11/02 avant-hier la dépression Susanna et une ligne de grains localement active ont laissé des traces

Le passage de la dépression Susanna sur notre pays a causé de nombreux dégâts localisés, tué une personne et blessé plusieurs autres, mais pas de dégâts de grande amplitude. En revanche, les vagues submersives ont encore fait reculer les traits de côte par endroits et les orages localement violents qui ont accompagné et suivi la tempête ont eux aussi laissé des traces. En milieu de journée, sous une ligne de grains localement active, plusieurs phénomènes violents se déclarent notamment en Gironde et Dordogne.

 

Contexte et prévisions

Le jour du passage de la première dépression, Rusika, le 8 février, une dépression secondaire se forme déjà au large des côtes atlantiques dès le début de soirée. Prénommée Susanna par les services météorologiques allemands, elle va parcourir notre pays le lendemain avec son front froid très actif et dans son sillage, un ciel de traîne lui aussi très actif. La journée s'annonce donc très agitée et trois types de risques sont à distinguer :
Le risque venteux proprement dit. Très difficile à appréhender par les modèles, Susanna suscite de grosses inquiétudes chez les prévisionnistes par son potentiel de "bombe météorologique" susceptible de se creuser très rapidement. Des rafales à plus de 100 km/h sont attendues sur les terres des zones les plus concernées, ce qui de fait autorise les spécialistes à parler immédiatement de tempête et non d'un simple coup de vent*.  Sur les côtes, on n'hésite pas à prévoir des rafales maxi à 130-140 km/h voire davantage sur les secteurs les plus exposés.
Le risque convectif. Comme souvent dans ce type de contexte, un potentiel convectif non négligeable est également vu, au passage de la perturbation où des systèmes linéaires peuvent se former puis dans le ciel de traîne, accompagné d'un risque de rafales descendantes localisées sur la moitié nord du pays (Kéraunos prévoit des rafales entre 80 km/h et 110-120 km/h). La présence d'un environnement cisaillé de basses couches renforce également le risque de formation de phénomène tourbillonnaire dans le centre Ouest. En dehors de ces zones de risque marqué, le potentiel orageux reste plus sporadique et modéré.
Le risque de submersion marine lié à la houle et aux fortes vagues. Ce troisième risque est relatif à la conjonction entre les vents violents générés par le système dépressionnaire et les grandes marées actuelles au coefficient compris entre 96 et 104 sur les deux jours. La très forte houle qui en résulte est susceptible de générer de fortes vagues submersives dangereuses et on verra que ce risque-là, à l'instar des deux autres, s'est bien vérifié lui aussi.

       
Image satellite montrant Susanna le 09/02 à 18h00  locales (17h00 UTC) - ©  Eumetsat (annoté par Climat-Vendée)  /  Vigilance Météofrance émise le 09/02 à 6h00

Dès la veille, Météofrance avait déjà mis la Charente-Maritime en vigilance orange vents violents. Le 9 à 6h00, le NO et le centre Ouest, aux avant-postes à l'arrivée de la tempête dont ils vont subir la phase la plus active, font l'objet d'une extension de cette vigilance. La quasi totalité du littoral atlantique quant à elle est sous vigilance orange submersion. Elle le restera jusqu'à la fin de l'épisode et une portion sud l'est encore à l'heure actuelle. Au fur et à mesure de l'avancée de la tempête, la vigilance orange vents violents se décalera progressivement sur l'est du pays et la Corse.
 

* On parle en effet de tempête, au sens météorologique strict du terme, quand les vents dépassent les 100 km/h à l'intérieur des terres et non seulement sur les littoraux. Sinon, on ne parlera que d'un coup de vent.
 

Déroulement de l'épisode

Dès le courant de la nuit du 8 au 9 février, la dépression Susanna commence à se creuser au large des côtes atlantiques. Dans la matinée elle va aborder notre pays via l'embouchure de la Manche avant de s'évacuer sur le Benélux, la Belgique et la Suisse en journée, laissant place aux orages de traîne sur notre pays.

