

Quant au traqueur en présence d'une structure suspecte, il lui reste à tout mettre en oeuvre pour bien l'observer, en repérer les aspects significatifs, choper les phénomènes locaux qui peuvent être très fugitifs... Pour cela aussi, des réflexes spécifiques à acquérir ont été identifiés et détaillés pour vous dans son étude.  



Nicolas Baluteau


 

On the Way of Storms

Documentaire contemplatif sur les orages sévissant dans le Middle West



Les orages supercellulaires extrêmement violents et les tornades du centre des Etats-Unis sont un phare vers lequel se tournent constamment tous les yeux des passionnés à la moindre alerte. Sillonnées par de grands chasseurs américains qui en ramènent chaque année des photos plus sublimes les unes que les autres, ces régions du Midwest et leurs colères célestes dantesques ont suscité depuis des décennies des recherches scientifiques avec à la clé à peu près tout ce que nous connaissons à l'heure actuelle sur les orages.

Depuis maintenant quelques années, des équipes et chasseurs français et européens se rendent régulièrement aux USA pour y photographier essentiellement les tornades et y vivre des expériences inoubliables. Beaucoup de projets fleurissent encore cette année, mais il en est un que nous tenons particulièrement à souligner. Il s'agit du projet de réalisation d'un documentaire par les membres de l'équipe de Belgorage, intitulé On the Way of Storms :
http://fr.ulule.com/way-of-storms/

Rien que le sous-titre parlant de "documentaire contemplatif" avait déjà de quoi me séduire ! Il annonce parfaitement la couleur en préfigurant une très probable rupture de ton avec l'esprit habituel de ce type de reportage. Comme il est expliqué dans le lien ci-dessus, l'accent y serait en effet mis sur les orages eux-mêmes -et non pas seulement la tornade superstar- avec une volonté manifeste de les étudier avec toutes leurs manifestations (grêle, foudre...) dans une démarche didactique globale qui rejoint les propos de Dean Gill, lui-même familier des routes du Midwest depuis des années, qui me parlait un jour de l'extrême dangerosité de la grêle ou de la foudre, à redouter à l'égal voire davantage encore que les tornades.
Bref, il s'agit donc bien ici de proposer une vue d'ensemble sur ces orages mythiques, galvaudés certes mais finalement plutôt méconnus dans certains de leurs aspects par un public français qui n'en connaît généralement que les images spectaculaires. Et d'ajouter ainsi une réelle plus-value informative dans ce reportage appelé à devenir un véritable documentaire.
Connaissant l'état d'esprit et le savoir- faire de l'équipe de Belgorage, et notamment du documentariste Mickael Baillie qui a déjà fait ses preuves, on ne peut que s'attendre au meilleur.
Personnellement j'attends cela avec impatience.




On the Way of Storms, vidéo-teaser sur Youtube - Collectif Belgorage


Tournage : du 17 mai au 07 juin 2013
Sortie prévue : courant janvier 2014 (gratuitement sur Internet)
Durée du film :  26 minutes, 52 minutes ou 1 h 20 (en fonction des images récoltées)

Une collecte a été lancée depuis quelque temps (voir lien au-dessus), nous incitant tous et toutes, passionnés du net ou simples curieux, à devenir les co-producteurs de ce projet. N'hésitez surtout pas ! Même pour quelques sous, vous apporteriez ainsi votre obole à quelque chose qui promet d'être puissamment original, sans même parler des nombreuses contreparties prévues par le collectif pour remercier les contributeurs. 

 


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