06/05 EDITO : La prévision convective CAD orageuse est-elle défaillante?

Je lance le sujet suite à diverses réactions par rapport à l'épisode orageux de Lundi soir qui a paru pour certains être un "flop".

Je me permettrai donc très humblement de rappeler certaines réalités concernant les orages. Je suis peut être pas le mieux placé pour le faire car à la base je suis un prévisionniste généraliste qui a bifurqué un peu et grâce à Ouest-orages vers la prévision convective.

D'une manière générale, la prévision des orages est la plus compliquée qui soit, d'un niveau similaire de celui de la prévision de neige. Chacun jugera, certaines prévisionnistes seront d'accord avec moi et d'autres non.
Il faut aussi tout d'abord rappeler qu'il y a deux catégories d'orages, il y a ceux qui se développent dans l'air froid et ceux qui se développent dans l'air chaud. Les orages d'air froid se déroulent le plus souvent à l'arrière des fronts froids dans les ciels de traine souvent hivernaux. Ils sont localisés souvent près des côtes de la Manche ou de l'arc atlantique. Leur prévision reste hautement difficile car ils ont souvent un caractère très anarchique et bénéficient ou non de paramètres locaux favorables à leur développement. Il n'y a rien de plus désorganisé qu'un épisode d'orages d'air froid.

Concernant les orages d'air chaud, leur prévision est souvent plus aisée mais tout reste à nuancer et il est possible d'établir des catégories :
- Nous avons les orages orographiques qui se développent par évolution diurne près des reliefs au gré de petits forçages, ils sont souvent présents lors de situations de marais barométrique avec des pressions autour de 1015 HPA. Ce sont des situations fréquentes au printemps notamment. Leur prévision concernant la localisation est un casse tête car les modèles ne sont pas en mesure de cibler vraiment correctement où peuvent se réaliser ces petits forçages. Ainsi un orage peut donner des trombes d'eau avec un caractère stationnaire sans flux à un endroit donné. A moins de 5 km de ce lieu impacté, il peut y avoir un temps complètement sec.
- Nous avons les orages pré-frontaux, frontaux et de fronts ondulants qui sont plus faciles à prévoir car faisant partie d'une mécanique générale plus simple à appréhender. Cependant encore une fois nous ne pouvons pas localiser pleinement où aura lieu un orage, certaines localités pouvant passer à travers. Les zonages réalisés par Ouest-orages et Keraunos sont adaptés dans la mesure où une partie d'un département peut être concernée et l'autre non.

Concernant les dégradations de grande ampleur, il suffit qu'un seul paramètre important ne soit plus en phasage avec la mécanique générale, pour qu'il y ait des modifications majeures qui souvent ont du mal à être appréhendées par les modèles à mailles fines. Lundi soir, la dépression qui stationnait à partir du large du Portugal, a mis davantage de temps pour remonter vers les Iles Britanniques ce qui a permis à l'air chaud d'être impulsé plus longtemps sur le pays. On s'est donc retrouvé avec un déphasage entre la surface et l'altitude, le forçage d'altitude ayant filé davantage au Nord avec un axe de convergence qui s'est développé dans une zone où l'instabilité potentielle était moins importante. C'est très technique, je m'arrêterai là mais un seul paramètre qui diffère, et toute une prévision peut être à refaire.

Pour la réalisation de la prévision convective lors d'une situation orageuse à venir notamment en été, nous regardons jusqu'à 20 paramètres différents sur également différents modèles à mailles fines. Une prévision complète peut prendre 2 H à 2 H 30 de travail quand l'on souhaite tout passer au peigne fin pour fiabiliser au maximum la prévision. Ce n'est donc pas un travail de "Madame Irma" et chaque jour en plus de l'analyse des modèles, il convient de réaliser des observations du temps en direct car dès le matin on peut déjà parfois se poser des questions notamment lorsque le temps est quelque peu différent que ce qui avait été annoncé. Pour exemple, une couverture nuageuse importante en cours de journée, peut contrarier l'instabilité potentielle convective accumulée et inhiber la cumulification amenant aux orages.

Au final sachez-le, la prévision au km près n'existe pas et les décalages sont très fréquents. Les modèles numériques ne peuvent pas tout appréhender et l'observation humaine des éléments extérieurs est indispensable. De plus rentre en ligne de compte des paramètres locaux par rapport aux reliefs, aux cours d'eau qui peuvent influencer le comportement des orages. La connaissance du milieu local est donc INDISPENSABLE encore une fois.

Je m'arrêterai là dans ma démonstration tant il y a de choses à dire et expliquer, en espérant que vous prendrez le temps de me lire. En tout cas, n'hésitez pas à réagir devant cet article car rien ne vaut le débat.

Merci d'avance.

Fabien DELACOUR

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Date : 20 Septembre 2014 à Toulouse -
auteur du cliché : Dorian DZIADULA 


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