C'est en matinée et en début d'après-midi que les départements de l'Ouest subissent les vents les plus virulents de la perturbation, qui continue de se creuser à son passage entre Normandie et région Nord-Pas-de-Calais avant de se décaler ensuite vers le Benelux et la Belgique. On relève 134 km/h au phare des Baleines (île de Ré, 17) dès 8 h le matin et des rafales à 112 km/h à Saint-Clément-des-Baleines (17). Sur la matinée et le début d'après-midi, on comptabilise 118 km/h sur le pont de Ré, 110 km/h sur le viaduc de la Charente, 111 km/h sur l'île de Ré (à 11h), 107 km/h à Sillé (79), 105 km/h à Niort (79), 113 km/h à Chouilly (51), 105 km/h à Houdelaincourt (55). D'Oléron à La Rochelle, les marais sont vite saturés et les rafales provoquent des chutes d'arbres. La houle est forte, avec des creux (hauteurs maximales) allant jusqu'à 10 m au large de Saint-Jean-de-Luz (65), 8,5 m sur la bouée des Pierres Noires (au large de la pointe bretonne), 8,5 m au large d'Oléron (17).
A 11h40, alors qu'elle a été levée dans le NO et s'est décalée vers le NE, la vigilance orange vents violents concerne toujours la Charente-Maritime, la Vienne et les Deux-Sèvres mais on prévoit déjà une rétrogradation en jaune pour la fin de l'après-midi (risque submersion excepté).

C'est également le matin que les orages entrent en scène au passage de la dépression. Dès le milieu de la matinée, un système convectif linéaire (ou ligne de grains) commence à s'organiser au large des côtes atlantiques aquitaines et charentaises. Il finira par aborder les terres en fin de matinée et produira un certain nombre de rafales descendantes localisées comme à Poitiers (Biard) où à 10 h locales, on relève une rafale convective à 107 km/h. En fin de matinée et début d'après-midi, un ciel de traîne se mettra rapidement en place (on le repère facilement sur l'image satellite ci-dessous avec cet aspect "moucheté" si caractéristique).  
A Coutras (33) vers 12h00 sous cette ligne de grains, un phénomène venteux violent localisé, probable microrafale provoque des dégâts très circonscrits (article Sud-Ouest). A Azérat (24), un autre phénomène venteux est signalé (tweet France Bleu Périgord). Voir Bilan et dégâts.

     
Vigilance orange Météofrance émise le 09/02 à 11h40  /  Image satellite à 13h30 locales (12h30 UTC) au moment de l'arrivée de la traîne active sur le NO du pays - © Sat24.com (Eumetsat) / Image radar du centre Ouest à 11h45 locales, où l'on distingue bien la ligne de grains s'étire entre nord Gironde, sud Charente Maritime et sud-est Charente - © Météo60


Dans l'après-midi les vents continuent de souffler sans perdre de leur virulence. Au contraire même puisqu'à 13h30, le minimum dépressionnaire est situé à l'est de la Normandie et la dépression continue de se creuser. La région parisienne, le nord du pays, la région Lorraine (plus de 300 interventions des pompiers pour la seule Moselle) sont touchés. Dans le courant de l'après-midi, on relève 137 km/h à Penmarch (29), 159 km/h au sommet de la tour Eiffel, 149 km/h sur l'île de Groix (56), 111 km/h à Metz (57). On relève également des creux de 12,90 m au large d'Oléron et des chutes de neige sont même observées en Bretagne et Normandie. (source : page FB Infoclimat)
A 16 h, la nouvelle carte de vigilance Météofrance, le risque vents violents s'est décalé sur l'est du pays et le Massif Central tandis que Gironde et Charente Maritime sont maintenues en orange, cette fois-ci pour les débordements prévus en aval de l'estuaire.
Le régime de traîne se met en place et va donner de nombreuses averses orageuses dans la moitié nord du pays, qui s'intensifieront au fur et à mesure de leur progression vers le Nord-est. Ils vont balayer les Pays-de-Loire, la Franche-Comté, les Ardennes, les Vosges.On comptabilise environ 6531 impacts en totalité sur la journée du 09/02 sur notre pays, ainsi que de nombreuses chutes de grésil voire de grêle. Une cellule aurait même produit plus de 1900 éclairs en 1h dans le Loiret vers Orléans (info non vérifiée) et d'autres phénomènes localisés, possibles microrafales, sont soupçonnés.


        

En soirée vers 20 h, la dépression tempétueuse s'est évacuée vers l'Est et le Nord-est et le calme revient sur nos régions. Le risque de forte houle subsiste néanmoins sur l'Atlantique et le soir des vents violents sont attendus en Corse notamment sur le cap Corse. La dépression a traversé la Belgique en cours de journée. Les rafales y sont généralement inférieures à 100 km/h mais l'aléa des rafales convectives est toujours à prendre en considération. En Suisse également, le vent a soufflé avec des rafales à près de 120 km/h. (source : Belgorage)
A 19h15 sur la nouvelle réactualisation de la carte de vigilance Météofrance, seuls les deux départements corses sont encore concernés par les vents violents.

Le lendemain 10 janvier,  les vents violents continuent de souffler en Corse.

 

Bilan et dégâts

Contrairement à ce que les prévisionnistes ont pu momentanément craindre, ce système dépressionnaire tempétueux se sera révélé moins explosif que prévu et n'aura pas causé de dégâts majeurs sur le pays. Toutefois, des dégâts isolés parfois lourds dus au vent (souvent d'origine convective) sont à déplorer.

Bilan humain. On ne déplore aucun décès le 9 février, mais le lendemain en revanche une personne est tuée à Bastia après avoir été gravement blessée à la tête par la chute d'une tôle. Le 9, deux personnes ont été blessées, dont l'une grièvement, par la chute d'un arbre à Cachan (94). A Troyes (10), un homme est grièvement blessé à la main par les débris d'une cheminée. La veille enfin, 2 personnes avait été blessées par la chute d'un panneau publicitaire à Paris, portant ainsi à 5 blessés le bilan humain de ces deux jours de tempête. ... Sans oublier la belle frayeur vécue par deux retraités qui ont bien failli se faire emporter par les déferlantes sur la plage de Portsalle à Ploudalmezeau (29). Sans la courageuse intervention d'un témoin, on comptabiliserait probablement 2 décès supplémentaires. L'impressionnante vidéo qui témoigne de ce fait mériterait d'être incluse dans les futurs programmes de prévention de ce type de risques.

A Saint-Cloud, devant le musée, un gros arbre s'effondre sur trois voitures, heureusement sans faire de victimes... Pour un exposé plus détaillé des multiples dégâts et un bilan global de cette tempête, consulter les compte-rendus Lameteo.org. et Catnat.net.
Mais sur les côtes, les dégâts causés par les vagues submersives ne sont hélas pas en reste. A Crozon-Morgat (29), des passerelles de ponton se décrochent et un ponton est emporté. On retrouve sur les digues des rochers projetés par les vagues.... Une  bouée de signalement d'épave, face à Boulogne-sur-Mer, se retrouve même échouée sur la plage de Wimereux (!)


      
Rafales dans la plaine de Neuville (86) - photo France 3 Régions  /  Arbre abattu à Troyes (10) - photo Sud-Ouest  /  Vagues à Biarritz - photo Sud-Ouest

 

Dans nos régions

Charente Maritime. Le 17 a été l'un des départements les plus touchés par la tempête sur nos régions. On compte 46 interventions des pompiers pour des bâchages de toitures, des caves inondées... Beaucoup de bâtiments et de sites doivent être sécurisés notamment le Technoforum à La Rochelle, des parkings sont fermés, des objets (arbres...) rendus dangereux par le risque de chute retirés ou tronçonnés, des accès coupés. Dans l'ensemble, rien que du classique, sans dégâts majeurs. Les chutes d'arbres et de branches, ainsi que le retournement des lignes à HT privent d'électricité de nombreuses communes sur un axe Saujon-Rochefort-Saintes et Saint-Jean-d'Angély. A 15 h, plus de 1200 foyers étaient privés de courant.
En revanche, c'est sur les côtes que les dégâts sont les plus impressionnants. Des cordons dunaires, digues naturelles, sont endommagés et l'assaut des vagues fait reculer le trait de côte aux Mathes (La Palmyre), à La-Brée-les-Bains et à Dolus-d'Oléron. Le risque de fortes vagues submersives passera son dernier pic avec la marée de 17h30 environ, de coefficient 104.

Charente. La Charente n'a pas été épargnée elle non plus. On comptabilise envrion 50 interventions des pompiers pour des caves inondées, des chutes d'arbres... Vers 12h15 dans la commune de Saint-Laurent-de-Céris, un arbre tombe sur une voiture en stationnement, blessant légèrement une personne à l'intérieur qui a du être transportée à l'hôpital de Confolens. En début d'après-midi respectivement à 15h03 et à 15h14, des chutes d'arbres entraînent des coupures de courant. Jusqu'à 8000 personnes étaient privées d'électricité dans l'après-midi dans le département.

Vendée. A Chambretaud (85), le château Boisniard perd un cèdre centenaire, abattu par le vent. A l'instar de ce qui s'est passé en Charente Maritime, les très fortes vagues ont également attaqué le littoral vendéen et donné lieu à de remarquables clichés. Le ciel de traîne engendre des averses et les rafales convectives atteignent 90 à 100 km/h, jusqu'à 110 voire 120 km/h par endroits. On comptabilise jusqu'à 1000 coupures d'électricité et le pont de Noirmoutiers a été momentanément fermé à la circulation. Des creux de 7 m ont été relevés par la bouée du nord de l'ïle d'Yeu (source Climat-Vendée).

Deux-Sèvres. A Parthenay (79) le matin, la bâche d'un immeuble de 30 m de haut alors en démolition s'effondre sous l'effet des rafales, entraînant l'évacuation préventive de 18 familles d'un immeuble voisin.

Gironde. A Coutras dans le nord du département vers 12h00, au passage de la ligne de grains, un phénomène venteux provoque des dégâts conséquents sur un secteur très localisé. Un chalet de jardin et un garage sont détruits, un poteau électrique abattu, une caravane renversée, des arbres tombés sur des toitures. De nombreuses tuiles sont disséminées un peu partout. (article Sud-Ouest)

Dordogne. Un autre phénomène venteux est rapporté à Azerat, aussitôt affublé de l'inévitable appellation "minitornade" par France Bleu Périgord. Nous n'en savons pas davantage pour l'instant sur ce phénomène.


     
Azérat (24) : bâches malmenées - auteur inconnu, diffusé par France Bleu Périgord  /  Débris et toitures endommagées à Coutras (33) - photo Sud-Ouest /  Recul du trait de côte à La Palmyre - photo Samuel Honoré, Sud-Ouest


NOTE Ce présent bilan n'est bien sûr pas exhaustif et ne tient pas compte des réactualisations les plus récentes. On peut le compléter par la consultation des liens ci-dessous.

 

Médias, références

Généralités, presse, bilans départementaux
550 foyers encore coupés d'electricité  (bilan réseau électrique, France 3 Régions)
Vents violents : un record de 134 km/h au phare des Baleines sur l'île de Ré (généralités, France 3 Régions)
Tempête et dégâts en France (bilan détaillé des dégâts, Lameteo.org) 
La tempête Susanna traverse la France (bilan détaillé des dégâts, Catnat.net, réservé aux abonnés)
Vents violents : revue de dégâts en Charente Maritime (bilan en Charente Maritime, sudouest.fr) 
Tempête en Vendée : jusqu'à 123 km/h sur Yeu (bilan en Vendée, Climat-Vendée)

Analyses spécialisées
Tempête et coup de vent Susanna mardi 9 février (compte-rendu Météo-paris)
Orages très venteux au passage de la dépression Susanna sur la France (analyse et compte-rendu convectif, Kéraunos)

Evènements locaux
Orage de grêle près d'Ancenis en Maine-et-Loire (vidéo Météobell)
Coup de vent du 09/02/2016 (reportage en images au port des Minimes à La Rochelle, Didier Darrigrand)
Un couple de retraités manque de se faire emporter par la mer (vidéo filmée à Ploudalmezeau dans le Finistère, diff. Youtube )
Coutras : un fort coup de vent secoue une vingtaine de logements (sudouest.fr)  
Tweet rapportant un phénomène venteux à Azerat en Dordogne (France Bleu Périgord sur Tweeter) 
Chambretaud : le château Boisniard perd un de ses cèdres centenaires (Ouest-France)

Etranger
→  Tempête Susanna : les rafales de vent ont provoqué de nombreux dégâts (bilan en Suisse, Arcinfo.ch)

 


 

Tous droits réservés - Association Ouest-orages